A quoi ressemble Lady Gaga?

Je ne connais pas très bien Lady Gaga. Entrevue ça et là. Mais l’impression demeure de ce jeu de cache-cache, un peu différent des autres. Madonna aussi se déguisait de mille manières, mais il n’y avait jamais le moindre doute: blonde ou brune, sans hésitation, c’était bien elle. Lady Gaga, c’est autre chose. Au-delà des costumes ou des masques, c’est parfois d’une image sur l’autre qu’on ne le reconnaît plus. Cette infidélité à son image, qui ressemble bien à une nouvelle stratégie médiatique, est déroutante. Nous avons tellement l’habitude d’une identité visuelle assignée: celle du visage – et probablement, par-dessus tout, d’une expression stabilisée et contrôlée –, comme une signature, qui a pour fonction de permettre de reconnaître le produit dans toutes les situations. La collection des portraits de Françoise Giroud à l’IMEC fait peur par la stabilité robotique de l’expression. Sans oublier l’impressionnante vidéo du sourire invariable d’Obama – mais ce cas extrême ne fait que souligner la demande que génère l’existence publique, qui réclame comme un dû cette constance d’un choix d’image. Lady G, c’est plutôt au fait qu’on ne la reconnaît pas qu’on la reconnaît. A quoi ressemble-t-elle au juste? Je ne suis pas sûr de le savoir.

La presse en ligne ou le parasitage visuel

Au moment du bouclage d’une publication papier, les rédacteurs en chef examinent avec un soin fébrile le « chemin de fer » constitué par toutes les pages d’une édition mises bout à bout, chassant la moindre erreur de titraille, vérifiant l’équilibre visuel de la maquette.

Est-ce qu’il arrive aux éditeurs web de regarder le résultat de leurs mises en page sur écran? Arrivé via un signalement sur une page du Monde.fr, je m’aperçois que je viens de moins en moins souvent sur un site de presse. Quoi d’étonnant? Cette accumulation de signaux clignotants, de bannières animées qui s’agitent aux quatre coins de l’écran, chacun réclamant mon attention de manière impérative, ressemblent à la place Pigalle à l’heure de la sortie des bureaux et ne me donnent qu’une envie: celle de fuir cet envahissement agressif.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=X3XwSC3afPA[/youtube]

C’est le souhait de lire l’article qui me retient. Mais ce n’est pas facile. Tous ces clins d’œil intempestifs éparpillent ma vigilance et gênent constamment ma lecture. Le papier de Véronique Maurus porte sur le commentaire d’une photographie. Statique, en noir et blanc, si petite qu’elle est à peine lisible, cette illustration requiert une concentration et un travail analogue à celui de se frayer un chemin dans la foule.

A moins de procéder à une capture d’écran pour figer cette agitation sautillante, lire la presse en ligne demande un vrai effort. De là à penser que les éditeurs préfèreraient nous voir reprendre le chemin du kiosquier…

L'oasis de nos rêves

Aujourd’hui, le moteur de recherche Google a changé son visuel pour saluer la confirmation par la NASA de la présence d’eau sur la Lune. L’eau, dans l’univers extraterrestre, c’est comme le sang chaud dans celui des dinosaures: la promesse d’une proximité, la signature d’une dynamique, le symbole de tous les possibles. L’eau, c’est le récit sous l’image, l’oasis de nos rêves.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=YrLuOFoPlRc[/youtube]

(CBSNewsOnline, 13 novembre 2009)

MàJ 15/11/2009 – Deux liens en complément:

  • la vision orthodoxe, par Pascal Riché sur Rue89, selon laquelle « la découverte d’eau par la Nasa pourrait ouvrir la voie à une future colonisation de la Lune ».
  • une version plus critique, par Sylvestre Huet sur Sciences2, qui laisse entendre à demi-mot que la photo « preuve » a fait l’objet d’une retouche attentive.

Les lecteurs de Tintin se souviennent que l’idée de la présence d’eau sur la Lune ne date pas d’hier. En faire aujourd’hui le ressort d’une nouvelle colonisation est évidemment burlesque. Accréditer cette théorie se fait essentiellement par l’image – par la fabrication (coûteuse) d’une science-fiction de synthèse qui a pour mission de donner corps au fantasme. Bref, rien de changé depuis 1952.

Devinette: la théière

Mais pourquoi diable suis-je couché à plat ventre, à photographier une théière sur ma terrasse (cliquer sur l’image pour la voir en grand)? Il s’agit de reconstituer les conditions d’une expérience, nécessaire à une démonstration visuelle. Laquelle? C’est ce qu’il faut trouver. On peut poser des questions. Celui ou celle qui découvrira la clé de l’énigme remportera l’estime des lecteurs de Totem, ainsi qu’un porte-clé-lampe de poche indispensable pour rentrer le soir en cas de panne de courant généralisée (ce n’est pas une piste).

MàJ: Voir la solution.

L'histoire revue et corrigée

Sarkozy réécrit l’histoire, les internautes aussi. L’affirmation obstinée de la présence de Nicolas Sarkozy à Berlin le 9 novembre 1989 a suscité sur le web une réplique visuelle sans précédent par son ampleur et son inventivité. Petite sélection en forme de promenade historique parmi les sites du Post, Libération, Facebook, Hashtable ou Nicolasyetait. Voir également sur Twitter: #sarkozypartout.

Le corps féminin, pâte graphique

chanelknightley

Sur une pub Chanel, est-ce que les seins de Keira Knightley doivent nécessairement être les siens? Sans doute, si l’on croit à la vertu photographique et si l’on pense qu’il s’agit bien d’un portrait de la jeune femme. On peut alors faire mine de s’offusquer de la retouche qui a gonflé sa poitrine (opération que l’actrice a commenté en ces termes: «Those things certainly weren’t mine»). Pourtant, s’il s’agissait d’un mannequin anonyme, l’exercice d’idéalisation qui affecte tous les aspects de cette image fantasmatique ne paraîtrait pas le moins du monde scandaleux, tant nous est familière l’idée que le corps féminin n’est qu’une vulgaire pâte, une matière première pour composition graphique qu’il est normal de retravailler, d’améliorer ou de recomposer. Personnellement, cette deuxième idée me dérange nettement plus que la première. (Illustration empruntée à Dontmiss.)

Un cas de retouche ordinaire en 1938

Un cas de retouche ordinaire, issu du numéro du 13 octobre 1938 de Paris-Match (photographies non attribuées). Dans le cadre d’un reportage sur l’installation du diplomate André François-Poncet à l’ambassade de Rome, une photo légendée: « M. et Mme François-Poncet ont cinq enfants, quatre fils et une fille. Les deux aînés sont, au piano, d’excellents duettistes » occupe le quart inférieur droit de la première page. Le feuilletage le laisse à peine discerner, mais un examen plus attentif dévoile un travail de retouche appuyé de cette image: les cheveux, les contours des yeux ou de la bouche des quatre enfants, les plis des vêtements, le contour des doigts ou des touches du piano ont été largement redessinés au crayon et à l’encre (voir agrandissement). Continuer la lecture de Un cas de retouche ordinaire en 1938