L'énigme Hondelatte

Par  - 1 juin 2011 - 9 h 35 min [English] [PDF] 


A côté de Christophe Hondelatte, Justin Bieber, c’est du pipi de chat. Avec son dernier clip, qui approche les 100.000 vues sur YouTube, le présentateur allumé de la télé publique est en train de battre le record toutes catégories du dislike: une proportion de 91% de « j’aime pas », qui mérite inscription au Guinness.

Reste à deviner ce que les 71 pouces levés ont apprécié dans cette vidéo: la richesse de la rime entre « Dr House » et « Mickey Mouse », l’orchestration façon cover des Blues Brothers un soir de pluie à Lunéville, ou les grimaces pour faire chanteur (l’imaginaire lyrique de Hondelatte s’est visiblement arrêté à Plastic Bertrand)? Dans tout succès du web, il y a une énigme.

8 Reponses à “ L'énigme Hondelatte ”

  1. Bad publicity is still « publicity »!

  2. @Fatima : Bien sur, c’est ce qu’on dit, mais je pense qu’il existe quand même un seuil symbolique au delà duquel un bad buzz reste irrémédiablement mauvais! D’autant qu’à mon avis il n’y a pas grand monde qui s’intéresse à la carrière de chanteur d’Hondelatte… Mais là 91% de dislike, faut s’accrocher! D’autant qu’un animateur de France 2 qui reprend une thématique TF1 avec la série à succès « Dr House », c’est cocasse!
    En tout cas les premières blagues sont déjà tombées : il y a eu les guignols avec une très bonne idée d’un Hondelatte chantant ses sujets « Faites entrer l’accusé » : http://www.youtube.com/watch?v=6ql9QpXYrrI&feature=related
    Puis il y a les petits malins qui ont fait le coup du faux générique avec la chanson originale : http://www.youtube.com/watch?v=CZ7xzzqnKgw&feature=related
    Et enfin ceux qui se lâchent en mêlant le clip et délires diaboliques : http://www.youtube.com/watch?v=lK2umEiYiPo&feature=related
    Enfin bref, longue vie à Hondelatte !

  3. Merci à PAV pour les liens! Comme le fait remarquer un internaute en commentaire, il y a des cas où même la parodie a ses limites… Difficile de faire plus fort qu’un contenu aussi gore!

    Blague à part, on est ici au coeur de la discussion sur ce que mesurent les outils d’évaluation de l’audience, type Audimat, où l’on part grosso modo du principe que fréquentation est synonyme d’adhésion. Comme l’ont remarqué plusieurs bons auteurs, la mauvaise qualité d’un contenu peut également être « adhésive »: on peut regarder Secret Story ou XFactor pour se moquer d’un programme. Mais outre qu’il valide la pertinence du système du dislike (oui, ce contenu est vraiment mauvais!), le cas Hondelatte montre les effets de l’objectivation d’une attention négative – facteur qui n’a jamais vraiment été isolé comme tel jusqu’à présent, et que le dislike manifeste de manière exemplaire et mathématique. Voir également sur ce blog la réaction de Mélanie Laurent, symptôme du même débat.

  4. Bon, moi je vois pas ce que vous reprochez à cette vidéo (non, vraiment)
    Je dis pas que j’aime, mais > 91% de dislike, ça me paraît démesuré.

    Et en ça je suis tout à fait d’accord avec André que le dislike, c’est une stat qui nous manque souvent. Les chercheurs du « sentiment analysis » essayent depuis plusieurs années de l’inférer, avec une réussite toute relative, mais le fait est qu’on en a besoin.
    Je pense que l’irrationalité de ce 91% est à ranger dans le même rayon que beaucoup de « buzz », positifs ou non. Et d’une manière générale, l’émergence d’un consensus, qui à l’échelle d’une large population est souvent un phénomène chaotique.

    En tout cas, regarder la vidéo sans voir les divers contextes de sa diffusion ne donne aucune chance de pouvoir résoudre l’énigme. (« Regarde Hondelatte qui veut se la jouer chanteur, c’est pathétique », entendez « si tu penses comme moi, clique dislike »).

  5. @ Christophe Prieur: Bonnes remarques!

    @ Isabelle So: N’étant pas reconnu par les Annales, il ne me restait en effet que la stratégie d’être adoubé par Voici. Prochaine étape: le IgNobel; je crois que je suis bien parti 😉

  6. on dit : pouces vert et pas pouces levés.

  7. En effet, pour reprendre une formule usée, le Dislike est un acte.
    Je n’y prêtais pas vraiment attention jusqu’à ces derniers temps mais votre insistance porte ses fruits.
    Ainsi, concernant Hondelatte – un sujet assez négligeable pourtant – je note de votre part une verve particulière (« l’orchestration façon cover des Blues Brothers un soir de pluie à Lunéville »), une jouissance bonhomme que vous auriez tort de nier, et du mien un vrai plaisir à me sentir moins seul, attitudes symétriques et plutôt structurées qui font écho à l’exaspération sans détours du Dislike.

    Si je négligeais jusqu’alors cet acte de rejet, c’est aussi qu’il y a quelque chose de navrant à se retrouver devant une télé pour ruminer contre la bêtise des autres. Pour moi, c’est même un mélange de dégoût et de gêne, qui font que je fuis face au sadisme des télé-crochets contemporains ou des Iles de la tentation et de leurs candidats collabos (« J’estime qu’il faut virer Didier parce que j’ai pas apprécié son attitude pendant l’épreuve d’immunité »)..

    Cela dit, il résulte effectivement de cette jubilation morose quelque chose de salutaire, comme une modalité particulière de résistance. Le monde est un peu moche mais le commenter avec un minimum d’intelligence est peut-être le seul moyen de faire bonne figure.