Garçons et filles, partage vs intériorité

Par  - 11 juillet 2012 - 7 h 53 min [English] [PDF] 

Dans son intervention lundi au séminaire des Rencontres d’Arles, Dominique Pasquier a discuté le fait social récent, confirmé par toutes les statistiques, qui montre que les filles obtiennent globalement de meilleurs résultats scolaires que les garçons. Il semble que cet avantage repose sur le maintien d’un lien plus fort aux humanités, et notamment à la pratique de la lecture, alors que les garçons montrent un décrochage plus important par rapport à ce modèle, et privilégient des formes culturelles plus récentes.

En extrapolant à partir de ce constat, on pourrait interpréter l’avantage scolaire féminin comme la preuve de la persistance d’une hiérarchie datée, et donc un symptôme de l’inadaptation de l’école au monde contemporain. La forte composante de culture technique chez les garçons correspond à un goût pour les pratiques partagées, que l’école ne sait visiblement pas valoriser. L’exercice plus individuel de la lecture correspond mieux au modèle pascalien du développement de l’intériorité, hérité de la culture religieuse. En actualisant des modèles culturels différents, garçons et filles témoignent de la bataille des valeurs dont notre société est le théâtre.

12 Reponses à “ Garçons et filles, partage vs intériorité ”

  1. Merci de partager cette recherche qui a l’air très intéressante ! Évidemment je me pose plein de questions…de genre !
    Comment comprendre le lien plus fort des filles aux humanités ? y’a-t-il une équivalence de cette proportion dans tous les milieux sociaux ? je me disais que dans les classes aisés, les garçons étaient peut-être, plus encouragés sur la scolarité que sur la « technique »…? Comment comprendre le renversement de la réussite qui a lieu ensuite dans les études supérieures longues ? En tout cas, hâte de lire cette étude ou d’entendre cette analyse en détail !

  2. Les statistiques montrent que les filles obtiennent globalement de meilleurs résultats scolaires que les garçons. Tu en conclus que « La forte composante de culture technique chez les garçons correspond à un goût pour les pratiques partagées, que l’école ne sait visiblement pas valoriser. »
    Mais à ma connaissance aucune statistique ne permet de conclure que les garçons auraient une plus forte composante de culture technique ou que les filles auraient un goût moindre pour les pratiques partagées.

  3. Attention, seul le 1er paragraphe ci-dessus est représentatif de la réflexion de Pasquier, le 2e, ce sont mes élucubrations personnelles… 😉 Les différences d’activités garçons/filles ont fait l’objet de plusieurs études bien documentées. Il en ressort notamment une valorisation, côté garçons, pour les pratiques partagées en groupe (par exemple le sport), alors que du côté féminin il y a plutôt une culture de la confidence et de la « meilleure amie », sous forme de dyades…

    Le point vraiment intéressant sur lequel DP a insisté est la césure très forte entre « culture fille » et « culture garçon » dans l’environnement scolaire: ça se met en place dès la maternelle, vers 3 ans… Il y a des comportements favorisés, et clairement distincts pour les deux groupes. Le « renversement », s’il a lieu, se joue peut-être plus entre l’univers de la formation, cycles supérieurs compris (en droit, en médecine et dans bien d’autres domaines, la majorité des étudiants sont désormais des étudiantes…) et le monde du travail…

    Au doigt mouillé, on entrevoit que l’obéissance ou le respect de l’autorité (et donc de la lecture de livres, sur recommandation parentale ou professorale…), capacité socialement encouragée pour les filles, représente un atout dans le monde scolaire – mais pas forcément ensuite…

  4. Je me demande aussi s’il y a une continuité de cette césure humanités-technique dans l’espace du jeu …?

    Pour le renversement, il est en effet tardif, les filles réussissent mieux jusqu’au master, c’est en doctorat que ça se renverse 😉 (et bien sûr dans le monde du travail)
    http://www.inegalites.fr/spip.php?article977&id_mot=145

  5. Je suis surpris en y repensant du fait que ce fait social soit qualifié de récent.
    « Pour Duru-Bellat, les différences dans les choix scolaires seraient la conséquence d’une auto-sélection négative des filles qui choisissent moins d’options en classe de Seconde, bien qu’elles aient de meilleurs résultats que les garçons, en Français d’environ 4 points sur 100 et en mathématiques de 2 points (Duru-Bellat, Jarrousse, Labopin & Perrier, 1993). »
    http://osp.revues.org/index2600.html
    Il s’est peut-être amplifié avec la nouvelle offre de produits culturels, mais il reste à démontrer que les filles seraient moins consommatrices de cette nouvelle offre. N’est-ce pas plutôt que dans la détermination sociale fille/garçon et l’attente de la société englobante vis à vis de chacun des sexes, l’exigence vis à vis des garçons ne se soit pas encore réduite avec le temps? Ou (autre hypothèse) que les garçons dans une société en crise économique voient (à tort ou à raison) encore moins d’intérêt à l’investissement dans une formation que les filles?

  6. Entendons-nous: « récent » signifie ici au cours des 20 dernières années. Même si elle tend à s’atténuer, la distinction filles/lecture garçons/jeux vidéos reste pertinente à cette échelle… Elle est en tout cas bien inscrite dans la perception des éducateurs, qui s’y réfèrent constamment…

  7. La première fois où le concours de Polytechnique a été ouvert aux filles, le major a été une fille. De fait, elles obtiennent de meilleurs résultats scolaires dans toutes les filières, en particulier scientifiques, du fait en particulier d’une sur-sélection et d’exigences supérieures à leur égard (du moins pour les meilleures d’entre elles). Que cela – qui n’est pas récent, Thierry a raison – manifeste un décalage de plus en plus criant entre la culture que valorise l’école et celle, plus technologique et multiforme, des jeunes d’aujourd’hui, c’est probable. Toutefois, à voir comment des jeunes filles obtiennent de bons résultats scolaires sans trouver le moindre intérêt à ce qu’elles doivent apprendre au collège ou au lycée, on peut s’interroger sur ce que révèle ou cache leur apparente conformité aux attentes de l’instution.

  8. La question du genre à l’école ou en apprentissage n’est vraiment pas nouvelle (depuis que l’école existe et qu’on – tient, un « on » ? Qui donc « on » ???- a donné l’autorisation aux filles d’y aller, ces dernières – j’emploie ce qualificatif à dessein- ont toujours obtenu de meilleurs résultats que les premiers) (et ça, ça ennuie un peu le monde des hommes : ça n’est pas « normal »). Il ne s’agit pas d’un « avantage scolaire féminin » mais simplement d’un fait (« avantage » c’est le nom d’un magazine féminin, non ?)
    La scission clivante fille/lecture et garçon/jeux vidéos me semble une imposition de problématique : les filles ne jouent pas aux jeux vidéos, les garçons ne lisent pas. C’est simpliste, appuyé sur des statistiques probablement qui ne montrent que ce qu’on veut bien leur faire montrer. Que les filles aient à subir l’autorité plus que les garçons, c’est une porte ouverte depuis longtemps : elles ne doivent pas non plus pleurer quand elles se font mal, elles doivent garder le logis propre et faire des enfants (c’est d’ailleurs la raison -faire des enfants- pour laquelle elles seront moins payées plus tard puisque, de fait, elles auront moins travaillé -elles ont du ménage à faire, et à élever des (leurs) (leurs ?) enfants tout en les gardant en bonne santé- et moins participé à la stratégie de l’entreprise – l’homme peut y parvenir avec son complet cravate, ses congrés et ses chaussures pointues) (accessoires nomades : ipad, smartphone, liseuse, ordinateur de poche, GPS, etc.). L’école qui valorise les savoirs est une image d’Epinal; les filles qui lisent et font un journal, c’est une image inutile qui ne fait que rendre compte d’une certaine volonté d’abêtissement de la société vis à vis des filles ( cf. les discours de Ségolène Royale par exemple voilà 5 ans etc.).
    Ne ferait-on pas mieux de regarder en quoi précisément il apparaît nécessaire de dévaloriser, toujours (notamment du point de vue masculin) les résultats des filles; en quoi cette dévalorisation apporte de l’eau à un moulin (sexiste) qui veut placer les filles dans une catégorie inférieure (non moderne : les jeux vidéos c’est tellement beau et esthétique et actuel et intelligent hein); en quoi une fille qui fait le même travail qu’un homme perçoit, en moyenne, 20 à 30 pour cent de moins sur sa fiche de paye; en quoi et par qui est fabriqué ce fameux plafond de verre dont on/je nous/vous abreuve mais que, surtout, on ne tentera jamais de briser ? (diatribe déjà énoncée en séminaire, il me semble ? :°)))

  9. Je ne suis pas sociologue de l’éducation, mais il me semble que ce que voulait signifier DP, qui a donné des chiffres précis (que je n’ai malheureusement pas noté de façon suffisamment rigoureuse), c’est une accentuation sensible dans la période récente de l' »avantage scolaire féminin » (expression qui est une citation exacte de son propos).

    La question du genre n’est peut-être pas nouvelle à l’école (il y a des formulations qui ont vraiment le chic pour dévaloriser le propos… 😉 mais depuis que l’institution encourage la mixité, la divergence des comportements est bel et bien en contradiction ouverte avec l’horizon programmé d’égalité culturelle… Avoir des enfants d’âge scolaire permet de vérifier que cette divergence n’existe pas que dans les statistiques… 😉

  10. C’est sans doute que plus ils (elles) sont pris tôt et mieux ils (elles) intègrent ce qu’on attend d’eux – le problème, il me semble, c’est justement ce « on » : c’est donc probablement qu’il nous faut poser la question et comprendre comment nous pouvons y répondre… Il y a du boulot …! (mais « l’horizon programmée d’égalité culturelle » n’est pas une utopie hors d’atteinte, je crois et j’espère)

  11. L’idée que les garçons sont plus « grégaires » (au sens anglo-saxon) que les filles est infirmée par les études : Cf. Borch & Cillessen « (…) girls are more Relationship oriented than boys. »

    Et pour revenir sur le fait que les filles sont moins attirées par les jeux vidéos que les garçons (fait confirmé par la recherche), il est intéressant, au delà, de repérer que les caractéristiques des jeux sont importants (voir http://www.pewinternet.org/Reports/2008/Teens-Video-Games-and-Civics/05-12-Basic-Gaming-Hardware-and-Games-Played/09-Boys-are-more-likely-to-play-most-game-genres.aspx ) : dans la série des jeux de simulation, par exemple, les garçons sont sur-représentés… mais si l’on considère le jeu Sims, la tendance s’inverse : 60 % des joueurs sont des filles. (voir http://articles.nydailynews.com/2008-04-16/entertainment/17895368_1_expansion-packs-sims-label-division-of-electronic-arts )
    Je tente une explication : de par son caractère ouvert de pur jeu de rôle (pas de scénario préétabli), le jeu Sims est libre de tout stéréotype du point de vue de l’histoire (puisqu’on la crée) et des personnages (idem). Les filles y trouvent mieux leur compte que dans un WOW ou un First person shooter, où les stéréotypes leur retombe dessus comme un couvercle.

    … Couvercle qui nous ramène à l’école, et au poids des conventions sociales dans les choix individuels.
    Qui fait l’école ? Des femmes pour la majorité.
    Qui fait les jeux vidéos ? Des hommes pour la majorité.

    Coïncidence ? Hum….

  12. […] lire sur le sujet sur Culture Visuelle : André Gunthert, “Garçons et filles : partage vs intériorité”, Totem, 11 juillet 2012 Share and […]