Comment entendons-nous le non-dit?

Par  - 26 janvier 2011 - 22 h 28 min [English] [PDF] 

Il l’a dit. Enfin non, il ne l’a pas dit. Il l’a dit ou il l’a pas dit? Il a dit: « l’indicible ». Un terme qui renvoie à un implicite informulé mais présent à l’esprit de tous – sans quoi son emploi ne pourrait se justifier. Le dire sans le dire, le dire et ne pas le dire. Ça pourrait être une bonne définition de l’usage de l’image dans de nombreuses situations d’illustration, où le message principal ne peut être assumé explicitement, et où il est remplacé par cette forme de clin d’œil, de signe de connivence bien étudié par les spécialistes du lepénisme – où tout ce qui est indicible est entendu sans avoir été dit, avec la complicité des destinataires du message, qui procèdent à sa reconstitution in petto. Ce transfert de la responsabilité de la signification de l’émetteur au destinataire donne au premier la capacité de nier avoir formulé ce qui ne devait pas être énoncé. On peut donc comprendre le recours à l’implicite comme la construction sociale d’une fiction dont le bon fonctionnement repose sur la collaboration de tous les participants de la situation d’énonciation. (Merci à Céline pour son lien.)

Verbatim: «Qu’il me soit permis avant toute chose, d’exprimer ma très grande émotion et ma profonde compassion à l’endroit de la famille de Laëtitia Perrais qui est aujourd’hui dans la douleur et dans l’angoisse. Mes pensées comme celles de tous les Français vont vers cette jeune fille, disparue, à Pornic, dans des conditions qu’il appartiendra à la justice d’éclaircir, mais qui hélas, laissent aujourd’hui craindre l’indicible. Un tel drame ne peut rester sans suite. Des tels actes criminels, si l’enquête les confirme, ne peuvent rester impunis… Je souhaite que la justice travaille très vite… très efficacement afin que toute la vérité soit connue. Je recevrai la famille dès mon retour. Mais je veux vous dire que la récidive criminelle n’est pas une fatalité, et je ne me contenterai pas d’une enquête sans suite. Je le dis très sereinement, mais il n’y aura pas une enquête de plus où on dira aux Français que tout a été parfait, sauf une petite jeune fille qui ne demandait qu’à vivre mais qui a disparu. C’est pas possible… Faut attendre de voir… Mais si c’est l’indicible… faudra des décisions, et pas des commissions de réflexions. Il y a eu trop de cas comme celui-ci. Et bien sûr, je recevrai cette famille. Pardon de parler de cela avant de parler de vous…» Nicolas Sarkozy, Saint-Nazaire, 25 janvier 2011.

3 Reponses à “ Comment entendons-nous le non-dit? ”

  1. Sur que, ici, la peine pourrait ne pas être la même pour tout le monde. Il faudrait donc que les larmes des uns fassent couler le sang des autres. ça ne changera rien à la récidive (http://www.slate.fr/story/33273/nicolas-sarkozy-obsession-emotion), mais on en reviendra(it) ainsi à la politique de l’exemple.

    Cette propension à juger avant même que les faits soient avérés est hallucinante, sidérante.
    Le contour des jurys populaires qui s’annoncent sur ce même fil (du rasoir) de non-dits commencent donc à se dessiner clairement.

  2. A noter que j’use moi-même de l’implicite dans ce post, qui livre la citation complète de Sarkozy sans commentaire, en présupposant la capacité d’indignation de mes lecteurs, et donc leur plein accord avec ma propre lecture (voir le même effet « no comment » chez Gaby).

  3. On peut même dire que ne proposant pas de photo/illustration (sauf en lien), vous ne jouez que sur les mots…