Votez Carla!

Par  - 17 janvier 2011 - 12 h 27 min [English] [PDF] 

Fidèle à sa vocation d’organe de propagande du régime en place, Paris-Match a publié dans sa dernière livraison une magnifique image qui résume la stratégie de la future campagne pour la réélection de Nicolas Sarkozy. Effectuée le 7 janvier à l’occasion du déplacement du couple présidentiel aux Antilles, la photo d’Elodie Grégoire associe habilement le romantisme de Love Story à la connotation de la puissance élyséenne, avec ces deux profils mêlés regardant dans la même direction à travers le hublot d’un hélicoptère (cliquer pour agrandir).

«Le geste de Carla est tendre et protecteur. Le chef de l’Etat sait qu’il pourra compter sur elle dans les moments décisifs. (…) Le président de la République a donc entrepris une opération séduction. Avec Carla comme carte maîtresse», nous explique Virginie Le Guay.

Traduisons. Totalement décrédibilisé dans l’opinion, à court d’idées et de ressort programmatique, l’hôte de l’Elysée n’a plus pour seule ressource politique que l’affichage de Madame, qui par chance est super-canon. Habile calcul: au cas où ce serait Martine qui porterait les couleurs du PS, le cochon qui sommeille en tout électeur mâle n’hésitera pas longtemps. Quant à DSK, l’âge de ses artères ferait peser un sérieux risque d’accident coronarien sur la campagne. Qui ne s’annonce pas triste.

15 Reponses à “ Votez Carla! ”

  1. Un ingrédient supplémentaire : la grossesse (ou l’envie de grossesse), évoquée dans un temple indien où Carla est allée « prier pour que son époux lui donne un fils ». Ça ressemble quand même à une dernière carte…

  2. Ils ont tout de même pris soin de se placer devant la sortie de secours… et elle semble le retenir !

  3. J’allais faire une blague avec « carte maîtresse ».
    Mais non.

  4. J’ai comme un doute. Après tout, lorsque du temps du franc le Ministre des Finances annonçait que le franc ne serait pas dévalué à Paris-Match, il l’était le W.E. suivant.

  5. C’est vrai qu’il y a un petit côté El Lissitsky dans cette photo
    (autre avenir radieux !…)

    http://www.flickr.com/photos/53766499@N03/4975672536/

  6. Il me semble que l’épouse porte à main droite un appareil photo avec flash…? (j’aime l’alliance au premier plan) (j’aime tout dans cette photo, sauf les mannequins)

  7. L’angle de prise de vue génère une déformation assez horrible sur le bras… et le président semble en déséquilibre… aspiré par le vide ?

  8. Carla en ceinture (de sécurité). Ce n’est pas l’accessoire qu’elle vend le mieux, je trouve.

  9. @andré
    J’attendais que tu la commentes cette photo là si grossièrement construite …
    Parce qu’elle nous propose un cadrage différent de la femme du candidat français aux Présidentielles qui a été et est amenée à rester le plus souvent à l’arrière plan (à coté du pilier lors de l’intronisation ou un pas en arrière.
    Cette posture de Carla me semblait pouvoir être interprétée dans au moins deux sens différents : lui le protecteur ou/et elle la protectrice (le bras en ceinture de sécurité c’est du premier degré dans la représentation d’un couple présidentiel et cela correspond à la mise en image du commentaire de Paris Match)?
    On peut peut-être y voir aussi tout simplement la mise en scène d’un couple UNI : on voterait alors pour un couple, ce qui a de longue date été suggéré à l’écrit par les médias lors des campagnes présidentielles françaises mais jamais donné à voir de façon aussi explicite.

  10. @c.restier: Ah non, grossier n’est pas le terme que j’utiliserai… Il faut savoir faire la part entre ses affinités politiques et l’appréciation d’une image. Celle-ci est vraiment remarquable par son principe de répétition des profils, plutôt rare me semble-t-il en instantané (alors qu’il s’agit d’un motif très répandu en illustration graphique) et qui produit un effet « jeunes filles en fleurs » bien décrit par Proust, soit une sorte de fusion des personnages dans un halo de beauté partagée, ce qui est très précisément le bénéfice politique visé. Il est rare qu’une image de propagande soit aussi inventive et aussi réussie graphiquement, ça n’a pas été souvent le cas depuis les totalitarismes des années 1930, qui accordaient à l’image une place de choix (bon, je blague, il y a eu aussi les présidences Kennedy, Reagan, Clinton et Bush).

  11. Au niveau des bras, il y a quand même comme un léger sac de noeuds qui pourrait indiquer que celui de droite cherche à être un prolongement de celui de gauche — comme un Pujadas, hier soir, cherchant à rattraper et récupérer, « depuis les toits de Tunis », le train de la révolution en marche.

    Récemment, Carla épongeait en public le front de son petit mari. Maintenant, elle lui assure qu’il doit prendre da(t)tes en Tunisie, afin d’effacer l’image déplorable qu’il aura donnée tout au long du mouvement auquel, pas plus que son Frédéric Mitterrand portatif, il n’aura rien compris.

    La photo lèche-bottes va encore laisser des traces et des gouttes à essuyer. Mais Lagardère remplit pour le moment sa mission.

  12. Techniquement c’est une image étonnante qui me semble à des km de la photo officielle.
    Au départ c’est le nouveau Sarkozy, celui qui c’est enfin décidé à entrer dans ses habits de président en prenant de la hauteur, il est dans un hélico :), et en offrant l’image du couple modèle, loin des frasques du début de la présidence, avec une épouse affectueuse et sereine.
    Dans le même temps, l’image est très violente avec un contraste tout à fait inhabituel entre le blanc et le noir, très au-delà de la dynamique que les capteurs des appareils les plus récents sont capables d’encaisser.
    En raison de l’exiguïté de l’espace disponible, le photographe a travaillé de très près au grand angle. Il a réussi en étant parfaitement parallèle à Sarkozy à ne pas le déformer, mais le bras de Carla, de par sa position, est totalement déformé. On ne sait plus si c’est une tentacule ou un bras, et au cas où cette déformation n’aurait pas crée de malaise chez le spectateur, l’autre main de Carla dans le prolongement du coude dérange encore un peu plus une lecture distraite de l’image.
    Si on ajoute à ça que c’était un cadrage rêvé pour une double page avec le président et son épouse en page de gauche et le texte en page de droite, qui nous oblige à remarquer l’inscription « sortie de secours » après avoir lu le texte des journalistes de Paris-Match: Quelle image!
    Heureusement que le photographe a bossé à l’instinct, je suppose qu’il aurait eu une note catastrophique s’il avait utilisé Nadia 🙂 http://culturevisuelle.org/viesociale/2012

  13. @andré je t’accorde que le terme « grossier » était mal choisi
    mais c’est une image effectivement « étonnante ».
    J’en ai accumulé pourtant des images de femmes de candidats et de « couples » en politique depuis une longue période

  14. @ Thierry : mise en image d’une femme de candidat « tentacule » c’est exceptionnel
    (alors que le discours a longtemps porté sur ce risque de prise de pouvoir/ influence de l’épouse)

  15. Dans le genre « ils en font encore trop », elle est mimine, c’te photo ! Ça pue la sincérité à des kilomètres ! Ne jamais oublier que cette dame s’est fait connaître comme mannequin : quelqu’un qui porte avec un max d’inexpressivité les créations des autres. Ce cadrage a un autre avantage : il permet de ne pas montrer que la dame mesure un certain nombre de centimètres de plus que le monsieur.

    (Je m’autorise une incidente sur ce sommet de cruchitude qu’est son rêve de « donner un garçon » :

    – On ne « donne » pas un enfant, surtout si on est de gauche, même épidermiquement (ie superficiellement). Un enfant n’est pas un objet, un père n’est pas un seigneur et maître à qui il conviendrait de faire une offrande propitiatoire !

    – Et un garçon, en plus ! Alors que la dame en a déjà un, que le monsieur n’a pas de fille (et qu’il a l’âge d’être grand-père – on me signale dans l’oreillette qu’il l’est déjà). Ben oui, mais un garçon, c’est ce qui permet d’échapper à la loi salique, seul un garçon a le droit d’hériter du trône. Bon, celui-là arriverait après Prince Jean de l’Epad et Petit Prince Louis. Quelques fratricides sont à envisager, comme au bon vieux temps des Mérovingiens.

    Me f…ent la gerbe, la dame et le monsieur.)