BHVP: ne réveillez pas une archive qui dort

Par  - 16 March 2010 - 20 h 52 min [English]

Vif émoi aujourd’hui parmi mes contacts Facebook, alarmés par un article du Monde. Le quotidien “de référence” sonne l’alerte: «Le manque de moyens met en péril les archives photos de France-Soir.» Diantre! Qu’arrive-t-il donc à cette auguste collection, astucieusement fourguée par ses propriétaires à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP) en 1986, à l’occasion d’un déménagement du journal?

«Depuis une quinzaine de jours, quelque 200 gros cartons de déménagement et 400 classeurs noirs, comprenant des photos, ont quitté les rayonnages pour être entassés les uns sur les autres, liés par des rubans adhésifs, dans un coin de la bibliothèque. La vision est sinistre. Et l’avenir du fonds incertain.» Le Monde dresse ensuite un portrait à tirer des larmes d’un patrimoine irremplaçable, qui comprendrait – c’est dire ! – la seule photo connue de la rafle du Vel’ d’Hiv.

Quel est exactement le “péril” qui mobilise le quotidien du soir? La conclusion de l’article n’éclaire guère sur ce danger imminent, et met dans la bouche d’Emmanuelle Toulet, nouvelle directrice de la BHVP, trois scénarios: Le premier est de trouver “une place correcte” pour ce fonds à la BHVP. Le deuxième est de l’envoyer “un temps” dans un entrepôt privé – un lieu, à Chartres, est à l’étude. Le troisième est de le confier à une autre institution publique.» Pas de quoi crier au feu. Le Monde exprime in fine sa crainte de voir le fonds France-Soir «promis à l’hibernation.»

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CFP colloque "Imaginaires du présent. Photographie, politique et poétique de l’actualité"

Par  - 15 March 2010 - 16 h 00 min [English]

Appel à communication pour le colloque international “Imaginaires du présent. Photographie, politique et poétique de l’actualité“, 22 et 23 octobre 2010, université du Québec à Montréal. Date limite : 1er mai 2010.

Une production de l’Équipe de recherche sur l’imaginaire contemporain, la littérature, les images et les nouvelles textualités (ERIC LINT) et Figura, centre de recherche sur le texte et l’imaginaire.

La photographie n’est pas une image du XXIe siècle. Ses fondements techniques, épistémologiques et symboliques sont plutôt ceux du XIXe siècle. Pour autant, la photographie ne cesse d’affirmer sa contemporanéité dans sa façon de répondre aux appels du temps présent, que ceux-ci soient d’ordre social, compassionnel, esthétique ou politique. La photographie s’impose comme une image efficiente lorsque vient le temps de consigner les moindres faits de l’histoire. N’est-ce pas à elle qu’incomba la tâche de produire l’ultime récit visuel du XXe siècle, il y a une dizaine d’années déjà, alors que fleurissaient sur les présentoirs des librairies un nombre sans précédent d’ouvrages illustrés de photographies réputées les plus célèbres du XXe siècle? Le XXe siècle sera mémorable ou ne sera pas, telle était l’injonction implicite motivant le recours massif à la photographie événementielle. Le XXe siècle sera par ailleurs remarquable. D’où la présence obligée des « chefs-d’œuvre » du photojournalisme maintes fois couronnés de prix et de distinctions, ces instants-monuments que l’on exhibe comme autant de cristallisations exemplaires de l’histoire.

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Enseigner face à Facebook

Par  - 12 March 2010 - 7 h 54 min [English]

Perspective dont la généralisation est encore lointaine dans le contexte de l’enseignement universitaire français, la disponibilité du wifi dans les salles de classe n’en apparaît pas moins comme un horizon inéluctable. Autant le dire honnêtement: du point de vue du professeur, cette ressource bienvenue fait peur. Quel enseignement, aussi virtuose soit-il, pourra résister à la concurrence de la lecture des mails, du chat sur Facebook ou de la consultation de gags vidéos à l’abri de l’écran du portable? Régler le problème par la prohibition d’une liste de sites n’est guère satisfaisant, car YouTube ou les médias sociaux constituent bel et bien des sources susceptibles d’être utilisées en cours, ou peuvent devenir des objets d’étude.

Le Lhivic est le premier labo de l’EHESS qui dispose du wifi dans ses locaux et l’INHA annonce pour la rentrée prochaine la disponibilité de cet accès dans ses salles de cours. C’est donc avec curiosité que j’ai observé les cas, encore peu nombreux, où je me suis retrouvé en situation de faire face à une classe dans ces conditions (mettons de côté les expériences de type atelier, où le petit nombre des participants et la permanence de l’interaction dissuade un usage parasite de la connexion).

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Le détail fait-il la photographie?

Par  - 7 March 2010 - 8 h 09 min [English]

Voici deux photos avec lesquelles jouer au jeu des 7 erreurs. Remarque-t-on au premier coup d’œil que celle de droite est issue de celle de gauche? Le choix du détail, le passage au noir et blanc, le traitement graphique qui augmente le contraste ou le vignettage en font deux images sensiblement différentes – si différentes que le jury du World Press Photo a décidé de revenir sur son jugement. Après vérification du fichier Raw (photo de gauche), la décision a été prise de disqualifier Stepan Rudik, lauréat du 3e prix de la photographie sportive pour une série intitulée “Street fighting, Kiev, Ukraine“, qui comprend la photo de droite.

La justification de l’exclusion s’appuie sur un détail: la retouche qui a effacé le pied de l’homme situé à l’arrière-plan, et permet de mobiliser un article du règlement (“The content of the image must not be altered. Only retouching which conforms to the currently accepted standards in the industry is allowed“). A quoi Rudik a répondu que, s’il respecte la décision du jury, il estime ne pas avoir produit “d’altération significative ou avoir effacé aucun détail important au regard de l’information”.

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Comment lisons-nous les photographies?

Par  - 24 February 2010 - 9 h 39 min [English]

Le magazine Le Chasseur d’images propose une rubrique régulière de critique des photos envoyées par les lecteurs, intitulée “L’Album des lecteurs”. Le journal ajoute quelques indications techniques, notamment l’appareil utilisé. Entretenu sur la durée, un tel échantillon constitue un corpus précieux pour étudier l’évolution de la pratique des “amateurs experts”.

Mais les appréciations rédigées par la rédaction peuvent elles aussi apporter d’utiles enseignements. Composée d’une quinzaine de photographies qui sont autant de “cas”, la sélection publiée suscite logiquement un commentaire élogieux. Mais celui-ci est systématiquement balancé par une critique, dont l’expression est justifiée par le caractère pédagogique de la rubrique. Le rédacteur, photographe professionnel, gratifie l’amateur – et les lecteurs du journal – d’une leçon d’autant plus efficace qu’elle s’effectue par l’exemple.

Dans le numéro de mars 2010, nous pouvons ainsi découvrir le commentaire suivant d’une photographie envoyée par Patrick Barbazan: «Certes, ces trois dos tournés et leurs tresses blondes ne manquent pas d’intérêt. Mais comme votre courrier ne donne aucune explication sur la photo, on se demande ce que vous voulez montrer. Avec cette profondeur de champ, vous accréditez l’idée que les enfants sont en admiration devant le monument. Si vous vouliez donner l’impression d’une bouderie à l’égard du photographe, il fallait que seuls les enfants soient nets» (p. 163).

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La crise des médias: une lettre ouverte et des questions

Par  - 21 February 2010 - 9 h 05 min [English]

Je suis un cinéaste anglais, né en 1935. J’ai quitté le Royaume-Uni en 1968 et j’ai travaillé depuis dans de nombreux pays, à la fois comme réalisateur de films et enseignant critique des médias. Culloden, La Bombe, Privilege, Punishment Park, Edvard Munch, Le Voyage, Le Libre Penseur et La Commune (Paris 1871) sont quelques-uns de mes films.

Pendant plus de 40 ans (mais plus tellement ces derniers temps) je suis intervenu dans les écoles, les universités, les projections de films et les réunions publiques sur les problématiques relatives au rapport entre les mass médias audiovisuels (MMAV) et le public. Une situation qui, de mon point de vue, s’est à ce point détériorée que je parle désormais de Crise des Médias. J’ai consacré un site internet à ce sujet et l’éditeur français Homnispheres a publié deux éditions successives de mon livre Media Crisis.

Je réécoutais l’autre jour une interview que j’avais donnée en 1985 à Radio New Zealand, où je parlais de l’urgente nécessité d’un débat public sur les mass médias audiovisuels. Que s’est-il passé depuis ? Entre l’environnement dévasté et le déclin des libertés civiques, (sans parler de la famine, de l’exploitation et de l’aggravation des disparités économiques à travers le monde) il semble que nous ne soyons pas plus avancés dans l’analyse de l’impact des mass médias audiovisuels sur nos existences (ou de leur implication directe dans la crise globale) que nous l’étions il y a 25 ans. Compte tenu de la gravité du problème, le silence actuel sur ces questions – particulièrement dans la sphère publique – est tout à fait inquiétant.

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Libération annonce la fin des blogs

Par  - 18 February 2010 - 0 h 34 min [English]

Connais-toi toi-même, conseillait Socrate. Une maxime dont l’application éviterait bien des faux pas. Comme quand Slate nous assure que BHL est un philosophe. Ou quand Libé nous parle des blogs.

Libé et le web, c’est l’histoire de deux trains qui ne se sont jamais croisés. Impossible pour un journaliste moderne d’admettre qu’il ne connaît pas ce terrain. Alors on frime, on bombe le torse, on balance quelques noms, genre Loïc Le Meur (à Libé, quand on ouvre le dossier blog, on tombe toujours sur Loïc Le Meur, qui avait déjà fait la page Portrait en 2006: Loïc Le Meur, c’est la Stéphanie de Monaco du blogging, une personnalité connue jusque chez le coiffeur, qui donne figure humaine à des univers réputés inaccessibles). Et on parle de la fin des blogs. Ah, la fin des blogs! On dirait que Libé nous l’a toujours annoncé. Dès le Minitel, la fin des blogs était proche. Ont-ils seulement commencé à exister? Rien n’est moins sûr, s’il faut en croire les archives du quotidien, dont les radars ont cessé d’en repérer la trace vers 1988 (ou bien était-ce l’année où on a cessé de payer l’électricité?)

Dans la rubrique “Ecrans et Médias” d’hier, nous ne connaîtrons jamais le vrai titre qu’avait voulu donner Andréa Fradin à son article. Un responsable de rubrique intérimaire essayant désespérément de copier le style Garrigos-Roberts l’a remplacé par: “Blogs: le tweet au top, le post peste” (sic). Rien compris? Par bonheur, l’appel de Une a été rédigé après le départ au café de l’imitateur, et propose un énoncé plus lisible: “Les blogueurs lâchent l’affaire”.

Un présent définitif qui suggère un tournant radical, une actu décisive, un scoop majeur. Tu parles, Charles, ce n’est, comme toujours, qu’un titre pour appâter le chaland et vendre du papier. Sous la dent d’Andréa Fradin, il n’y a pas grand chose, et surtout rien de nouveau, que la vieille antithèse des réseaux sociaux et du blogging, qu’on nous serine depuis la percée de Facebook. Ah bon, et moi je n’ai pas un compte Facebook, et Twitter aussi, tant que j’y suis? Mais comment, ne suis-je donc pas blogueur? Ceci ne tuera-t-il pas cela, comme disait Hugo, et les réseaux sociaux ne sont-ils pas les ennemis jurés du php, comme les chats des chiens, ou la mère Michel du père Lustrucru?

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Médihal, Flickr du pauvre

Par  - 14 February 2010 - 12 h 13 min [English]

Hal (Hyper-article en ligne), l’archive française destinée à héberger les documents scientifiques a été créée en 2004. Il aura fallu attendre de longues années pour que le CNRS s’aperçoive que les chercheurs utilisent aussi des images. Alleluia! Avec un sens caractéristique de l’acronyme, le Centre pour la communication scientifique directe (CCSD) et le Centre national pour la numérisation de sources visuelles (CN2SV) ont inauguré le 3 février MédiHal, première archive spécifiquement destinée à héberger photographies et images scientifiques.

Inscrite dans le cadre du TGE (Très Grand Equipement) Adonis, cette avancée apparaît cependant des plus mesurées. Passons sur les quelques vues bleutées de Rio de Janeiro ou de Sao Paulo qui nous accueillent à l’ouverture, et constituent aujourd’hui l’essentiel des 29 photographies de l’archive. Après une homepage qui essaie d’imiter une visualisation à la iTunes, on est un peu surpris de découvrir une interface qui a le pimpant de la Roumanie sous Ceaucescu, avec des fonctionnalités aussi généreusement distribuées qu’un déjeuner de cantine à Longwy-gare.

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Photoshop, école de l'image

Par  - 11 February 2010 - 12 h 10 min [English]

Photoshop a vingt ans. Peut-être plus que les appareils photonumériques, c’est ce logiciel qui a incarné la rupture majeure engagée par la révolution de l’image digitale. Pour la première fois, la photographie perdait visiblement son statut de garant de l’authenticité de la représentation.

Dès le début des années 1990, les plus avisés s’alarment de ce bouleversement. The Reconfigured Eye (William J. Mitchell, 1992) est le premier ouvrage à signifier l’entrée dans l’ère “post-photographique” – et une ode aux outils de manipulation du visuel.

Plutôt que de pleurer le mythe perdu, il faut se réjouir que Photoshop ait permis à la photographie de réintégrer le régime général de l’image – celui qui, comme au cinéma, permet de circuler du document à la fiction, mettant fin à la dangereuse illusion de l’objectivité photographique.

Conçu par Thomas Knoll dès 1987, d’abord appelé ImagePro, la version 1.0 du logiciel sera diffusée par Adobe en 1990, destinée aux ordinateurs Macintosh, pour une retouche en noir et blanc (cf. Tom Hornby, “How Adobe’s Photoshop was born“, 05/06/2007). Cette application qui vulgarise des technologies de pointe alors utilisées dans les studios cinématographiques va devenir, avec X-Press, l’outil de référence des débuts de l’édition électronique et de la PAO (publication assistée par ordinateur).

Pour une partie du grand public, guidé par des journalistes myopes, la retouche d’images résume à elle seule tous les maux d’une société du spectacle, de l’illusion et de la séduction. Mais les usages publics de l’illustration requièrent bel et bien une image plastique, manipulable et adaptable, dont la lecture est tout entière construite par le travail éditorial. Est-ce la faute de Photoshop si la dégradation de nos rapports sociaux ne nous laisse comme seul espoir pour nous faire aimer que le fantasme de la beauté parfaite?

La meilleure arme contre la société du spectacle n’est pas de croire aveuglément en ses icônes, mais au contraire de préserver la distance de l’esprit critique. Dans la déconstruction des pouvoirs de l’image, depuis vingt ans, Photoshop est un professeur inlassable de la relativité et de la plasticité des représentations. Le meilleur allié d’une vision éclairée de notre monde d’images.

Culture Visuelle, suite…

Par  - 4 February 2010 - 6 h 25 min [English]

La plate-forme Culture Visuelle migre aujourd’hui vers son environnement définitif. Une interruption du service est à prévoir les 4 et 5 février.

Après trois mois de test, 18 blogs, 224 billets, 880 commentaires et plus d’un million de pages vues, la phase de préfiguration s’achève. L’essai est concluant: l’agrégation de blogs est un outil heuristique et pédagogique d’une puissance sans équivalent pour une communauté de recherche.

En déplaçant la plate-forme sur un serveur performant, la migration va permettre d’installer les deux couches logicielles nécessaires au déploiement du projet: l’environnement multiblog WordPress Mu et le support de média social BuddyPress.

La semaine prochaine, ces modifications ne seront pas visibles à l’œil nu pour le visiteur de passage. Dans un premier temps, l’apparence des blogs existants restera inchangée – la maquette originale de Culture Visuelle est encore en cours de développement. On devrait constater un gain de vitesse. Mais le nouvel environnement permettra l’ouverture du réseau Culture Visuelle: la création de nouveaux blogs et la participation à la communauté. Rendez-vous dès lundi pour la suite de l’aventure.