Et si on arrêtait de travailler sur Tintin?

Par  - 9 April 2010 - 11 h 24 min [English]
Dessin de Tardi, publié dans le n° hors série de (A suivre), avril 1983.

Dessin de Tardi, publié dans le n° hors série de (A suivre), avril 1983.

Les éditions Moulinsart, propriétaire des droits de l’oeuvre d’Hergé, ont eu la peau de Bob Garcia. Le tintinologue qui avait eu le tort de publier deux études illustrées d’une trentaine de vignettes, a été condamné en appel pour le motif burlesque de “contrefaçon” à 50.000 euros de dommages et intérêts. La maison d’édition a mis une hypothèque sur la maison de l’écrivain, qui n’a pas les moyens de payer un tel montant et fait appel aux dons sur sa page Facebook.

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Esteban Buch, nouveau directeur du CRAL

Par  - 9 April 2010 -  [English]

L’assemblée générale du Centre de recherches sur les arts et le langage (le CRAL, qui chapeaute mon labo) a élu sa nouvelle direction le 30 mars 2010. Succédant à Jean-Marie Schaeffer, Esteban Buch prend les rênes du centre créé par Hubert Damisch et Louis Marin en 1983, et sera secondé par Marielle Macé et Giovanni Careri.

Né en 1963 à Buenos Aires, de nationalité argentine et française, Esteban Buch est historien et musicologue, spécialiste des rapports entre musique et politique au vingtième siècle. Parmi ses nombreuses publications, on retiendra notamment: Le cas Schönberg. Naissance de l’avant-garde musicale, Paris, Gallimard, 2006, et La Neuvième de Beethoven. Une histoire politique, Paris, Gallimard, 1999.

Les doctorants du CRAL et du CEHTA sont conviés à une réunion d’information et de discussion avec la nouvelle direction du laboratoire, le lundi 10 mai à 16h15 dans la Salle Lombard, au rez-de-chaussée du 96, bd Raspail, 75006 Paris. Cette réunion permettra en outre d’élire les deux représentant(e)s des étudiants au conseil de laboratoire, également renouvelé lors de la dernière assemblée générale.

Colloque: "Le numérique éditorial et sa gouvernance: entre savoirs et pouvoirs"

Par  - 5 April 2010 - 14 h 55 min [English]

L’enjeu principal du colloque sera d’envisager le numérique comme sujet des sciences humaines et sociales. Comment le numérique façonne-t-il les pratiques en SHS? Quels modèles économiques pourra-t-on appliquer à leur éditorialisation? Comment penser la gouvernance des institutions culturelles numériques?

The main challenge of the conference will be to consider the digital as subject matter for the humanities and social sciences. How does digital practice reshape art, humanities and social sciences? What business models will support the new dissemination of knowledge and open access to data? How does the digital reconfigure the governance and management of the cultural infrastructure?

28-29 avril 2010, INHA, 2, rue Vivienne, 75002 Paris.
Entrée libre. Réservation conseillée:
contact@sens-public.org

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La cité qui tremblait

Par  - 5 April 2010 -  [English]

Contre-enquête, Le Monde, 02/04/2010 (cliquer pour agrandir).

La France a peur. Et ça se voit. Après l’incendie du bus à Tremblay-en-France, tous les journaux se penchent sur la cité du Grand Ensemble, le quartier populaire de la ville. Dans Le Monde daté du 2 avril, un dossier questionne “Le mauvais bilan du tout-répressif”. Pour appuyer cette enquête, une illustration de Hervé Lequeux s’étale sur une demi-page – le format maximal que peut atteindre une photo dans les colonnes du quotidien “de référence”.

Magnifique photo. Si évocatrice. Plusieurs immeubles, barrés par les ramures noires de l’hiver, se dressent sur le ciel nocturne, avec à leur pied les flaques de lumière orangée de l’éclairage public. Et, comme un calembour visuel, affectée d’un flou de mouvement qui atteste que la photo a été faite à main levée, l’image tremble (cliquer pour agrandir).

Que montre cette photographie? S’agit-il d’une photo d’actualité qui délivre une information sur les trafics de drogue qui «empoisonnent la vie» à Tremblay-en-France? Ou bien s’agit-il d’une illustration d’ambiance qui va à la rencontre de l’imaginaire TF1 et confirme tous les clichés de la cité qui fait peur?

Je le dis tout de suite: je n’ai rien contre Hervé Lequeux, un reporter intéressant qui produit des images travaillées sur des sujets souvent difficiles. J’espère que la demi-page du Monde lui a été payée bon prix.

J’en ai après les responsables éditoriaux de la grande presse (ou leurs clones organisateurs de festivals languedociens), qu’on entend régulièrement sur les ondes ou dans les colloques nous expliquer ce qu’est le photojournalisme, l’éthique du reportage, le devoir sacré de l’information et la mort qui guette à Bagdad.

Avant la photographie, l’édition et la presse étaient illustrées de gravures, que l’on commandait au dessinateur une fois que l’on avait décidé du texte. Le rôle de l’image était alors de fournir un support figuratif au récit. Une telle image s’appelait une illustration.

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La photographie est-elle encore moderne?

Par  - 3 April 2010 - 13 h 23 min [English]
Musée de lElysée, Lausanne, exposition Tous Photographes (2007).

Musée de l'Elysée, Lausanne, exposition "Tous Photographes" (2007).

Le monde de la photographie éprouve aujourd’hui un paradoxe nouveau. Il a absorbé dans la pratique le choc de la numérisation, sa plus importante mutation technologique depuis l’invention du négatif (Talbot, 1840). Mais il reste fortement attaché à ses symboles traditionnels et montre une résistance surprenante à admettre ou à faire valoir cette évolution dans ses représentations.

Les effets de la numérisation peuvent être expliqués par sa principale caractéristique: la dématérialisation du support. Tout comme la notation écrite a permis la reproduction et la diffusion des messages linguistiques, la transformation de l’image en information la rend indépendante du support matériel, qui n’en est qu’un véhicule temporaire.

Cette transformation a quatre conséquences majeures. Elle modifie de façon radicale les conditions de l’archivage des documents, désormais intégrables à des bases de données numériques, ce que je caractériserai par leur indexabilité. Elle préserve la capacité de modifier les photographies après-coup, créant une continuité entre la prise de vue et la post-production, soit une nouvelle versatilité. Elle facilite leur télécommunication instantanée, les faisant accéder à une forme d’ubiquité. Elle permet leur intégration aux contenus diffusables par internet, et consacre ainsi leur universalité.

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A quoi ressemblait Chopin?

Par  - 28 March 2010 - 17 h 44 min [English]
Portrait de Frédéric Chopin par Delacroix, huile sur toile, v. 1838; portrait par Louis-Auguste Bisson, daguerréotype, 1848 (détails).

(1) Portrait de Frédéric Chopin par Delacroix, huile sur toile, v. 1838. (2) Portrait par Louis-Auguste Bisson, daguerréotype, 1848 (détails, cliquer pour agrandir).

A l’occasion du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin (1810-1849), on a vu ressurgir sur les affiches et les produits dérivés son célèbre portrait par Delacroix (fragment de la toile qui l’associait à George Sand, exécutée vers 1838 et restée inachevée), qui représente le jeune musicien dans une pose romantique (ci-contre, à gauche).

Le portrait que fit de lui une dizaine d’années plus tard Louis-Auguste Bisson (et que nous connaissons par une reproduction tardive due au photographe Czeslaw Olszewski), montre un visage plus marqué (ci-contre, à droite). On croit deviner sur ses traits altérés la trace de la maladie qui l’emportera en 1849. Malgré la mélancolie commune aux deux portraits, les différences sont telles qu’on peut se demander s’il s’agit bien du même homme.

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La Lune est pour demain. La promesse des images

Par  - 19 March 2010 - 13 h 30 min [English]

Selon Jean-Claude Schmitt, les usages visuels contemporains ne sauraient se comparer avec les pouvoirs de l’image médiévale. Au fondement de l’anthropologie chrétienne, celle-ci opère la médiation entre le visible et l’invisible: «En un mot, elle s’incarne suivant le paradigme central de la culture chrétienne.» (Schmitt, 2002). Issues de la froide rationalité d’un univers désenchanté, les images du XXe siècle ne semblent pas pouvoir rivaliser avec cet horizon. Pourtant, une compréhension plus affûtée du monde contemporain a montré à quel point cette rationalité n’était que le nom d’une nouvelle croyance (Stengers, 1993; Daston & Galison, 2007). Comme hier les mystères de la foi, c’est la science qui alimente aujourd’hui le feu des rêves. En puisant dans ce bouillant chaudron, les industries culturelles s’avèrent bel et bien capables d’incarner l’invisible, et se servent des images pour créer des mondes. Comme la culture chrétienne médiévale, le système mass-médiatique s’adresse à tous à travers l’image. Comme elle, il s’appuie sur la puissance de la figuration pour favoriser l’objectivation du récit. Comme elle, il fait de l’imaginaire le moteur d’une société.

Les effets de l’attraction

Après un quart de siècle consacré au cinéma d’animation, les studios Disney entament au début des années 1950 un vaste processus de diversification. Films de fiction (L’Ile au trésor, 1950), documentaires animaliers (Le Désert vivant, 1953), séries télévisées (Davy Crockett, 1954) se succèdent, jusqu’à la création en 1955 de Disneyland, premier parc à thème dédié à la matérialisation d’un univers d’images.

(1) L’Ile au trésor, 1950, Byron Haskin. (2) Le Désert vivant, 1953, James Algar. (3) Davy Crockett, King of the Wild Frontier, 1955.

(1) L’Ile au trésor, 1950, Byron Haskin. (2) Le Désert vivant, 1953, James Algar. (3) Davy Crockett, King of the Wild Frontier, 1955.

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Parution "La Performance des images"

Par  - 19 March 2010 -  [English]

Les éditions de l’université de Bruxelles annoncent la parution de La Performance des images, dirigé par Alain Dierkens, Gil Bartholeyns, Thomas Golsenne, 264 pages, 25 €.

performance

L’image, avant de représenter, de signifier, agit et fait agir. La performance des images, dont ce livre entreprend l’exploration, est à comprendre d’abord comme l’évaluation de leur efficacité: quels sont les effets des images? C’est ensuite leur agentivité: en quelle manière les images sont-elles des êtres vivants? C’est aussi leur performativité: comme il y a des actes de parole, il y a des actes d’image dont les modalités peuvent être détaillées. Enfin, c’est leur puissance : que peut une image, dont un texte, par exemple, serait incapable?

L’image chrétienne tient ici une place à part car, loin d’être une simple “Bible des illettrés” soumise au règne du texte, elle imprègne tous les aspects de la vie et de la pensée des sociétés chrétiennes, depuis leurs fondements théologiques et anthropologiques – Dieu créa l’homme à son image; le Fils est l’image du Père – jusqu’aux utilisations les plus diverses des objets visuels. Mais en Occident ce n’est pas seulement au Moyen Âge que les images sont actives: ce livre est aussi consacré aux nouvelles formes de performances visuelles qui sont apparues avec la Renaissance ou la société mass-médiatique.

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Critique de la télé-réalité ou télé-réalité de la critique?

Par  - 18 March 2010 - 8 h 32 min [English]

Faire un film de l’expérience de Milgram pour critiquer la télévision, tel était le projet de Christophe Nick avec Le Jeu de la Mort (France Télévisions, 2010). Un film étrange, qui met face à face deux fictions: LA télévision, représentée par la figure caricaturale du jeu télévisé (assimilé, on ne sait pourquoi, à la télé-réalité, alors qu’il s’agit d’un programme d’un tout autre genre), vs LA science, incarnée par un professeur à barbe blanche, le psychologue Jean-Léon Beauvois, appuyée sur le rappel insistant de l’archive et sur une batterie de graphiques superbement designés.

Que la télévision ait une influence sur les représentations et les comportements est a priori peu douteux, et la critique de l’obéissance aveugle, qui est au fondement de l’expérience de Milgram, apparaît comme une cause sympathique. D’où vient alors le sentiment permanent de malaise distillé par le film? Au-delà de la manipulation des cobayes, et du paradoxe de produire une véritable situation de télé-réalité (autrement dit une mise en scène de la “vraie vie” avec des sujets consentants destinée à produire du spectacle), il y a me semble-t-il plusieurs erreurs de démonstration.

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Rebonds de webcasting

Par  - 17 March 2010 - 13 h 02 min [English]

Un chercheur ne travaille pas que dans son bureau. Relevé pour mémoire de quelques enregistrements récemment diffusés: une conférence à l’Erg de Bruxelles et trois entretiens radiophoniques, qui rebondissent sur divers billets publiés sur l’Atelier des icônes et InternetActu.