Parution "Atlas ou le gai savoir inquiet"

Par  - 18 October 2011 - 14 h 29 min [English]

Les éditions de Minuit annoncent la parution de: Georges Didi-Huberman, Atlas ou le gai savoir inquiet (L’Œil de l’histoire, 3), 384 p., 73 ill. NB, 29 euros.

(4e de couverture) À quiconque s’interroge sur le rôle des images dans notre connaissance de l’histoire, l’atlas Mnémosyne apparaît comme une œuvre-phare, un véritable moment de rupture épistémologique. Composé – mais constamment démonté, remonté – par Aby Warburg entre 1924 et 1929, il ouvre un nouveau chapitre dans ce qu’on pourrait nommer, à la manière de Michel Foucault, une archéologie du savoir visuel. C’est une enquête “archéologique”, en effet, qu’il aura fallu mener pour comprendre la richesse inépuisable de cet atlas d’images qui nous fait voyager de Babylone au XXe siècle, de l’Orient à l’Occident, des astra les plus lointains (constellations d’idées) aux monstra les plus proches (pulsions viscérales), des beautés de l’art aux horreurs de l’histoire.

Ce livre raconte, par un montage de “gros plans” plutôt que par un récit continu, les métamorphoses d’Atlas – ce titan condamné par les dieux de l’Olympe à ployer indéfiniment sous le poids du monde – en atlas, cette forme visuelle et synoptique de connaissance dont nous comprenons mieux, aujourd’hui, depuis Gerhard Richter ou Jean-Luc Godard, l’irremplaçable fécondité. On a donc tenté de restituer la pensée visuelle propre à Mnémosyne: entre sa première planche, consacrée à l’antique divination dans les viscères, et sa dernière, hantée par la montée du fascisme et de l’antisémitisme dans l’Europe de 1929. Entre les deux, nous aurons croisé les Disparates selon Goya et les “affinités électives” selon Goethe, le “gai savoir” selon Nietzsche et l’inquiétude chantée dans les Lieder de Schubert, l’image selon Walter Benjamin et les images d’August Sander, la “crise des sciences européennes” selon Husserl et le “regard embrassant” selon Wittgenstein. Sans compter les paradoxes de l’érudition et de l’imagination chers à Jorge Luis Borges.

Œuvre considérable de voir et de savoir, le projet de Mnémosyne trouve également sa source dans une réponse d’Aby Warburg aux destructions de la Grande Guerre. Non content de recueillir les Disparates du monde visible, il s’apparente donc à un recueil de Désastres où nous trouvons, aujourd’hui encore, matière à repenser – à remonter, poétiquement et politiquement – la folie de notre histoire.

Cet ouvrage reprend, inchangé, le texte introductif du catalogue de l’exposition Atlas ¿Cómo llevar el mundo a cuestas ? – Atlas. How to Carry the World on One’s Back ? que Georges Didi-Huberman a organisée entre novembre 2010 et février 2011 au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía (Madrid), exposition reprise au ZKM-Zentrum für Kunst und Medientechnologie de Karsrühe puis à la Sammlung Falckenberg de Hambourg, entre mai et novembre 2011.

Comment faire parler les images

Par  - 17 October 2011 - 8 h 59 min [English]

Libération fait aujourd’hui sa Une d’une belle photographie de Sébastien Calvet. Le reporter a raconté les circonstances de cette prise de vue, exécutée lors du dernier meeting du candidat socialiste au Bataclan, le 13 octobre dernier.

Comme souvent, Calvet a tenté de déconstruire la mise en scène programmée, qui visait à produire l’image ci-dessous (photo Reuters): Hollande levant des bras vainqueurs sur fond de foule enthousiaste. Lire la suite

L'illustration est une qualification de l’événement

Par  - 15 October 2011 - 12 h 23 min [English]

Soit une information ambiguë: le classement sans suite de la plainte de Tristane Banon par le Parquet de Paris, qui reconnaît néanmoins qu’il y a bien eu «agression sexuelle». Cet énoncé produit deux lectures diamétralement opposées. Pour les avocats de DSK, celui-ci est «blanchi», alors que pour la défense de Banon, celle-ci voit son statut de victime «reconnu par la justice».

On retrouve ce même balancement dans les titres de presse. Comme le note Arrêt sur Images, les titres du Monde (“Affaire Banon/DSK: le parquet de Paris classe la plainte sans suite”) ou de Libération (“Banon-DSK: affaire classée”) paraissent «incomplets». La présentation du même événement par Le Parisien (“Affaire Banon: DSK échappe aux poursuites”) ou France-Soir (“Affaire Banon: DSK a menti”) offre une vision très différente de l’affaire.

Lire la suite

Des mots sur un visage

Par  - 12 October 2011 - 19 h 42 min [English]

Loin de s’éteindre, le mouvement Occupy Wall Street croît et se renforce. Les médias lui reprochent de ne pas exprimer de revendications claires? Les manifestants ont inventé une manière originale de se faire entendre. Sur le blog collaboratif We are the 99% (allusion au 1% des plus riches), chacun peut publier un autoportrait avec une feuille de papier où s’inscrivent les accidents, les déboires et les rêves déçus de la middle class américaine.

Commencé le 23 août 2011, le blog comprend déjà 1243 contributions, avec leurs commentaires. La répétition individuelle d’un dispositif identique fait de la collection de ces expressions une puissante œuvre collective. Produire une telle œuvre en l’absence d’organisation préalable suppose de recourir à une règle du jeu simple et facilement appropriable, soit le principe ludique et itératif du mème.

Même si les visages occupent une position en retrait ou sont cachés par la feuille, il s’agit clairement d’incarner un récit de vie. Le choix d’écrire à la main (quelques participants utilisent la version imprimée d’un texte écrit à la machine ou l’écran d’ordinateur, mais la plupart recourent à l’écriture manuscrite), avec ses variations individuelles et ses marques distinctives, a le même rôle de signature et de revendication singulière.

Par la double attestation de la photo et de l’écrit, l’exposition de ces bribes de vie prend une force et une densité étonnantes. On regarde les visages – beaucoup de femmes, d’étudiants –, on lit les textes, qui répètent à satiété: «no job», «unemployed», «no health insurance»: l’exposition collective et spontanée de tout ce qui mine les sociétés développées, l’incompréhension profonde de ceux qui ont fait tout ce qui fallait, et qui n’ont que des miettes. Pas la manifestation d’une foule indistincte et rageuse, dont on ne percevrait que les cris et les slogans raccourcis par les médias, mais une collection de vies qui disent chacune, en détail, avec des mots sur un visage, les ratés du processus. Ils sont les 99% qui ont perdu la foi dans le rêve américain (via Rezo.net).

Traduction française de "Cloning Terror"

Par  - 8 October 2011 - 10 h 06 min [English]

Les Prairies ordinaires publient la traduction française de l’ouvrage de W. J. T. Mitchell, Cloning Terror ou la guerre des images, du 11 septembre au présent (2011, trad. de l’américain par M. Boidy et S. Roth), 236 p., ill. NB, 26 euros.

Les attentats du World Trade Center et la brutale réplique qu’ils ont suscitée de la part du gouvernement américain n’ont pas seulement engendré de lourdes pertes humaines, ils ont aussi produit de nouvelles images qui ont durablement marqué les esprits. Pour W.J.T Mitchell, ce qu’il s’agit de comprendre, c’est l’entrelacement formé par les événements et les images: laisser un instant de côté la signification des images, leur pouvoir ou les idéologies qu’elles véhiculent, examiner la manière dont les images produites durant la “guerre contre le terrorisme” ont fabriqué des réalités et des affects politiques. En un mot, prendre les images au sérieux.

Depuis le 11 septembre, le terrorisme est devenu indissociable du paradigme du clonage, et la reproductibilité infinie des images a donné naissance à la figure du terroriste clone, anonyme, insaisissable, innombrable, capable de semer la terreur partout et à tout moment. La “clonophobie” contemporaine est à la fois nouvelle et ancienne: nouvelle, parce que la peur du terrorisme s’inscrit pleinement dans notre “âge biocybernétique”, défini par l’image numérique et les nouveaux médias; ancienne, parce que la clonophobie est une forme d’iconophobie, vieille peur d’une copie douée d’une âme et d’une vie propre. Cloning Terror, en explorant les différents avatars de cette “image vivante” ressuscitée, s’acquitte magistralement de son principal objectif: poser les bases d’une iconologie du présent.

W. J. T. Mitchell est professeur de littérature et d’histoire de l’art à l’université de Chicago. Auteur de nombreux ouvrages au succès international, il dirige également la célèbre revue Critical Inquiry.

A noter: W. J. T. Mitchell donnera une conférence à Paris le 21 octobre prochain, intitulée “Seeing Madness: Insanity, Media, and Visual Culture”, dans le cadre du colloque “Si la photo est bonne. Le rôle des industries culturelles dans la construction de l’imaginaire”, 16h30-17h30, Auditorium, INHA, 2, rue Vivienne/6, rue des Petits-Champs, 75002 Paris, entrée libre.

Reparution "La photographie en France au XIXe siècle"

Par  - 7 October 2011 - 9 h 23 min [English]

A l’occasion de la rentrée Gisèle Freund (exposition à la fondation Pierre Bergé, 14/10; rencontre à l’IMEC le 27/10), les éditions Christian Bourgois ont eu l’heureuse idée de reproduire en fac-similé La photographie en France au XIXe siècle, sa thèse de doctorat, soutenue en 1936, depuis longtemps introuvable. Je reproduis ci-dessous la préface qui m’a été commandée pour cette reparution.


Préface

Il fallait une bonne dose d’inconscience pour oser se lancer dans la première thèse universitaire jamais consacrée à l’histoire de la photographie. Jeune étudiante juive chassée d’Allemagne par le nazisme, Gisèle Freund soutient à Paris en 1936 un doctorat commencé quelques années plus tôt à Francfort. Edité par son amie Adrienne Monnier sous la discrète raison sociale de la Maison des amis des livres, La Photographie en France au XIXe siècle deviendra la matrice du futur Photographie et Société, publié en 1974, qui donne sa forme achevée à un ouvrage que Gisèle Freund a réécrit toute sa vie 1) Gisèle Freund, La Photographie en France au XIXe siècle, Paris, La Maison des amis des livres/A. Monnier, 1936 ; id., Photographie et Société, Paris, Le Seuil, 1974..

Une photographe critique de la photographie: ils n’auront pas été si nombreux, au cours du XXe siècle, à occuper cette position ambiguë. Parmi eux, Gisèle Freund demeure la seule femme photographe à avoir considéré avec autant de hauteur de vue et de pertinence historique une pratique qui devient au même moment la signature d’une époque.

Lire la suite

Notes   [ + ]

1. Gisèle Freund, La Photographie en France au XIXe siècle, Paris, La Maison des amis des livres/A. Monnier, 1936 ; id., Photographie et Société, Paris, Le Seuil, 1974.

Colloque "Si la photo est bonne"

Par  - 3 October 2011 - 8 h 50 min [English]

“Si la photo est bonne. Le rôle des industries culturelles dans la construction de l’imaginaire” colloque du Lhivic/EHESS (direction: André Gunthert), 20-22 octobre 2011, Auditorium, Institut national d’histoire de l’art (INHA), 2, rue Vivienne/6, rue des Petits-Champs, 75002 Paris (plan), entrée libre.

Argument. Fortement structurées autour des formes culturelles, les sociétés développées ont délégué l’essentiel de leur gestion au secteur des industries du divertissement, également appelées industries médiatiques ou culturelles. Souvent comprise comme la médiation d’une production élaborée par des instances légitimes (pouvoir politique, sciences, arts…), cette activité éditoriale n’en présente pas moins des fonctionnements largement autonomes. Quels mécanismes président à l’élaboration et à la circulation de ce que Roland Barthes dénommait les “mythes” de la “culture de masse”? Quelle est la part de ces représentations dans l’imaginaire contemporain? Quels modèles sont imposés par les médias dominants? Quelle compréhension avons-nous du rôle joué par l’industrie dans l’élaboration des pratiques culturelles? Ce colloque se donne pour objet l’exploration des modalités et des paradoxes de la construction de la culture dite populaire, entre hypervisibilité et déni. Lire la suite

Libération vampirise les primaires

Par  - 1 October 2011 - 7 h 17 min [English]

Et de quatre! La bouille d’Arnaud Montebourg est venue rejoindre hier la sinistre galerie des portraits des candidats à la primaire commandés par Libération au photographe Yann Rabanier.

Une série qui a déjà beaucoup fait parler d’elle, dès sa première occurrence, le 20 septembre dernier, commentée notamment sur Culture Visuelle, Rue89 ou Arrêt sur images.

«Certaines photos font plus causer que d’autres» remarque, candide, le journaliste préposé à la réplique sur Liberation.fr, faisant mine de s’étonner qu’on y trouve à redire. Le service photo n’a-t-il pas «agréé» la proposition de Rabanier, qui vise à révéler «le masque que toute personnalité politique adopte»?

Lire la suite

Parution "Le Ciel est bleu"

Par  - 27 September 2011 - 8 h 22 min [English]

Les éditions Textuel annoncent la parution de: Nathalie Boulouch, Le Ciel est bleu. Une histoire de la photographie couleur, 224 p., 60 ill. coul., 25 Euros.

Organisé en sept moments chronologiques, ce livre retrace une histoire de la couleur en photographie depuis l’invention du médium en 1839 jusqu’à la fin du XXe siècle, restituant les étapes de sa reconnaissance culturelle. Jusqu’à la fin des années 1970, la couleur en photographie est volontiers considérée comme “vulgaire” tandis que le noir et blanc s’expose sur les cimaises des musées. Aujourd’hui, la couleur domine le champ de la photographie contemporaine. Avec 60 reproductions en couleur de Guy Bourdin, Jean-Marc Bustamante, Harry Callahan, William Eggleston, Walker Evans, Luigi Ghirri, Andreas Gurski, Ernst Haas, Heinrich Kühn, Saul Leiter, Martin Parr, Helen Levitt, Joël Meyerowitz, Georges Rousse, Stephen Shore, Edward Steichen…

Nathalie Boulouch est historienne de l’art contemporain et de la photographie et maître de conférences à l’Université Rennes 2. Ses travaux portent sur les rapports entre art contemporain et photographie et en particulier sur l’histoire de la photographie couleur (XIX-XXe siècle).

Après le livre, c'est tout Bon

Par  - 20 September 2011 - 10 h 01 min [English]

Plutôt qu’un signalement, un remerciement. A François Bon pour m’avoir envoyé son dernier opus – que je n’ai fait qu’entrouvrir, et qui me paraît déjà le texte le plus excitant que j’ai lu depuis longtemps: ensemble de notes aussi savantes que fluides, série de points de vue macro de notre quotidien numérique et du bouleversement de nos vies, attaquées comme des falaises de craie par la houle digitale. Mieux qu’une histoire des techniques, une balance à mesurer les micro-évolutions comme Lavoisier pesait l’oxygène. Aussi précis qu’éclairant, avec du rhinocéros dedans. M’en voudras-tu, François, si j’imagine déjà Après le livre couvert de post-it et d’annotations au crayon dans les marges? Faut avouer qu’il y a de quoi s’y perdre. On y revient, pour sûr, plus en détail.

  • François Bon, Après le livre, Paris, Seuil, 276 p., 18 Euros.