Le selfie, emblème de la photographie connectée

Par  - 21 November 2013 - 8 h 19 min [English]

Je reproduis ci-dessous ma réponse aux questions d’une journaliste de Libération, à propos du dernier sujet à la mode, le selfie, intronisé mot de l’année par les éditeurs du Oxford Dictionary.

"Hi Mom", Selfie de Stewart Butterfield et Caterina Fake, cofondateurs de Flickr, octobre 2005 (copie d'écran de 2006).

Le selfie est moins un objet photographique que la manifestation des nouvelles conversations connectées.

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Carré blanc et petite musique, quand Libé rend hommage à la photo

Par  - 17 November 2013 - 8 h 50 min [English]

Libération a choisi, dans sa livraison du 14 novembre, de rendre un hommage paradoxal à la photographie: proposer un numéro où les illustrations prévues ont été remplacées par des cadres blancs. L’édito de Brigitte Ollier surligne le caractère historique de ce “choc visuel”, le “journal muet”. Du côté des photographes professionnels, le message semble avoir été accueilli positivement. Chacun sait que Libé, s’il paye mal, a une vraie considération pour l’image.

Pas sûr cependant que ce coup ne se retourne pas contre l’envoyeur. La provocation suscite des questions, mais pas forcément celles que la rédaction a souhaité. Aurait-on pu faire l’exercice inverse, un journal sans texte avec seulement des photos? La dernière double page, qui publie le chemin de fer visuel, démontre clairement que non. Un journal sans photo, c’est inhabituel, c’est moins joli, moins attractif, mais ça reste un journal, on peut prendre connaissance de l’info, c’est tout de même une livraison qu’on peut vendre.

Par ailleurs, Libé n’a pas ôté toutes les images, mais seulement les photos de news. Les portraits de journalistes et divers éléments graphiques sont toujours présents. De sorte que, comme le note Jean-Noël Lafargue, dans ce numéro sans photo, ce qu’on voit, ce sont surtout les pubs.

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Permettre les usages publics des images

Par  - 4 November 2013 - 22 h 11 min [English]

Je m’adresse à vous dans une scénographie marquée par une césure historique 1) Ce texte est une version revue et complétée de mon intervention à la journée d’études “Reconnaître le domaine public pour enrichir les biens communs de la connaissance“, Paris, Assemblée nationale, 31 octobre 2013.. La salle Colbert de l’Assemblee nationale, équipée de nombreux micros, est dédiée à la délibération. Derrière moi, un tableau monumental 2) René Achille Rousseau-Decelle, “Jaurès à la tribune”, huile sur toile, 180 x 145 cm, 1907., qui figure un triomphe de l’oralité, a été disposé à des fins décoratives. Mais il n’y a ni écran, ni projecteur. Dans ce théâtre prévu pour favoriser la circulation de la parole, je ne peux pas vous montrer d’images.

A l’époque à laquelle nous renvoie le tableau de Rousseau-Decelle, contemporain de la première convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques, la mobilisation de documents audiovisuels n’entrait évidemment pas dans le cadre du débat public. Aujourd’hui, grâce aux outils numériques, il n’a jamais été aussi simple de transmettre, d’archiver ou de mobiliser les contenus multimédias. Pourtant, le droit est resté bloqué en 1886. En dépit de ce que beaucoup décrivent comme une “civilisation de l’image”, il reste impossible de recourir aux formes iconographiques avec la même liberté que le texte.

Alors que la mobilisation des contenus multimédias ouvre pour la première la fois la possibilité d’étudier notre culture audiovisuelle sur une large échelle, il n’existe pas d’exception de citation des images fixes, et plus globalement pas de doctrine de l’usage des contenus multimédia, enfermés dans le cadre juridique de l’échange marchand.

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Notes   [ + ]

1. Ce texte est une version revue et complétée de mon intervention à la journée d’études “Reconnaître le domaine public pour enrichir les biens communs de la connaissance“, Paris, Assemblée nationale, 31 octobre 2013.
2. René Achille Rousseau-Decelle, “Jaurès à la tribune”, huile sur toile, 180 x 145 cm, 1907.

Mécanique des corps cinématographiques

Par  - 27 October 2013 - 11 h 10 min [English]

Gravity (Alfonso Cuaron, 2013) a inspiré au Fossoyeur de films son après-séance la plus philosophique (voir ci-dessous). Pour résumer un commentaire qui mérite réflexion: le cinéma est un art de l’incarnation. Qu’est-ce qui va faire qu’on va continuer à s’émerveiller, quand son image sera aussi intimement fictionnalisée par la technologie numérique qu’elle l’est dans Gravity?

Question légitime. Mais je me demande si Gravity n’apporte pas déjà la réponse. Le film est grosso modo divisé en deux parties. La première est un pur bonheur visuel, renouant avec les plus anciennes interrogations qui ont fait lever les yeux vers le ciel, celles de la mécanique des corps célestes. D’Aristote à Huygens en passant par Galilée et Newton, la majeure partie de la physique s’est longtemps préoccupée de l’analyse des mouvements qui animent mystérieusement la danse régulière des étoiles. L’inertie, l’accélération ou l’effet centrifuge, notions mathématiques déjà magistralement illustrées par 2001, l’Odyssée de l’espace, sont les principaux acteurs de la première partie du film – au détail près que ces forces s’appliquent à des corps humains. Lire la suite

Le crépuscule du détournement

Par  - 25 October 2013 - 10 h 37 min [English]

J’ai été invité à participer à une conférence pilotée par le ministère de la Culture avec le soutien du campus Microsoft sur les nouvelles pratiques artistiques à l’heure du numérique, ainsi qu’à la mission sur les “créations transformatives” du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, créée dans la foulée du rapport Lescure.

Les grandes manœuvres sont lancées. Certains se réjouiront de l’ouverture d’esprit que manifeste cet activisme très organisé. Pour ma part, voir le nom d’une ministre flotter au-dessus du mot “mashup” réveille plutôt mes inquiétudes. Hors tout procès d’intention politique, il n’est pas difficile de voir que le caractère libertaire et le potentiel critique de formes développées en marge de la légalité font mauvais ménage avec le pouvoir normalisateur de l’institution 1) Extrait du questionnaire de la mission “créations transformatives”: «4. Lorsque l’œuvre réalisée emprunte des éléments préexistants, cherchez-vous à obtenir les autorisations des auteurs des œuvres employées?  4.1.1. Si oui, comment procédez-vous? 4.1.2. Recherchez-vous les coordonnées des ayants droit pour un contact direct? 4.1.3. Passez-vous par l’intermédiaire des sociétés de gestion collective? Quelle est la nature de l’assistance offerte par ces sociétés?  4.1.4.  Comment procédez-vous au paiement des redevances exigées (pourcentage, forfait)?», etc….

Pour les décideurs qui cherchent désespérément des recettes pour relancer la machine d’une consommation culturelle en panne, la créativité en ligne apparaît comme une ressource à mettre en coupe réglée. Comme de coutume, le moment où l’intérêt de l’institution se manifeste est un signal assez sûr du début de la fin. Le détournement n’a pas eu besoin de la loi – il s’est au contraire nourri de l’interdit. Quand les professeurs de droit privé se penchent sur son sort, on peut se dire que ça commence à sentir le sapin.

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Notes   [ + ]

1. Extrait du questionnaire de la mission “créations transformatives”: «4. Lorsque l’œuvre réalisée emprunte des éléments préexistants, cherchez-vous à obtenir les autorisations des auteurs des œuvres employées?  4.1.1. Si oui, comment procédez-vous? 4.1.2. Recherchez-vous les coordonnées des ayants droit pour un contact direct? 4.1.3. Passez-vous par l’intermédiaire des sociétés de gestion collective? Quelle est la nature de l’assistance offerte par ces sociétés?  4.1.4.  Comment procédez-vous au paiement des redevances exigées (pourcentage, forfait)?», etc…

Pourquoi la conversation l'emportera

Par  - 21 October 2013 - 14 h 32 min [English]

Comme la radio est devenue, pour des raisons pratiques, le média privilégié de la circulation automobile, les journaux papier sont de plus en plus des objets de consommation ponctuelle, dans des situations de déconnexion, particulièrement les transports en commun. Alors que les kiosques à journaux périclitent, les gares ou les aéroports comptent parmi les derniers endroits où le commerce de l’information reste vivace.

Présentoir de magazines, gare Saint-Charles, Marseille, août 2013.

Pourtant, l’autre jour, en rentrant de voyage, je suis ressorti les mains vides de la librairie, malgré la perspective d’un long trajet en RER. Ce n’est pas la première fois que la ribambelle des Unes échoue à éveiller mon désir. Si cette offre ne me tente pas, c’est parce que mes propres outils de sélection des sources m’éloignent des récits médiatiques les plus courants, qui perdent de leur pertinence à mes yeux.

J’ai donc passé mon trajet à lire et à commenter mes flux Facebook et Twitter. Une activité moins confortable que la lecture d’un magazine, compte tenu de l’étroitesse de l’écran de mon smartphone et d’une connexion 3G parfois fluctuante, mais néanmoins plus satisfaisante que la consommation d’un support d’information non interactif.

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Le blogging académique, entre art et science

Par  - 14 October 2013 - 18 h 39 min [English]

(English version below) La micro-publication est un nouvel outil de la recherche. Et comme tous les nouveaux outils, elle bouscule le paysage existant. On peut adopter trois attitudes face à cette nouvelle donne. Soit l’ignorer, et continuer comme avant. Soit tenter de minimiser ces aspects dérangeants, pour les intégrer en douceur. On peut aussi essayer de mieux comprendre en quoi les nouveaux usages interrogent les pratiques existantes, et pourquoi ils soulignent leurs limites.

La dynamique de la conversation

Je voudrais examiner deux caractéristiques majeures des outils de micro-publication (j’inclus dans cette catégorie aussi bien les blogs, les wikis que l’usage des reseaux sociaux). La première est la dynamique de la conversation. A la différence des outils de publication classiques, qui visent la diffusion des résultats, la micro-publication se destine à la conversation. Comme un séminaire de recherche ou un colloque, elle propose à la discussion des observations ou des hypothèses qui attendent le complément d’une mise à l’épreuve publique.

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Boulet, la Toyota et le gif animé

Par  - 9 October 2013 - 22 h 09 min [English]

A l’occasion de la parution du n° 8 de Notes, Boulet a publié hier sur son site une bande composée de gif animés, “Notre Toyota était fantastique“, qui permet d’intégrer des éléments d’animation cohérents avec la narration. Conquis par la pertinence autant que par la poésie de cette heureuse proposition, je signale cette œuvre à mes contacts avec la mention: “Merveilleux mariage du graphisme et du web. Boulet réinvente la BD”.

Boulet, "Notre Toyota était fantastique", 2013 (extrait).

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L'oeil-fragment, miroir du journalisme visuel

Par  - 30 September 2013 - 10 h 55 min [English]

Le journalisme visuel continue d’innover. Après les facepalm et autres grimaces, on peut noter l’émergence de la figure de l’oeil-fragment. Sa première occurrence remarquée fut l’oeil noir de Mélenchon dans Libération du 8 avril 2013, sous un titre volontairement manipulateur.

La Une de Libé d’aujourd’hui reprend ce principe du regard isolé par un avant-plan faisant écran, avec un joli instantané de Laurent Troude (probablement exécuté le 29 septembre dernier lors de la visite de François Hollande à l’usine Crown Bevcan de Pompey).

Le coup d’oeil est plus vif, l’écharpe tricolore floue au premier plan fait écho au bleu-blanc-rouge de la titraille, et compose une image aussi intrigante qu’attrayante. Malgré la mise en question de l’autorité du président, on sent que rien n’est perdu.

Les yeux sont, dit-on, le miroir de l’âme. Plus souple que la forme caricaturale du facepalm, l’oeil-fragment est donc une figure à l’expressivité plus ouverte, très adaptable au contexte, ce qui lui promet un bel avenir.

Place de la Toile fait le point sur la photo numérique

Par  - 28 September 2013 - 11 h 03 min [English]

Place de la Toile, la meilleure émission consacrée aux cultures numériques, se penche ce soir sur les dernières évolutions de la photographie. Sous la direction toujours éclairante de Xavier de La Porte, Laurence Allard, Jean-Christophe Béchet (Réponses Photo) et moi-même critiquons la notion d’amateur, interrogeons la détermination technique et envisageons les nouveaux usages de l’image comme un langage. Sans oublier Thibault Henneton, qui m’épingle pour la banderille finale. Ce soir de 18h10 à 19h sur France Culture, avec commentaires en live-tweet pour décrypter crocs-en-jambe et effets de manche (réalisation: Vanessa Nadjar, stagiaire: Alexandre Jubelin): “La photo à l’ère du numérique“.

Précédentes interventions à Place de la Toile: