Eric Woerth, ou la fabrique de l'image rêvée

Par  - 7 July 2010 - 15 h 45 min [English]

On le dit, on le répète: nous vivons dans un trop-plein d’images. Une abondance qui a notamment pour effet de mettre en difficulté le photojournalisme, concurrencé par la profusion des photos amateurs ou des banques d’images.

Mais si l’on examine de plus près un cas particulier, on a la surprise de constater que ce schéma général est loin de correspondre à la réalité. Avec l’affaire Woerth-Bettencourt, on voit les rédactions faire tous leurs efforts pour remédier à ce qui apparaît clairement comme une insuffisance du matériel disponible.

Liliane Bettencourt et Eric Woerth ne sont pas des inconnus. Pourtant, lorsque Médiapart lance l’affaire le 16 juin dernier, on voit bien que l’accompagnement iconographique n’est pas à la hauteur. Côté Bettencourt, journaux et sites reproduisent d’abord un seul et même portrait de la milliardaire, déjà relativement ancien, réalisé par Patrick Kovarik pour l’AFP le 18 avril 2005 à l’Elysée, à l’occasion d’une remise collective de décorations (voir ci-dessous, fig. 1-2).

(1) Liliane Bettencourt, photo Kovarik/AFP 2005 (2) Site Libération.fr, "Bettencourt, une affaire d'Etat". (3) Couverture Le Point 01/07/2010.

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Séminaire 2009-2010, un grand cru!

Par  - 25 June 2010 - 20 h 09 min [English]

De gauche à droite et de haut en bas:Métamorphoses de l’évolution“, 26 novembre 2009. “Pour une histoire de l’imaginaire“, 14 janvier 2010. Audrey Leblanc, “L’image de mai 68”, 2 janvier 2010. Raphaële Bertho, “Paysages sur commande”, 4 février 2010. Pierre-Olivier Dittmar, “Le débat sur la Bible des illettrés”, 11 février 2010. “Le Dinosaure, figure des pouvoirs de la science“, 8 avril 2010. Matthias Bruhn, “The Age of the photo Agency“, 20 mai 2010. Alexie Geers, “Publicité et contenu éditorial dans la presse féminine“, 27 mai 2010. “La mutation des soucoupes volantes”, 10 juin 2010. Merci à toutes et tous!

Pour l’an prochain, j’ai créé un blog par séminaire (Mythes, images, monstres; Esthétique de l’image numérique). Ces outils, qui archivent une partie du travail effectué cette année, offriront dès la rentrée un point de repère simple et un outil de dialogue pratique pour les participants tout au long de l’année. On peut s’y inscrire dès à présent.

Images pieuses

Par  - 19 June 2010 - 23 h 22 min [English]

Scandale! Cette semaine, un article du Daily Mail révèle qu’une affiche représentant Winston Churchill au fronton du musée “Britain at War” a été retouchée, ôtant son célèbre cigare de la bouche du vainqueur de la barbarie nazie.

La retouche est un mensonge. La photographie dit la vérité. Dans un cas comme celui-là, les éditorialistes ou les censeurs n’ont aucun mal à faire la part des choses, et à rapprocher cette image de la série déjà longue des méfaits du politiquement correct, qui a affligé les portraits de Sartre, Tati ou Gainsbourg de corrections anachroniques.

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La première chaire "visual studies" française s'installe à Lille 3

Par  - 16 June 2010 - 15 h 21 min [English]

réunion de la commission de spécialistes pour la chaire mixte Visual Studies, université Lille 3, 20 mai 2010.

J’ai eu la chance de participer à la commission de spécialistes chargée de la création de la première chaire française “Cultures Visuelles/Visual Studies” à l’université Lille 3. Créé dans le cadre de l’Institut de recherches historiques du Septentrion (Irhis), dirigé par Daniel Dubuisson, ce poste appartient au dispositif des chaires dites “mixtes”, qui porte le label CNRS et offre au titulaire, pour une durée de cinq ans, une charge d’enseignement allégée (64h) et des moyens budgétaires pour mener à bien ses recherches.

Composée d’Olivier Bonfait (Aix-Marseille), Sophie Chauvin (Lille 3), Yann Coello (Lille 3), Michel Crubellier (Lille 3), Alain Deremetz (Lille 3), Martial Guedron (Strasbourg), Charlotte Guichard (CNRS), Laurent Grisoni (Lille 1), André Gunthert (EHESS), Anne Kerlan (CNRS), Sophie Raux (Lille 3), François Ruggiu (CNRS), Solange Vernois (Poitiers), sous la direction de Daniel Dubuisson, la commission a sélectionné 7 candidats sur 48 dossiers reçus. Au terme des auditions, c’est Gil Bartholeyns, docteur en histoire de l’EHESS et de l’université libre de Bruxelles, qui a été classé premier (2e: Denis Ribouillaud, 3e: Katia Schneller, 4e: Itay Sapir). Lire la suite

BnF: Le web à la première personne, quelles traces conserver?

Par  - 14 June 2010 - 22 h 59 min [English]

BNF, jeudi 17 juin 2010, 14h30-19h, site François-Mitterrand, petit auditorium, entrée libre.

“Le cycle de tables rondes “Mémoires du web“, organisé par la Bibliothèque nationale de France, se poursuit le 17 juin, avec l’examen de la délicate question des journaux personnels, des productions éphémères de tout un chacun et du web comme “prolongement de la conversation” (forums, réseaux sociaux).

Collecte des journaux personnels. Le projet de collecte le plus abouti à ce jour porte sur les journaux personnels. A la suite de l’intervention inaugurale de Philippe Lejeune, référence incontournable des études sur la littérature autobiographique, Christine Genin et Bernard Massip présenteront ce projet de collecte conçu conjointement par la BnF et l’Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique. L’intérêt de la démarche et ses perspectives seront envisagées par Gilda Fiermonte et Martine Sonnet.

Une expression volatile. Comment aborder les questions posées par la conservation de formes d’expression personnelle (écrits et images) qui sont pensées par leurs auteurs-même comme instantanées et volatiles? Comment concilier archivage du web et droit à l’oubli? Gildas Illien, responsable du dépôt légal de l’Internet à la BnF, apportera des éléments de réponse juridiques. Carole Daffini présentera les éléments d’une réflexion déontologique, scientifique et pragmatique sur la collecte d’un échantillon de blogs d’adolescents. Fanny Georges et André Gunthert donneront leur point de vue de chercheur/se sur les conditions dans lesquelles de telles archives peuvent faire sens et être exploitable par les sciences humaines et sociales.

Sociabilité du web. La fin de journée élargira le champ à toutes les formes d’échange social sur le web. Quelles traces veut-on en garder ? Que peut-on par exemple imaginer d’archiver des réseaux sociaux ? Questions posées à Clément Oury de la BnF et à deux spécialistes de l’identité numérique et du web social, Louise Merzeau et Dominique Cardon.”

Alain Carou (BnF)

MàJ: Voir le compte rendu de Liber, Libri, 22/06/2010.

L’inventeur inconnu. Louis Figuier et la constitution de l’histoire de la photographie française

Par  - 13 June 2010 - 7 h 57 min [English]

Fig. 1. F. Wey, "Comment le soleil est devenu peintre" (1853), "L'inconnu montrant une épreuve photographique à M. Charles Chevalier" (dessin de Gustave Janet).

L’histoire de la photographie a ses mythes. Son historiographie aussi. Selon un avis largement partagé par les spécialistes, jusque dans les années 1930, celle-ci se déploie sous la forme d’une chronologie des techniques, rédigée par des praticiens, avant de prendre son essor moderniste, grâce à la figure de Beaumont Newhall (Lemagny, Rouillé, 1986; Frizot, 1995). À une histoire de la photographie comme technique aurait succédé une histoire de la photographie comme art, qui aurait elle-même cédé la place, plus récemment, à une histoire de la photographie comme culture.

Ce schéma présente plusieurs défauts, notamment celui de s’appuyer sur un seul point de repère initial: la fameuse Geschichte der Photographie de l’autrichien Josef-Maria Eder, dont la version classique est publiée en 1905, avant d’être traduite en anglais et plusieurs fois rééditée jusqu’en 1978. La plupart des histoires généralistes du médium ont puisé dans cette base de données technologiques – utile encore aujourd’hui, admet-on (Starl, 2005). Pour une bonne raison: il s’agit d’un cas unique dans la spécialité.

L’histoire de la photographie n’est pas née du côté de la technique. Elle n’a pas été établie par des praticiens experts, mais par des littérateurs dilettantes, dans le cadre d’initiatives éditoriales la plupart du temps extérieures au champ photographique. Pour tenter de comprendre la dynamique dans laquelle elle s’inscrit, on observera ici les conditions de sa naissance, quelque part au milieu du XIXe siècle.

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Comment le soleil est devenu peintre

Par  - 12 June 2010 - 6 h 59 min [English]

Le document ci-dessous présente la plus ancienne histoire de la photographie illustrée, publiée en 1853 dans le Musée des Familles sous la signature de Francis Wey, critique d’art fameux pour ses articles parus dans La Lumière (cliquer pour lire en plein écran; télécharger le pdf, 14,8 Mo)).

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  • Référence: Francis Wey, “Comment le soleil est devenu peintre. Histoire du daguerréotype et de la photographie”, Musée des familles, vol. XX, juin 1853, p. 257-265, juillet 1853, p. 289-300.

Journée "Autour de Samuel Morse"

Par  - 8 June 2010 - 9 h 14 min [English]

Jeudi 10 juin 2010, INHA, salle Walter Benjamin, 2 rue Vivienne, 75002 Paris.

Matinée, 9h30-12h30

  • François Brunet (Paris 7), “La peinture américaine et les mécaniques de transfert: l’invention de l’image”

Le « cas » Samuel Morse, où se rencontrent peinture, télégraphie et daguerréotype,  doit être resitué dans l’histoire des liens entre peinture et mécanique aux Etats-Unis, et dans le remarquable déploiement de pratiques de transfert et de reproduction d’images qui caractérise la période révolutionnaire (1775-1815) — celle de l’enfance de Morse. Cette revue aboutira à une hypothèse sur la formation précoce aux Etats-Unis de « l’image » moderne, entendue non pas simplement comme « copie » (selon le mot de Tocqueville) mais comme relève de la logique de la représentation par celle de la production et de l’échange.

  • Paul-Louis Roubert (Paris 8), “Du diorama au daguerréotype: quel modèle d’exactitude pour l’art du XIX° siècle ? “

L’historiographie classique établit une généalogie entre diorama et daguerréotype à partir de la question de l’illusionnisme. Pourtant le modèle de transparence imposé par la photographie au XIXe siècle excède la question de la seule illusion, au profit d’un renouvellement des standards de figuration. Le daguerréotype n’est pas le fruit nouveau de l’artifice, il est l’image même de l’exactitude.

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Spectres de la photographie. Arago et la divulgation du daguerréotype

Par  - 2 June 2010 - 11 h 04 min [English]

"Arago annonce la découverte de Daguerre, dans la séance publique de l'Académie des sciences, du 19 août 1839", illustration de Yan d'Argent in Louis Figuier, "La Photographie", Les Merveilles de la Science, vol. III, 1867, p. 41.

Aujourd’hui comme hier, le rôle joué par François Arago dans la divulgation du daguerréotype en 1839 garde un goût prononcé d’aventure républicaine. Il se raconte comme la geste typiquement française d’un bon génie clairvoyant et désintéressé, qui inscrit la naissance de la photographie sous le signe des grands destins en lui octroyant le double baptême de l’Assemblée nationale et de l’Académie des sciences.

Cultivée tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle par les exégètes, cette légende s’articule à un travail de constitution de l’origine, nécessaire à la bonne réputation du médium (Bernard, Gunthert, 1993). En mettant l’accent sur l’enthousiasme de l’accueil réservé à la nouvelle technologie (Gaudin, 1844), cette élaboration vise à installer l’évidence de la rencontre de la photographie avec la Nation. Ce faisant, elle réduit Arago à un simple médiateur et minimise la complexité du dispositif scientifico-politique qu’il met en œuvre.

Au service de l’intérêt général

Dans la foulée du cent-cinquantenaire du médium, en 1989, la nouvelle historiographie de la photographie accorde progressivement plus d’importance au rôle d’Arago et reconnaît le caractère exceptionnel du processus de divulgation. Sa chronologie est affinée, sa dimension symbolique mieux prise en compte. Pourtant, les raisons permettant de comprendre les choix de l’astronome demeurent obscures. Sa réponse à la proposition de Daguerre est expliquée par sa sensibilité à l’idéologie progressiste (McCauley, 1997). Le sens de son intervention est interprété comme une “politisation” de l’invention lui procurant une plus-value républicaine et patriotique (Brunet, 2000).

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Parution "Les Arago, acteurs de leur temps"

Par  - 1 June 2010 - 21 h 12 min [English]

Les Archives départementales des Pyrénées-orientales annoncent la parution de Les Arago, acteurs de leur temps (actes du colloque de Perpignan, 2003), 486 p., ill. noir et blanc., 12 €, ISBN: 978-2-86066-039-6.

RÉVOLUTION, POLITIQUE, VIE PUBLIQUE

  • Yann-Loïc ANDRÉ, “Emmanuel Arago et la défense d’Armand Barbès au procès de 1839”
  • Claude LATTA, “Emmanuel Arago, commissaire du Gouvernement provisoire à Lyon (février-avril 1848)”
  • Marc VUILLEUMIER, “Etienne Arago, les vicissitudes de l’exil”
  • François SARDA , “Emmanuel Arago, parcours d’une vie”
  • François SARDA, “Victor Arago, officier français Jean et Joseph Arago, officiers mexicains”
  • Michel CADÉ, “L’instrumentalisation politique de la figure de François Arago”
  • Jean SAGNES, “François Arago était-il républicain?”

L’ÉCRITURE, LA CULTURE

  • Jean-Philippe GUINLE, “Arago, historien méconnu de la Révolution Française”
  • Anne VIBERT, “François Arago orateur: un homme de sciences à la Chambre des députés”
  • Julia FRITSCH, “François Arago défenseur du patrimoine”
  • Enric PRAT, Pep VILA, “La poesia rossellonesa d’Esteve Aragó en el context de la literatura catalana del seu temps”
  • Marc PARAYRE, “Arago Jacques de B à Z”
  • Jacques ARAGO, “Voyage autour du monde sans la lettre A”

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