Consommer ou photographier au restaurant, il faut choisir

Par  - 1 March 2014 - 7 h 41 min [English]

Inspiré par une enquête du New York Times, un article des Inrocks revient sur un des nouveaux marronniers de la photographie conversationnelle: la photo de plats au restaurant. Sans nier l’existence du genre, je remarque son absence à peu près complète sur ma propre timeline. Mon groupe d’amis n’a visiblement pas les moyens de fréquenter assidûment les grandes tables: quand on y voit des photos de plats, ce sont plutôt des préparations maison.

Admettons donc a priori le symptôme, tout en notant que l’article “modes de vie” lui confère une forme standardisée, en se plaçant du côté du restaurateur, considéré comme lésé, et en décrivant le consommateur photographe comme un gêneur, sans jamais se demander quels sont les usages de l’image.

Comme la photographie au musée, l’enregistrement visuel au restaurant est présenté comme une rupture de convention dans une structure ternaire composée par 1) un espace fortement ritualisé, 2) un visiteur décrit comme un hôte, toléré par 3) une instance tutélaire, gardienne du rite et disposant de pouvoirs impératifs sur la manière de le faire respecter.

Lire la suite

Etudes photographiques n° 31 en bouclage

Par  - 27 February 2014 - 8 h 56 min [English]

Nous bouclons actuellement le numéro 31 d’Etudes photographiques, qui paraîtra fin mars, après une longue interruption (MàJ: référence en ligne).

Editorial: “Les nouveaux chemins de l’authenticité photographique”

Fictions du territoire

  • Raphaële Bertho, “Les grands ensembles. Cinquante ans d’une politique-fiction française”
  • Jordi Ballesta, “La commande, au risque de l’illustration”

Partager l’image

  • André Gunthert, “L’image conversationnelle. Les nouveaux usages de la photographie numérique”
  • Fatima Aziz, “Transactions visuelles. Facebook, ressource de la rencontre amoureuse”

La question documentaire

  • Catherine E. Clark, “‘C’était Paris en 1970’. Histoire visuelle, photographie amateur et urbanisme”
  • Laetitia Barrère, “Dialogues sur la photographie documentaire, Elizabeth McCausland et Beaumont Newhall”

Quand un blogueur scientifique cesse-t-il d'être scientifique?

Par  - 24 February 2014 - 11 h 50 min [English]

Le débat est ancien. Un blogueur estampillé “chercheur” peut-il sortir des clous? Aborder des sujets d’actualité, parler politique, donner son avis sur la société? Sur ARHV, j’avais tenté de justifier l’intérêt de se servir de l’outil de publication ouvert qu’est le carnet de recherches pour expérimenter écarts, détours et excursus. Plus récemment, j’expliquais les bénéfices de l’altérité dans le contexte académique.

Une nouvelle occasion se présente de documenter ce débat. Dans un récent billet, l’économiste hétérodoxe Jacques Sapir, directeur d’études à l’EHESS, avait répondu vigoureusement à l’accusation burlesque, formulée par Pierre Moscovici sur une chaîne de télévision publique, selon laquelle le chercheur serait d’extrême-droite – ce qui faisait rire Marine Le Pen elle-même (on peut lire la juste mise au point de Natacha Polony à propos de ce dérapage qui ne grandit pas le ministre).

Trop vigoureusement? Ce fut l’avis du comité scientifique d’OpenEdition, éditeur du carnet RussEurope, qui demanda à l’auteur de modifier la rédaction de son billet, initialement intitulé “Saloperies”, corrigé ensuite pour un plus académique: «Ce que Sartre aurait appelé des “saloperies”…».

Je n’entrerai pas ici dans la discussion sur le style de la réplique de Sapir puisque, celle-ci ayant été modifiée par l’auteur, il n’est plus possible de comparer les deux versions (l’avis que j’ai pour ma part exprimé au sein du conseil scientifique d’Hypothèses, auquel je participe, est qu’on peut être d’accord sur le caractère excessif de certaines formulations sans pour autant admettre que cet aspect légitime une demande impérative de modification). Je retiens en revanche de ce débat l’argument du caractère “non scientifique” dudit billet, utilisé pour justifier l’intervention.

Lire la suite

Le selfie, image iconoclaste

Par  - 14 February 2014 - 10 h 35 min [English]

Il semble étrange aujourd’hui que des américains adultes aient pu, il y a cinquante ans, considérer sérieusement les chansons des Beatles comme de dangereuses manifestations d’irrévérence. A l’instar de Jean-François Copé s’offusquant d’un bien innocent livre illustré, la perception d’un manquement aux normes sociales dépend surtout de l’idée qu’on se fait de cette norme.

L’indignation et les sarcasmes qui ont accueilli un autoportrait non moins ingénu, réalisé par un jeune journaliste du Monde, tout heureux de se retrouver dans le Salon ovale en présence de Barack Obama et de François Hollande, sont là aussi des indicateurs de puissants réflexes normalisateurs, qui semblent trouver avec le selfie une source d’irritation toujours renouvelée.

Lire la suite

Du photographique à la culture visuelle (HDR)

Par  - 5 February 2014 - 11 h 46 min [English]

Je viens de boucler mon plan d’HDR (habilitation à diriger les recherches), effectué sur travaux sous la direction de Christian Delage (université Paris 8/IHTP). Résumant une douzaine d’années de recherches, l’organisation du mémoire esquisse un parcours intellectuel de l’histoire de la photographie à la culture visuelle, en passant par l’étape de l’expérience de la révolution numérique. Il s’agit, comme tout récit, d’une simplification schématique d’une réalité plus confuse, où l’intention se combine avec le hasard des rencontres, des expérimentations ou des occasions les plus diverses. Un point en tout cas se dégage, qui justifie le principe de la thèse sur travaux: c’est le souhait de toujours appuyer la réflexion sur l’étude de cas et l’observation de terrain. Il manque encore les textes d’introduction et de présentation des parties, ainsi que les révisions de plusieurs articles. Vos remarques et commentaires sont les bienvenus. Lire la suite

Une esthétique de coups (des opérations d'artistes)

Par  - 3 February 2014 - 17 h 31 min [English]

Et si observer les phénomènes de réappropriation au cinéma nous faisait remonter jusqu’à son origine? Remake, remix, arrangement, citation, parodie, réemploi, adaptation, reproduction, réédition… rien de nouveau dans ces pratiques nécessaires pour nous emparer de notre environnement et l’habiter. Michel de Certeau, auteur de la formule qui titre ce film, parle de «transforme[r] la propriété de l’autre en lieu emprunté, un moment, par un passant». Et nombreux sont les passants qui meublent les films qu’ils aiment de leurs gestes, de leurs souvenirs et de leur humour.

Une esthétique de coups (des opérations d’artistes), cherche à présenter et expliquer l’activité de ceux qui détournent les « produits-spectacle ».

Facebook ou la rumeur du quotidien

Par  - 2 February 2014 - 14 h 12 min [English]

J’ai été interviewé récemment par une journaliste de France Info en prévision de l’anniversaire des dix ans de Facebook sur le thème: “Les réseaux sociaux nous ont-ils changé?“. Basé sur trois entretiens (avec Michael Stora, Dominique Cardon et moi-même), l’article est plutôt décevant, en partie parce que la journaliste avait des questions “fermées”. En ce qui me concerne, plutôt que d’essayer de savoir ce que je pensais de la plate-forme, elle voulait m’entendre répéter un jugement déjà exprimé lors d’un précédent entretien, sur la nouveauté de la communication visuelle.

Pour de nombreux journalistes, la consultation d’universitaires sert à remplir les cases d’un scénario écrit d’avance. J’ai été plus d’une fois confronté à ce dialogue étrange avec quelqu’un qui veut à tout prix vous faire dire la phrase qu’il est venu chercher. De façon plus générale, un journaliste attend du chercheur en sciences sociales la réponse à la question de la signification d’un phénomène. Ce qui, pour des faits récents, est loin d’être aussi évident que le suggère le statut académique. Face aux réseaux sociaux ou aux nouvelles pratiques des images, j’ai bien plus de questions et de perplexités que de réponses certaines. Mais qui penserait à me demander ce qui m’interroge à propos d’internet, ce qui me tracasse ou me tarabuste? C’est pourtant là toute la différence entre une culture de l’expertise et celle de la recherche.

A propos de Facebook, deux remarques préalables: cela fait bien moins de dix ans que son empreinte marque nos pratiques, puisque l’application n’a été ouverte au grand public qu’à partir de 2006, et que le décollage de sa fréquentation attendra 2009 (300 millions d’utilisateurs). Il n’a donc fallu qu’une poignée d’années pour que cet outil s’impose comme le principal lieu d’échange du web. En second lieu, il faut souligner le poids des usages dans les multiples adaptations qui ont scandé la période 2007-2011, ce qui n’est pas la moindre explication à l’essor de l’application, qui a su répondre à l’appropriation de ses membres.

Lire la suite

Appropriabilité de l'information

Par  - 30 January 2014 - 7 h 30 min [English]

La deuxième séance du webinaire “Biens communs numériques“, organisé par le Master recherche Infocom de l’université Paris Ouest et coordonné par Louise Merzeau, accueillera André Gunthert (EHESS) et Valérie Jeanne-Perrier (Celsa) le jeudi 6 février de 14h à 17h pour une discussion consacrée à l’appropriabilité des biens culturels et de l’information par les “amateurs”.


Lire la suite

Iwona Kurz invitée du séminaire "Iconologie des médiacultures"

Par  - 29 January 2014 - 9 h 00 min [English]

Le séminaire “Iconologie des médiacultures” (INHA, salle Walter Benjamin, 2 rue Vivienne, 75002, jeudi 18h-20h) accueille les 6 et 13 février prochains la chercheuse Iwona Kurz, qui dirige la section de la culture visuelle de l’Institut de la culture polonaise à l’université de Varsovie, pour deux interventions (entrée libre):

  • 06/02 “Iconoclastic attacks in contemporary Poland. From “Nazis” to saint icon of Our Lady”
  • 13/02 “Socialist propaganda and capitalist advertising. Streets in Poland before and after 1989”

Grèce, un traitement de choc inacceptable

Par  - 19 January 2014 - 23 h 29 min [English]

Appel des syndicats français de la Fédération mondiale des travailleurs scientifiques, Paris, le 15 janvier 2014.

“Pain, éducation, liberté”, le slogan du soulèvement des étudiants de l’École Polytechnique d’Athènes de novembre 1973 contre la junte militaire, est aujourd’hui repris par les manifestants grecs.

Soumis au chantage de la Troïka (UE, BCE, FMI) depuis 2010, les gouvernements grecs successifs multiplient les plans d’austérité. Dès 2010, le FMI avait envisagé une restructuration de la dette publique, mais les chefs d’État et de gouvernement de la zone Euro s’y étaient alors opposés. Deux ans plus tard, au printemps 2012, une restructuration eut lieu: la Grèce était à deux doigts de la cessation de paiement. En effet, entre temps la dette avait effectué un bond, passant de 130 % du PIB à 170 %, et l’économie s’était effondrée avec une chute de 9 % du PIB. Les prêts octroyés par la Troïka dès 2010 conditionnés à des politiques d’austérité drastiques avaient aggravé la crise et n’ont nullement servi à “sauver” le pays, ni à rembourser la dette. Depuis, la même orientation perdure, et la situation empire.

Lire la suite