La pleureuse d'Ishinomaki ou l'esthétique du désastre

Par  - 21 March 2011 - 17 h 29 min [English]

Pourquoi la photographie de Tadashi Okubo d’une japonaise au milieu des décombres est-elle devenue la signature visuelle du séisme japonais (fig. 1)?

(1) Tadashi Okubo, Ishinomaki, samedi 12 mars (Yomiuri Shimbun/AP/AFP/Reuters).

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Naissance d'un photoreporter

Par  - 20 March 2011 - 10 h 39 min [English]

Texte de l’intervention de Hughes Léglise-Bataille au colloque “Enjeux de la photographie à l’heure d’internet” (Gens d’images), Maison européenne de la photographie, Paris, 7 décembre 2007, publié à l’occasion de sa disparition.


Je m’appelle Hughes Léglise-Bataille, j’ai 39 ans, et dans la vie courante, je ne suis pas photographe mais banquier d’affaires. Mon histoire est celle de quelqu’un qui a découvert la photographie par hasard il y a tout juste deux ans, grâce à Internet en général et à Flickr en particulier. Cette histoire s’articule autour de 3 étapes, qui reflètent chacune des utilisations différentes de Flickr :

  • Tout d’abord, en tant qu’espace communautaire de partage, d’apprentissage, voire de jeu;
  • Ensuite, en tant que plate-forme de diffusion vers l’extérieur;
  • Enfin, avec un grand point d’interrogation, en tant que ressource alternative aux circuits traditionnels de la photographie.

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In memoriam Hughes Léglise-Bataille (1968-2011)

Par  - 16 March 2011 - 0 h 55 min [English]

J’ai rencontré Hughes en 2007. Il travaillait encore dans la banque. C’était déjà un photographe passionné. D’un talent vibrant, foudroyant, évident. Sa sensibilité n’avait d’égale que sa modestie, ses yeux pétillaient de finesse et d’humour. Né avec la photo numérique, il avait bondi sur Flickr, où il avait fait ses gammes, sous le pseudonyme de Hugo*, déjà suivi par un groupe de fans.

Mars 2006. Comme beaucoup d’autres, j’avais découvert ses photos lorsque le fondateur de Flickr, Stewart Butterfield, les avait citées en bonne place dans un célèbre billet commentant les manifestations françaises contre le CPE. Depuis lors, ses images étaient revenues souvent illustrer, avec son accord, mes billets sur ARHV, de Gare du Nord en rue de la Banque

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Déjà vu: l'image de la catastrophe

Par  - 14 March 2011 - 12 h 41 min [English]

On se souvient des rapprochements entre les images du 11 septembre et celles des films à grand spectacle qui semblaient en fournir la préfiguration. Quelques jours à peine après le séisme qui a frappé l’archipel nippon, on peut lire des évocations de l’imagerie populaire japonaise soulignant la troublante prescience de l’imaginaire. “Les mangas ont déjà dessiné le séisme“, écrit ainsi Laureline Karaboudjan sur son blog Des Bulles carrées.

Comme toujours dans la vérification a posteriori de prévisions ou de présages, la pertinence du diagnostic tient à la sélection des bons éléments. Une lecture plus ouverte des sources populaires suggère pourtant que la fiction, dans sa généreuse curiosité, a exploré un nombre si grand de pistes, y compris les plus improbables, qu’il est difficile de ne pas y trouver ce qu’on cherche, à condition de ne pas y regarder de trop près.

Rien ne ressemble plus à un immeuble qui s’effondre qu’un autre immeuble qui s’effondre. Rien ne distingue le fouillis de décombres causé par un tremblement de terre de celui produit par une bombe. L’idée de vouloir réintégrer un événement cataclysmique dans une série attestée participe certainement des efforts pour ramener l’exception à la règle, et atténuer le choc de l’insupportable. Mais le problème de cette comparaison, c’est qu’en croyant rapprocher les événements de leurs représentations, elle ne fait que rapprocher des images d’autres images.

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Culture Visuelle: quand la recherche rencontre le web

Par  - 7 March 2011 - 15 h 25 min [English]

(Note pour le Conseil scientifique de l’EHESS) Culture Visuelle est un projet construit sur la base d’une plate-forme multiblog sur WordPress 3 – la même technologie qui équipe Hypothèses.org ou encore la plate-forme de blogs du Monde.fr. Ce choix permet de bénéficier d’un instrument à la fois techniquement performant, très ouvert aux interactions avec l’environnement en ligne, en particulier les réseaux sociaux, doté d’une forte capacité d’évolution, mais aussi un outil très simple d’usage, accessible aux débutants sans formation préalable.

Culture Visuelle (CV) a été mise en place depuis un an sous ma direction par l’équipe du Lhivic. Son développement a été assuré par une entreprise spécialisée dans la réalisation de médias sociaux (22mars/Owni), grâce à un financement principal issu d’un projet ANR, pour un montant de 8000 euros, et a bénéficié du soutien du CRAL, pour 2500 euros, du département de l’audiovisuel et du GDR “L’image en anthropologie”, pour un montant de 3500 euros, soit un total de 14000 euros, ce qui représente une somme modeste pour un équipement de ce type, réalisé dans des conditions professionnelles.

La plate-forme est opérationnelle depuis mai 2010 et compte aujourd’hui 110 blogs et 336 utilisateurs inscrits, principalement des historiens d’art et du visuel, sociologues, spécialistes des médias, médiévistes et anthropologues, et réunit chercheurs et étudiants mais aussi, en moindre proportion, professionnels ou artistes. Depuis environ un an, CV a publié un total de 1520 billets, dont 718 billets sélectionnés. La fréquentation de la plate-forme est estimée actuellement à 15.000 visiteurs uniques par mois (données Google Analytics).

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Colloque "Enjeux des nouvelles écritures et des nouveaux usages de l'image et du son"

Par  - 4 March 2011 - 13 h 12 min [English]

L’association Freelens propose le colloque “Enjeux des nouvelles écritures et des nouveaux usages de l’image et du son”, samedi 5 mars 2011, au Comptoir Général, 80, quai de Jemmapes, 75010, Paris (entrée libre).

  • 10h30-13h: Comportements et usages. Impact et réception des médias sur le public, modération par Jean-Yves Lemoine (Kidoma), avec François Jost (Université Paris 3), Virginie Spies (Université d’Avignon), Dominique Cardon (Orange Labs).
  • 14h-17h30: Evolution des supports, des usages et des métiers de l’image et du son, modération par Wilfrid Esteve (Freelens).
  • 14h-15h: Etat des lieux, avec Gilles Bruno (Observatoire des médias), André Gunthert (EHESS/Culture Visuelle), Louis Villers et Alexis Sarini (Webdocu.fr), Philippe Couve.
  • 15h-16h30: Les métiers, supports, usages, formats, avec Marc Mentré (The Media Trend), Eléonore Lamothe (Inflammable Productions), Gérald Holubowicz, Arnaud Contreras (France Culture), Cédric Delport (WOOW prod), Lorenzo Virgili (studio Hans Lucas).
  • 16h30-17h30: Perspectives et devenir des droits d’auteur, avec Morgan Bouchet (Orange), Nicolas Voisin (Owni), Olivier Brillanceau (SAIF).
  • 17h30-19h: La pédagogie, avec Jean Stern et François Longérinas (EMI-CFD), Hervé Tissot et Laure Poulain (Les Gobelins), Christine Vidal (Le Bal), Thierry Bonzon (Université Paris-Est Marne-la-Vallée).
  • 19h: Projection de Petits Œuvres Multimédia (POM).

L'avatar est-il une image?

Par  - 28 February 2011 - 9 h 32 min [English]

Je l’avoue, j’ai contribué à brocarder le nouvel ambassadeur de France à Tunis, Boris Boillon. Ce qui n’est certes pas aimable. Mais la technique utilisée mérite qu’on s’y attarde. En l’espèce, mon péché tient en un clic: ce qu’on appelle un retweet, autrement dit la duplication sur Twitter du statut d’un usager à l’intention de mes followers.

Le statut en question était le suivant:

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L’image que je ne comprenais pas

Par  - 27 February 2011 - 9 h 54 min [English]

Un souvenir pas facile à expliquer. Une émotion mêlée, petite souffrance, fascination intacte, souvenir précis. L’image que je ne comprenais pas. Comme la figure de l’énigme, le secret qui défiait tous mes efforts. Mais en même temps, j’aimais cette image. J’aimais cette image pour son mystère. C’est de ça que je me souviens le mieux, ce qui m’est resté, je peux presque encore l’apercevoir, non, ça ne me dérangeait pas de ne pas comprendre.
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Parution "Le cinéma en France à la veille du parlant"

Par  - 21 February 2011 - 17 h 14 min [English]

Les éditions du CNRS annoncent la parution de: Le cinéma en France à la veille du parlant par Dimitri Vezyroglou (préface Pascal Ory), 384 p.

La France et son cinéma dans l’entre-deux-guerres: une nouvelle histoire culturelle du septième art. 1928: le cinéma muet est à son apogée. Le public se déchire au sujet du Napoléon d’Abel Gance, et s’enthousiasme pour Un chapeau de paille d’Italie de René Clair. Le muet vit pourtant ses dernières heures. L’année suivante, la déferlante du parlant le reléguera dans les limbes. C’est ce “moment 1928” qu’étudie, à travers le cinéma, Dimitri Vezyroglou, dans un essai pionnier à la croisée de l’histoire culturelle et de l’histoire des mentalités. Car les thèmes abordés par le septième art, en cette année charnière, tendent à la société française son propre miroir: vision idéalisés et passéiste des communautés villageoises, optimisme scientiste, condamnation des mœurs “déviantes” et dénonciation du “vice”, figure récurrente de l’escroc et de l’aventurier sans scrupule, hantise de la maladie, stéréotype de l’Américain riche et de l’Allemand retors, rêve d’héroïsme guerrier… Tandis que s’achèvent les années folles, le cinéma se fait l’expression des attentes, des désirs et des peurs d’un pays déchiré entrela peur du changement et la foi dans le progrès. Un regard nouveau et une étude ambitieuse sur la “fin de l’après-guerre” à travers le cinéma.

Dimitri Vezyroglou est historien, maître de conférences à l’Université Paris 1. Il anime depuis 2000, avec Christophe Gauthier et Anne Kerlan, le séminaire “Histoire culturelle du cinéma” (IHTP/Paris 1).

La photo au musée, ou l'appropriation

Par  - 18 February 2011 - 9 h 53 min [English]

Courbet, Le Combat de cerfs (restauration), Musée d'Orsay.

Ah! Si seulement la culture restait l’affaire de quelques-uns, esthètes raffinés à même de profiter de la délectation des œuvres! Manque de chance, la populace aussi aime les musées, et s’y précipite en «cohortes», quand ce n’est pas en «hordes». Et pire du pire, ces pique-assiettes qui ont l’audace de prendre Malraux au mot se promènent habituellement munis de sandwiches au pâté et d’appareils photos derrière lesquels ils s’abritent, au lieu de s’abîmer dans la contemplation d’Un enterrement à Ornans.

J’exagère? A peine. Réponse au très bon article de Vincent Glad qui commentait l’action du groupe Orsay Commons, militant contre l’interdiction de photographier au musée, le “Plaidoyer pour le no photo” du critique musical Jean-Marc Proust aligne plus de clichés que ceux qu’il reproche aux visiteurs de produire.

Rappelant le rôle de l’émotion dans le rapport à l’œuvre, le critique s’étonne même que l’initiative du musée puisse être critiquée, «car c’est faire œuvre de salubrité publique que de rappeler aux forcenés de la pixellisation ce pour quoi ils ont acheté un ticket d’entrée… Vouloir photographier les œuvres au point d’en faire une liberté essentielle, est un combat absurde, vain, dérisoire.»

Inutile d’accuser Jean-Marc Proust de snobisme: il a pris les devant, croyant couper l’herbe sous les pieds de ses contradicteurs. Pourtant, autant que son allergie anti-photographique, ses thèses esthétiques ou les références très common knowledge qui émaillent sa démonstration (Picasso, Proust Marcel, Jean-Luc Godard…) témoignent surtout d’une connaissance limitée au minimum scolaire de l’histoire culturelle.

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