Hollande/Depardon, le baptême du mème

Par  - 5 June 2012 - 7 h 39 min [English]

En opposition sensible avec celle avec son prédécesseur, l’image de François Hollande était restée jusqu’à présent relativement lisse. Limitée à quelques tentatives peu vigoureuses, la caricature ne semblait pas réussir à accrocher un personnage insaisissable.

La photo du portrait officiel a fait entrer François Hollande dans la satire par la grande porte. Comme pour la réception de l’affiche “La France forte”, on ne peut qu’être frappé de la vivacité de l’accueil public, qui a jugé sans concession la proposition de Depardon.

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L'énigme The Tree of Life, ou l'invitation à la conversation

Par  - 1 June 2012 - 9 h 19 min [English]

Le billet le plus consulté sur Culture Visuelle, n’est pas celui sur Tchernobyl (Catastrophes, 28.730 vues), celui sur les playmates (Atelier des icônes, 12.900 vues), ni celui sur la piscine de Takieddine (Parergon, 12.607 vues), mais l’article “The Tree of Life, premières impressions” rédigé par Pier-Alexis Vial sur Le Visionaute qui, un an après sa publication, flirte avec les 30.000 vues 1) La fréquentation des principaux billets est accessible sur la page d’accueil du blog. Les deux occurrences suivantes se situent respectivement à 7.234 et 5.005 vues, chiffres qui restent tout à fait respectables..

La prosécogénie de cette contribution présente un schéma bien particulier. Contredisant les règles les plus courantes de constitution d’audience en ligne, comme le relais par un média installé ou la référence à des thématiques très recherchées, celle-ci tient notamment à une bonne valorisation par Google. Une recherche sur le titre du film renvoie au billet du Visionaute en première page des résultats, ce qui lui assure une très bonne visibilité (voir ci-contre, cliquer pour agrandir). Lire la suite

Notes   [ + ]

1. La fréquentation des principaux billets est accessible sur la page d’accueil du blog. Les deux occurrences suivantes se situent respectivement à 7.234 et 5.005 vues, chiffres qui restent tout à fait respectables.

A quoi sert l'histoire des arts?

Par  - 31 May 2012 - 9 h 08 min [English]

C’est pas gagné. J’ai assisté hier à la conférence de presse de l’association des professeurs d’histoire de l’art (APAHAU), qui défendent la transformation en spécialité (dotée d’un concours, d’un programme et d’un volume horaire fixe) de l’enseignement d’histoire des arts proposé depuis 2009 en collège et lycée. L’existence même d’un enseignement dépourvu du socle d’une formation spécifique semble assurément une anomalie. Mais ce qui apparaissait tout aussi clairement dans le discours des spécialistes (Laurence Bertrand-Dorléac, Nadeije Laneyrie-Dagen, Daniel Roche, Pierre Rosenberg), c’est qu’il n’y avait aucune justification évidente à cet enseignement dans le cadre scolaire.

L’appel à un nouvel humanisme (Olivier Bonfait) ou l’éveil à la beauté (Pierre Rosenberg) semblaient des arguments un peu minces aux participants eux-mêmes, délivrés pour la forme, comme sans y croire. Restait la justification martelée tout au long de la conférence: celle de la nécessité d’une éducation à l’image (dans une société où il est entendu que nous sommes “submergés” d’images; seule Nadeije Laneyrie-Dagen a estimé que nous étions également “submergés” de musique).

Nick Ut, Enfants fuyant après un bombardement au napalm sur la route de Trang Bang, 8 juin 1972 (version publiée, version non recadrée).

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Présentation du livre blanc sur l’enseignement de l’histoire des arts

Par  - 29 May 2012 - 22 h 54 min [English]

Avec les interventions de : Laurence Bertrand-Dorléac (Sciences Po), Nadeije Laneyrie-Dagen (ENS, Paris), Daniel Roche (Collège de France), Pierre Rosenberg (de l’Académie Française).

Mercredi 30 mai à 18h, Auditorium de la Galerie Colbert, INHA, 2 rue Vivienne 75002 Paris.

En 2009 a été introduite dans l’enseignement secondaire l’histoire des arts, progressivement mise en place de la 6e à la terminale, avec une épreuve au diplôme national du brevet puis, normalement, au baccalauréat.

Trois ans après l’introduction de cet enseignement, assuré de manière transversale et sans formation préalable des enseignants, alors que se met en place une nouvelle politique pour l’éducation nationale, l’Association des professeurs d’archéologie et d’histoire de l’art des universités (APAHAU) présente son livre blanc (pdf), afin de faire le bilan de la situation actuelle, des apports de cette réforme et des prolongements à lui donner. Au terme de différentes enquêtes et entretiens, il ressort que cet enseignement reste très flou dans son contenu intellectuel et ses pratiques pédagogiques et ne satisfait guère dans sa forme actuelle. Comme tous les autres enseignements, il doit s’appuyer sur une discipline, pour être efficace. Or l’histoire de l’art a mis en œuvre des compétences et des outils pour apprendre à voir une image, que ce soit les chefs d’œuvres du passé ou les créations contemporaines, du cinéma au design.

En effet dans un monde global dominé par l’image, de l’écran d’ordinateur à la surmédiatisation des chefs d’œuvres, il importe que l’enseignement dans les écoles, collèges et lycées forme à apprendre à voir, à comprendre un patrimoine passé et actuel, européen et mondial, à développer la sensibilité.

(Communiqué de presse de l’APAHAU)

Séminaires 2012-2013

Par  - 29 May 2012 -  [English]

Le génie des images, enquête en culture visuelle

    Séminaire de recherche ouvert aux étudiants en M2 et doctorants, 1er et 3e jeudis du mois de 18 h à 20 h (INHA, salle Walter-Benjamin, 2 rue Vivienne, 75002 Paris), du 15 novembre 2012 au 16 mai 2013 (descriptif sur le site de l’EHESS).

    Les images auraient-elles un “pouvoir”, quand le texte n’aurait qu’une signification? Une bonne partie du succès des visual studies se nourrit de l’idée d’une performance propre aux formes visuelles. A partir de l’examen croisé des textes et des corpus iconographiques, ce séminaire se propose de rouvrir l’enquête, en trois volets. Au-delà des frontières de la discipline, la question des pouvoirs demande de réexaminer les théories de l’influence, du politique à la pragmatique en passant par la communication (Chomsky, Searle, Bernays…). On étudiera également les ressorts de la nouvelle tradition qui, cherchant dans l’héritage de l’iconographie cultuelle les traces d’un vitalisme de l’image, participe à sa resacralisation (Freedberg, Didi-Huberman, Mitchell…). L’inscription récente des images dans la conversation numérique et la prise en compte des nouvelles formes de la réception suggèrent enfin de redéfinir les interactions de l’écologie culturelle (Tarde, Jauss, de Certeau…). Lire la suite

    Cannes, ou la visibilité au carré

    Par  - 25 May 2012 - 13 h 56 min [English]

    Comme à l’automne reviennent les feuilles mortes, au printemps, depuis 1946, Cannes et son festival peuplent d’images nos pages et nos écrans. Depuis la reprise en main du cinéma français par l’argent des télés, cette imagerie s’est sensiblement protocolarisée. Alors que les années Bardot montraient Cannes comme une antichambre des grandes vacances – plage et seins nus au soleil 1) Cf. Vanessa Schwartz, It’s so French! Hollywood, Paris and the Making of Cosmopolitan Film Culture, Chicago, Londres, University of Chicago Press, 2007. – la vision promue par Canal + a hollywoodisé le festival, imposant smokings et robes de bal sur le fond rouge des marches. Lire la suite

    Notes   [ + ]

    1. Cf. Vanessa Schwartz, It’s so French! Hollywood, Paris and the Making of Cosmopolitan Film Culture, Chicago, Londres, University of Chicago Press, 2007.

    En signe de politesse

    Par  - 21 May 2012 - 10 h 59 min [English]

    En matière culturelle, l’évolution des sensibilités est un moteur aussi décisif que discret. Comment se modifient nos représentations du monde? Tentative d’auto-analyse.

    Associations, groupes de travail, équipes de recherche: je suis un habitué des courriers collectifs. Que je faisais invariablement commencer par la formule de politesse classique “Chers amis” – où le masculin pluriel recouvre, selon la règle grammaticale française traditionnelle, l’ensemble des destinataires, quel que soit leur sexe.

    Aujourd’hui, cette formule me pique les yeux. Depuis environ un an, j’opte régulièrement pour d’autres rédactions. Inspirées d’expérimentations québecoises, plusieurs graphies permettent de manifester l’existence de destinataires féminins: avec tirets (cher-e-s ami-e-s) ou majuscules (cherEs AmiEs), la forme entre parenthèses étant visiblement jugée peu appropriée. Aucune n’étant encore standardisée, elles ne paraissent pas très pratiques. Reste l’alternative désormais couramment utilisée dans les discours politiques et autres adresses publiques, qui décline successivement les deux sexes, en commençant bien sûr par le féminin (chères amies, chers amis). Lire la suite

    "La médiatisation du mouvement universitaire" (sources)

    Par  - 17 May 2012 - 7 h 12 min [English]

    J’ai remis en ligne récemment, à la demande d’Antoine Blanchard, les sources audio du débat “La médiatisation du mouvement universitaire” que j’avais organisé avec Pascale Dubus à l’auditorium de l’INHA le 14 mai 2009, suite à la plus grave crise traversée par l’université française depuis 1968. Revoici les liens pour écouter les analyses denses à propos de ce que Jade Lindgaard (Mediapart) a qualifié de “faillite collective à rendre compte de ce mouvement”.

    Le people met du sacre dans l'élection

    Par  - 9 May 2012 - 7 h 03 min [English]

    Ceux qui ont suivi sur ce blog le feuilleton iconographique du premier et du second tour de l’élection présidentielle ont pressenti l’existence d’un clou de la représentation de l’accès à la magistrature suprême: celui où François Hollande est photographié aux côtés de sa compagne, saluant la foule – une image choisie dès lundi par Le Monde et Paris-Match pour célébrer l’événement.

    Avant même la parution du magazine, je savais que celui-ci allait utiliser une image du couple – et pas seulement parce que Valérie Trierweiler est membre de la rédaction. Prescience? Pathosformel? Temps cyclique? Disons plutôt déduction logique à partir de l’observation des habitudes iconographiques de l’hebdomadaire. Lire la suite

    L'événement éclairé par l'image (iconographie du second tour)

    Par  - 7 May 2012 - 17 h 33 min [English]

    Une photographie de reportage peut-elle être utilisée comme illustration même sans décontextualisation de son sujet? La réponse est oui: démonstration en images (cliquer pour agrandir).

    Prudente, la presse française avait laissé à la presse étrangère, lors du premier tour, l’iconographie des bras levés, synonyme de victoire (voir mon relevé de l’iconographie du premier tour). Elle peut désormais recourir sans crainte à cette figure. Lire la suite