Man Ray contre Sherlock Holmes

Par  - 24 April 2013 - 8 h 59 min [English]

L’efficacité de la vidéosurveillance repose sur les qualités d’exactitude et d’authenticité attribuées à l’image d’enregistrement. L’enquête menée suite à l’attentat du marathon de Boston permet de vérifier dans quelles conditions celles-ci peuvent être mises en œuvre.

La valeur informationnelle de l’enregistrement ne fonctionne qu’a posteriori, lorsqu’un drame transforme en scène de crime une événementialité jusque-là anodine. Ce n’est que lorsqu’un regard inquisiteur mobilise après coup les images pour y rechercher des indices que ces données deviennent signifiantes.

En d’autres termes, l’indicialité, qui caractérise la photographie comme empreinte (Krauss), est fonction de l’indiciarité, qui définit la transformation en indice d’un phénomène soumis à l’enquête (Ginzburg). Non seulement la trace n’existe que dans le contexte de l’investigation, qui oriente la lecture des données, mais on peut affirmer que sa validité dépend de la pertinence de l’interprétation plutôt que de l’exactitude de l’enregistrement.

Appel à témoins du FBI, 18 avril 2013.

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Le mariage pour tous, ratage du hollandisme

Par  - 21 April 2013 - 9 h 35 min [English]

Une fois n’est pas coutume, recourons au Pagerank comme indicateur de la norme. Taper “famille” sur Google Images suggère que le modèle nucléaire est encore loin du déclin (voir ci-dessous). Même si la réalité des compositions familiales est désormais largement plus ouverte que le couple papa-maman nanti d’un, deux ou trois bambins, le modèle de notre imaginaire, scrupuleusement traduit par les illustrateurs de stockphoto, reste plus proche de la Belle au bois dormant que de la famille d’Elton John.

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Génie ou imitation?

Par  - 17 April 2013 - 8 h 48 min [English]

Le moment est proche où il faut annoncer à l’administration les sujets de cours de l’an prochain. Je m’interroge. Faut-il poursuivre le thème choisi pour cette année ou en changer?

Sous le titre “Le génie des images“, le projet était de questionner l’idée d’un “pouvoir” spécifique des formes visuelles. L’enquête a permis de dégager plusieurs points importants, notamment le constat que l’attribution d’un pouvoir provient d’une mauvaise manière de poser la question, en présupposant un isolement des formes visuelles, ce qui est une illusion. A contrario, il existe une puissance de la norme, à laquelle l’image peut participer. On ne croit pas aux images, mais on peut croire avec des images, si on pense qu’elles sont indicatives d’une norme.

Ce programme est loin d’être achevé. Son objectif, qui est de déconstruire un paradigme constitutif des visual studies, suppose un examen historiographique attentif. Nous avons étudié David Freedberg et Tom Mitchell, mais ni l’agency d’Alfred Gell ni la survivance de Georges Didi-Huberman.

Mais l’élaboration d’un programme de cours repose sur la prise en compte d’urgences subjectives. Au moment de reconduire le Génie, réapparaît l’idée d’une iconologie de la culture populaire, dont l’étude de “The Road to Homo Sapiens” avait jeté les bases. Identifier, documenter et analyser les icônes largement reproduites par les industries culturelles, du Bonaparte franchissant les Alpes de David à l’image de la petite vietnamienne en passant par la photo de Buzz Aldrin sur la Lune serait une bonne façon de poursuivre l’enquête sur les dynamiques spécifiques des médiacultures, et simultanément de faire émerger un canon encore peu reconnu.

Historiographie ou iconologie? Je me donne encore quelques jours pour trancher…

Les sciences humaines et sociales peuvent-elles se permettre d’être gratuites?

Par  - 15 April 2013 - 8 h 20 min [English]

Au programme ce midi de La Grande Table, émission animée par Caroline Broué sur France Culture, le débat qui agite actuellement le monde des revues de sciences humaines et sociales, pour ou contre l’Open access, ou publication scientifique directe. Avec Antonio Casilli, Mathieu Potte-Bonneville et moi-même (podcast).

Introduction: En SHS, on avait l’habitude de publier des livres. Les revues, c’était de la “littérature grise” pour spécialistes. Et puis a été instituée l’évaluation des chercheurs, basée sur les articles publiés, sur le modèle des sciences de la nature. D’un coup, les revues sont devenues très importantes, parce que l’évaluation, c’est la clé des financements. Aujourd’hui, quand un labo veut couper des crédits, il va se servir de l’évaluation, pour dire: ce programme est mal noté, donc on le supprime. Lire la suite

La preuve par Nabilla

Par  - 12 April 2013 - 16 h 06 min [English]

On peut être sûr d’une chose: lorsqu’un phénomène de la nouvelle culture arrive jusqu’à Canal Plus, c’est qu’il est mort. En recevant Nabilla Benattia, héroïne des Anges de la télé-réalité, Denisot croyait accrocher les wagons du Grand Journal au train du buzz le plus incompréhensible de ces derniers mois. Les experts du Plus se sont longuement penchés sur la question: comment est-il possible qu’une phrase aussi idiote que “Nan mais allo quoi!”, prononcée par une bimbo à gros seins (et donc à petit cerveau), reçoive un accueil aussi dithyrambique? Toujours raccord avec Canal sur le podium de la clairvoyance, les spécialistes de Libé briquaient leur analyse: cette “sinistre farce” n’était rien d’autre que le point Guy Debord d’une société du spectacle en voie de dégénérescence avancée – rendez-nous Jeanne Moreau et Juliette Gréco!

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"Écrans, agenda, cadrages. Les ‘effets des médias’ dans les classes populaires"

Par  - 9 April 2013 - 6 h 34 min [English]

Vincent Goulet (université de Lorraine), auteur de Médias et classes populaires. Les usages ordinaires des informations (INA, 2010), présentera une intervention intitulée: “Écrans, agenda, cadrages. Notes ethnographiques sur les ‘effets des médias’ dans les classes populaires”, dans le cadre du seminaire “Le génie des images”, jeudi 18 avril, 18h-20h, salle Walter Benjamin, INHA, 2 rue Vivienne, 75002 Paris, entrée libre.

On a retrouvé la soucoupe d'Adamski

Par  - 30 March 2013 - 14 h 32 min [English]

L’information n’a pas été diffusée au-delà des cercles spécialisés, je n’en ai pris connaissance que récemment. Il s’agit pourtant de la confirmation longtemps attendue du caractère factice d’un des principaux motifs de la subculture ufologique: la soucoupe “vénusienne” d’Adamski.

1. Flying Saucers have landed, édition de 1953. 2. Edition de 1957. 3. Traduction française.

En 1953 paraît l’ouvrage Flying Saucers have landed (les soucoupes volantes ont atterri). Cosigné par George Adamski et Desmond Leslie, il raconte pour le première fois, sur le mode du témoignage, la rencontre de terriens avec des extraterrestres. Ce volume qui sera traduit en 18 langues comporte une autre caractéristique frappante: une iconographie où l’on aperçoit pour la première fois les vues distinctes d’une soucoupe volante. Lire la suite

Le numérique des acteurs

Par  - 26 March 2013 - 9 h 37 min [English]

En attendant une retranscription dont je ne peux pas préciser l’échéance, voici les diaporamas de deux interventions récentes à propos des cultures numériques.

[slideshare id=17349794&doc=sousleradar-130319023917-phpapp02]

“Sous le radar. Un bilan de la révolution des amateurs”
Intervention, séminaire d’Antonio Casilli, “Étudier les cultures du numérique: approches théoriques et empiriques”, Paris, EHESS, 19/03/2013. MàJ: retranscription partielle: “Ne parlons plus des amateurs“, 25/09/2013. Lire la suite

Mediapart, un journalisme iconoclaste?

Par  - 24 March 2013 - 18 h 27 min [English]

Mediapart, diaporama (copie d'écran du 23/11/2011), photographie privée datée du 13/08/2003.

Pour ses 5 ans, l’actualité a livré à Mediapart la démission d’un ministre et la mise en examen d’un ancien président, tous deux mis en cause dans les colonnes du dernier-né des grands journaux français. Seul pure player par abonnement, l’organe dirigé par Edwy Plenel, qui prône un journalisme vigoureux et volontiers critique, est un phénomène singulier du paysage médiatique. Parmi ses traits spécifiques, je n’ai pas encore observé qu’on ait fait un sort à son rapport à l’image. Lire la suite

Détestons ensemble "Les Petits mouchoirs"

Par  - 20 March 2013 - 12 h 10 min [English]

Peut-on faire une expérience de sociologie de la culture à partir des Petits mouchoirs de Guillaume Canet, film à succès de l’année 2009? Je n’avais pas vu ce film en salle, ni ne souhaitais le voir, au regard de son empreinte médiatique. Découvrant l’autre jour sa diffusion sur M6 (le même soir que Abyss ou Demain ne meurt jamais…), je poste sur Facebook, en conversation réservée à mes friends, le statut: “Pas vu “Les petits mouchoirs”. Faut-il que je me le tape ou puis-je me l’épargner? Merci de vos avis éclairés“.

Posté à 19h56, ce statut dont la formulation fait entendre un jugement négatif, n’est pas exempt d’ambiguïté. Il ouvre potentiellement à une discussion dont la conclusion pourrait m’amener à voir le film. Pourtant, dans mon souvenir, le désir de visionner cet opus que je perçois comme désespérément franchouillard est faible, au point que mon statut pourrait bien n’être qu’une plaisanterie, pure incitation au bashing, autrement dit une manière d’alimenter la conversation en ligne sans aucun objectif réel de consommation culturelle. Lire la suite