“Internet est une révolution de la consultation”

Par  - 3 February 2010 - 9 h 52 min [English]

— InternetActu.net: Le contenu généré par l’utilisateur (User generated content, UGC) est-il vraiment le “trésor” du web 2.0? Qu’est-ce qui est plus important finalement sur YouTube, les quelques vidéos créées par les amateurs ou cette transformation radicale de la diffusion?
— André Gunthert: Sur YouTube, le modèle dominant n’est pas celui de la création de contenus. Sur Youtube, nos enfants ne produisent pas de vidéos. Ils sélectionnent des contenus. Leur usage principal, c’est le visionnage. Les chercheurs ont tendance à considérer la production plutôt que l’activité de consommation. Ils n’observent pas beaucoup non plus l’espace du partage, qui se situe entre les deux et dont le signalement, tel qu’il se pratique sur Facebook ou Twitter, est certainement l’activité majeure. On construit nos identités numériques par du signalement d’articles, de vidéos, d’images. C’est du flux qu’on transmet. Les deux activités les plus importantes ne sont donc pas du ressort de la production. On est resté avec l’idée que les nouveaux outils numériques facilitaient la réalisation d’images – et c’est vrai -, mais ce n’est rien par rapport à la révolution de la diffusion…

Propos recueillis par Hubert Guillaud, InternetActu.net, 03/02/2010.
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Le portrait numérique

Par  - 1 February 2010 - 18 h 45 min [English]

Au milieu du XIXe siècle, le poète Charles Baudelaire dénonçait en public le narcissisme photographique de ses contemporains – et demandait en privé à sa mère d’aller se faire tirer le portrait 1)«La société immonde se rua, comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image sur le métal. Une folie, un fanatisme extraordinaire s’empara de tous ces nouveaux adorateurs du soleil. D’étranges abominations se produisirent. En associant et en groupant des drôles et des drôlesses, attifés comme les bouchers et les blanchisseuses dans le carnaval, en priant ces héros de bien vouloir continuer, pour le temps nécessaire à l’opération, leur grimace de circonstance, on se flatta de rendre les scènes, tragiques ou gracieuses, de l’histoire ancienne. Quelque écrivain démocrate a dû voir là le moyen, à bon marché, de répandre dans le peuple le goût de l’histoire et de la peinture, commettant ainsi un double sacrilège et insultant ainsi la divine peinture et l’art sublime du comédien», Charles Baudelaire, “Le public moderne et la photographie“, Salon de 1859, édition critique par Paul-Louis Roubert, Etudes photographiques, n° 6, mai 1999.. La France du XXIe siècle vit une contradiction semblable. Le discours officiel véhiculé par les représentants du régime conservateur ou par les chaînes de télévision publiques recommande d’éviter les réseaux sociaux, et qualifie volontiers le web de repaire pour «les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs 3)André Gunthert, “Pourquoi la télé diabolise Facebook“, Actualités de la recherche en histoire visuelle, 15 décembre 2008.». Pendant ce temps, les Français téléchargent chaque mois 130 millions de photos sur Facebook, l’équivalent de dix fois le nombre d’images du département de la photographie de la BNF 2)Source: Damien Vincent, directeur commercial France de Facebook, table ronde Kodak, “L’émergence des familles numériques…”, 29 janvier 2010, Eurosites Liège, Paris..

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Notes   [ + ]

1. «La société immonde se rua, comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image sur le métal. Une folie, un fanatisme extraordinaire s’empara de tous ces nouveaux adorateurs du soleil. D’étranges abominations se produisirent. En associant et en groupant des drôles et des drôlesses, attifés comme les bouchers et les blanchisseuses dans le carnaval, en priant ces héros de bien vouloir continuer, pour le temps nécessaire à l’opération, leur grimace de circonstance, on se flatta de rendre les scènes, tragiques ou gracieuses, de l’histoire ancienne. Quelque écrivain démocrate a dû voir là le moyen, à bon marché, de répandre dans le peuple le goût de l’histoire et de la peinture, commettant ainsi un double sacrilège et insultant ainsi la divine peinture et l’art sublime du comédien», Charles Baudelaire, “Le public moderne et la photographie“, Salon de 1859, édition critique par Paul-Louis Roubert, Etudes photographiques, n° 6, mai 1999.
2. Source: Damien Vincent, directeur commercial France de Facebook, table ronde Kodak, “L’émergence des familles numériques…”, 29 janvier 2010, Eurosites Liège, Paris.
3. André Gunthert, “Pourquoi la télé diabolise Facebook“, Actualités de la recherche en histoire visuelle, 15 décembre 2008.

Création de l'association Louis Marin

Par  - 30 January 2010 - 13 h 33 min [English]

Créée à l’initiative d’anciens élèves du maître, l’association Louis Marin a pour but de promouvoir la diffusion de son œuvre et l’étude de ses travaux. L’association est pilotée par un bureau composé d’Alain Cantillon, Giovanni Careri, Pierre Antoine Fabre, Françoise Marin, Cléo Pace, et dotée d’un conseil scientifique et d’un comité de rédaction. Elle ouvrira prochainement un site internet et soutiendra l’organisation de rencontres, d’expositions et de publications.

Adresse: 51 Bd Auguste Blanqui, 75013
Email
: louismarin.ass(à)gmail.com
Tarif membre actif: 50 €, étudiant: 15 € (télécharger le bulletin d’adhésion).

Cinémathèque: Rétrospective Jim Carrey

Par  - 23 January 2010 - 8 h 23 min [English]

La Cinémathèque propose une rétrospective Jim Carrey, du 1er au 14 février 2010 (51, rue de Bercy, 75012 Paris).

“Les corps du cinéma burlesque ne font pas autre chose que de nous parler du monde réel, présent, immédiat. Lorsque le cinéma n’est plus que le témoin de la fin d’une certaine conception de l’Histoire, de la crise de l’image comme enregistrement pur du visible, de la disparition de la frontière qui séparait virtualité et réalité, du règne totalitaire de l’image pure, il produit aussi la silhouette comique qui incarnera cette mutation. Jim Carrey n’est pas seulement un adulte qui a conservé les mimiques de l’enfance. Il est à la fois le témoin et l’antidote de la lente et désastreuse infantilisation de la société. Il est surtout le symbole d’une « médiatisation » générale du monde, de la transformation de celui-ci en pur spectacle, de sa substitution par un double façonné par les industries culturelles.”

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"Pour une histoire de l'imaginaire" (archive)

Par  - 14 January 2010 - 12 h 34 min [English]

Pour une histoire de l’imaginaire. Théorie de l’image médiatique, séance du séminaire “Mythes, images, monstres”, INHA, 14/01/2010, diffusée en streaming (voir archive vidéo, diaporama).

Enregistrement audio (version courte, 69′, 32 Mo).

Résumé. Avec Mythologies (1954-1956), Roland Barthes faisait l’hypothèse que sous les images médiatiques, il y a des histoires. Mais le projet de thèse issu de cette expérience a été refusé par l’université. L’image, ce n’est pas sérieux.

La proposition de Barthes suggère un changement d’échelle. Plutôt qu’à partir de la grille œuvre/auteur, elle propose, à la manière de l’anthropologie, l’analyse d’une société à partir de ses mythes. Ce faisant, elle rabat tous les énoncés sur un seul plan, et définit les images comme supports de récit.

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La Part de fiction dans les images documentaires

Par  - 8 January 2010 - 18 h 40 min [English]

“Il est désormais admis que toutes les images prises avec un appareil photographique ou une caméra médiatisent le réel, y compris celles identifiées comme documentaires. Elles en sont une interprétation. En amont de la diffusion, les contraintes techniques, l’exercice d’une subjectivité, le contexte (historique, économique, politique, culturel, etc.) sont autant d’éléments qui influent sur la mise en images du réel. Et ces formes visuelles font, de plus, l’objet a posteriori d’interprétations, lisibles notamment dans la production de discours critiques…”

Par Rémy Besson et Audrey Leblanc (dir.), Conserveries mémorielles, n° 6, 2009.
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Les androïdes rêvent-ils de photos de famille?

Par  - 4 January 2010 - 8 h 48 min [English]

2019 n’est plus que dans neuf ans. Ce qui nous sépare de Blade Runner, sorti en 1982, est désormais trois fois plus long que l’attente de l’année où se déroule l’histoire du film. Au fur et à mesure que la science-fiction vieillit, le présent rattrape le futur du passé – suscitant un exercice toujours fascinant de comparaison et de vérification des projections (voir notamment: Science Fiction’s Predictions for the Year 2010, via Tom Roud).

Dès les premières séquences du film, nous frappent les images du gigantisme techno-industriel dont nous savons que les 9 ans qui viennent ne verront probablement pas l’avènement, pas plus que celui des bio-robots autonomes et quasi-humains, les fameux “réplicants”.

Blade Runner (Ridley Scott, 1982), photogramme.

Dans le roman de Philip K. Dick dont est tiré le film, Do Androids Dream of Electric Sheep? publié en 1968, la date indiquée pour la réalisation du modèle Nexus 6, en août 1991, est déjà derrière nous. L’écart entre la parution du livre et son futur projeté est plus courte encore: 23 ans seulement, indication d’un optimisme technologique qui décroît progressivement.

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Les années 2000, ou la fin de l'avenir

Par  - 1 January 2010 - 12 h 24 min [English]

Enfance, années 1960-1970. L’an 2000 est un horizon lointain, cités mirifiques parcourues de voitures volantes, les gens habillés comme dans Star Trek. Avenir technologique et radieux. La peur de la bombe s’est éloignée. Dans les films, l’ennemi n’est plus le communiste des vieux James Bond. Totalitarismes galactiques, aliens, robots. Ennemis lointains qui disent qu’ici, il n’y a plus rien à craindre. Bien avant la chute du Mur, depuis les premiers pas sur la Lune, le match est gagné. Malgré le choc pétrolier, l’économie est prospère. La démocratie fonctionne. Giscard est moderne. Alain Duhamel a l’œil qui pétille. Seule inquiétude: la démographie. Mais le club de Rome veille. L’Europe est un projet à construire, un espoir contre les égoismes nationaux. On parle déjà de pollution. Je me rejouis d’être au rendez-vous de l’an 2000. J’aurai une voiture électrique. Nous serons plus heureux.

Trente ans après les années 1970, dix ans après l’an 2000. Tous ces rêves, ruines fumantes. La peur est partout, l’espoir, nulle part. Mickey 3D chante: “Moi je ne vois l’avenir que dans mes souvenirs”.

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9 images pour 2009

Par  - 27 December 2009 - 20 h 13 min [English]

Sous le signe du Donut (12/12). Quelle différence entre le pseudo-lipdub d’Europe Ecologie et celui des Jeunes de l’UMP1? Si on coupe le son, finalement moins qu’il n’y parait. Le premier fait preuve de plus d’imagination dans le choix des situations, et se distingue par un casting particulièrement large. Plus étriqué, le second a une figuration plus marquée par la présence des pipolitiques. Les deux clips se rejoignent dans la reproduction de l’esthétique amateur…

Michael Jackson ou le traité du spectacle (12/11, par Louise Merzeau). Il est mort et il va mourir. Ce que Barthes avait vu dans la photo de Lewis Payne, nous le voyons ici s’étirer sur toute la durée d’un film, montage d’images tournées pendant les dernières répétitions d’un concert fin prêt, mais qui n’aura pas lieu. Zombie revenu d’entre les morts, enfant-spectre lunaire, hideux et scintillant, MJ traverse la scène. On le dévore des yeux : il n’est qu’image, et cette image, bien qu’enfin offerte, manque et se dérobe, à jamais…

Savoir à quoi ressemblait Samantha (12/10). L’émotion suscitée par l’affaire Polanski n’a rien d’anecdotique. Dans un pays chauffé à blanc depuis de longues années par l’hystérie sécuritaire, où les figures du violeur et du pédophile sont devenues l’incarnation de la dernière monstruosité, au fil d’une entreprise de stigmatisation dont l’actuel chef de l’Etat s’est fait une spécialité, était-il surprenant que les réactions de soutien au cinéaste entretiennent le soupçon d’une justice de classe…

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Fabrique du vertige

Par  - 26 December 2009 - 0 h 25 min [English]

Mise en ligne le 15 décembre dernier, beaucoup citée depuis, la vidéo “The Known Universe” a déjà été visionnée plus d’un million de fois. Proposée par l’American Museum for Natural History pour l’exposition “Visions of the Cosmos. From the Milky Ocean to an Evolving Universe” (Rubin Museum of Art, NY), cette séquence s’inscrit dans la lignée des icônes métamorphiques, dont la “marche du progrès” fournit un exemple canonique. Sur le mode d’un zoom arrière et retour, elle dessine une promenade jusqu’aux confins de l’univers, en situant dans le temps et dans l’espace un ensemble d’informations qui synthétisent l’état présent des connaissances astronomiques.

Le modèle de cette séquence est le génial “The Powers of Ten“, réalisé en 1977 pour IBM par les designers Charles et Ray Eames, longtemps projeté dans tous les musées des sciences du monde. Ce film exemplaire propose une figuration rigoureuse de la vieille méditation pascalienne des deux infinis, qui recourait déjà, par la narration, au même principe d’un rapide déplacement d’échelle.

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