Ne m'appelez plus droit d'auteur (la preuve par Ken Loach)

Par  - 5 May 2010 - 22 h 42 min [English]

Le réalisateur Ken Loach annonçait hier son intention de rendre accessible 16 de ses longs métrages en VO sur son propre canal YouTube. Las, dès cet après-midi, après la mise en ligne de 6 de ses films 1)Poor Cow (Pas de larmes pour Joy, 1967); Kes (1969); Hidden Agenda (Secret Défense, 1990); Riff-Raff (1990); Cathy Come Home (1996); The Navigators (2001); Ae Fond Kiss (Just a Kiss, 2004)., le public français pouvait voir s’afficher sur l’écran l’avertissement: “Cette vidéo inclut du contenu de Journeyman Pictures, qui l’a bloqué dans votre pays pour des raisons de droits d’auteur” (voir ci-dessus).

Je l’écrivais ici-même: il serait plus juste d’appeler “droit du distributeur” le défunt droit d’auteur. Quelle meilleure preuve de cette confiscation que la réaction ultra-rapide du principal distributeur de films documentaires, qui n’a pas fait dans le sentiment – le tiroir-caisse d’abord! Un exemple démontrant de façon aussi éclatante quels sont les intérêts en jeu – et qui détient le pouvoir de diffusion – aurait été bien utile, par exemple lors de la discussion de la loi Hadopi. Difficile de continuer à prétendre que le rempart de la propriété intellectuelle a pour but de protéger l’auteur ou la culture. Dépossédé de son oeuvre au profit des seuls intérêts économiques de son diffuseur, celui-ci n’a même pas la ressource d’utiliser les outils en ligne pour en faire profiter le public. Le droit moral est mort, vive le droit immoral!

Notes   [ + ]

1. Poor Cow (Pas de larmes pour Joy, 1967); Kes (1969); Hidden Agenda (Secret Défense, 1990); Riff-Raff (1990); Cathy Come Home (1996); The Navigators (2001); Ae Fond Kiss (Just a Kiss, 2004).

Parution de "Mort de la photo de famille"

Par  - 30 April 2010 - 23 h 01 min [English]

Les éditions L’Harmattan annoncent la parution de Mort de la photo de famille? De l’argentique au numérique, par Irène Jonas, 21,50 €.

Depuis leur apparition, les photographies de famille, à la fois si semblables et si uniques pour chaque famille, nous racontent l’amour, les naissances, le temps qui passe, les souvenirs, l’oubli et la mort. Liées aux évolutions de la famille, elles ont d’abord éternisé les moments familiaux ritualisés (baptêmes, mariages, communions) ou institutionnalisés (les vacances) pour progressivement envahir la vie quotidienne et se centrer particulièrement sur les enfants.

Quel impact aura le numérique sur cette production d’images? Comment se construit ce nouveau rapport à la prise de vue entre les membres de la famille? Comment s’élaborent la circulation, l’archivage et la sélection des clichés (mais peut-on même les appeler encore ainsi?) qui méritent d’être conservés? Quelle forme prendront alors les “albums de photo”?

Ce livre se veut à la fois faire l’analyse des changements et lancer l’interrogation autour de la toute nouvelle et balbutiante photographie familiale numérique.

Irène Jonas est sociologue indépendante. Elle est l’auteur de plusieurs articles sur la photographie familiale et poursuit également des recherches sur le genre.

Parution "Etudes photographiques" n°25

Par  - 30 April 2010 -  [English]

La Société française de photographie annonce la parution début mai du n° 25 d’Etudes photographiques.

Sommaire

  • Olivier Lugon, “Avant la forme tableau. Le grand format photographique dans l’exposition Signs of Life, 1976/Before the Tableau Form: Large Photographic Formats in the Exhibition Signs of Life, 1976″
  • Éléonore Challine, “La mémoire photographique. Les commémorations de la photographie en France (1880-1940)/Photography and Memory: Commemoration of Photography in France (1880-1940)”
  • Dominique de Font-Réaulx, “Les audaces d’une position française. Les enjeux de l’exposition Un Siècle de Vision Nouvelle à la Bibliothèque Nationale (1955)/The Bold Innovations of a French Exhibition: Un Siècle de Vision Nouvelle at the Bibliothèque Nationale (1955)”
  • Portfolio : Jean-Luc Moulène, “Sommeils hantés/Haunted Sleeps”
  • Laure Poupard, “Un microcosme hors du temps, la Floride dans l’Amérique en crise. Les photographies de la Gold Avenue de Marion Post Wolcott (1939-1941)/A Microcosm Untouched by Time – Florida in an America in Crisis: Marion Post Wolcott’s Photographs of Gold Avenue (1939-1941)”
  • Jean-Pierre Montier, “Henri Cartier-Bresson, Figure de l’intellectuel?/Henri Cartier-Bresson, a Figure of the Public Intellectual?”
  • Pierre-Henry Frangne, “L’image déhiscente. Théophile Gautier et la photographie de montagne des frères Bisson/The Dehiscent Image: Théophile Gautier and the Mountain Photographs of the Bisson Brothers”
  • Pauline Martin, “Le flou du peintre ne peut être le flou du photographe. Une notion ambivalente dans la critique photographique francaise au milieu du XIXe siècle/The ‘Flou’ of the Painter Cannot be the ‘Flou’ of the Photographer: An Ambiguous Notion in French Photography Criticism in the Mid-Nineteenth Century”

24€, abonnement France: 40€/étranger: 50€. Contact, abonnement: chabert.sfp(à)free.fr

L'échelle de l'information

Par  - 23 April 2010 - 9 h 04 min [English]

De l’article illustré en une à la brève rangée dans sa colonne: à côté du texte et de l’image, l’echelle forme un troisième composant, aussi méconnu que puissant, des dispositifs médiatiques. Toutes les informations n’ont pas la même valeur. Leur hiérarchisation est l’une des fonctions fondamentales des médias. A chaque contenu est associé une indication d’échelle, qui participe de son éditorialisation et permet d’en organiser la distribution.

L’importance d’une information se mesure d’abord de façon spatiale, à sa surface et à son emplacement (ou à ses équivalents temporels dans les médias de flux). Mais il existe de nombreux autres facteurs, comme la notoriété de l’auteur, l’envoi d’un correspondant, ou la relégation dans les pages débats. Globalement, les indications d’échelle sont perçues comme la traduction des choix éditoriaux, manifestés notamment en termes d’investissement économique. Lorsque la publication comporte cette possibilité, la présence ou non d’une illustration fait par exemple partie des instruments classiques de valorisation d’un contenu. On ne peut donc considérer le rôle médiatique de la photographie seulement du point de vue de son apport documentaire: l’image joue un rôle de premier plan dans la structuration éditoriale, de façon quasi architecturale (voir ci-dessus: double page de Libération, 16/06/2008).

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Youtube, la chute du "broadcast yourself"

Par  - 21 April 2010 - 8 h 37 min [English]

Lundi 19 avril, le site TechCrunch révélait que la plus célèbre des sources de parodies en ligne, l’accès de rage d’Adolf Hitler dans La Chute d’Oliver Hirschbiegel, faisait l’objet d’une demande de retrait systématique de la part du distributeur Constantin Film. Dès le lendemain, cette information se voyait à son tour détournée et moquée sur la partition de l’offensive Steiner. On aurait pu apprécier la réactivité du web et sa réjouissante capacité à transformer l’arroseur en arrosé. Mais il n’a fallu que quelques heures aux robots de YouTube pour bloquer l’accès à ces pastiches.

Mise en parallèle avec d’autres symptômes, comme l’effacement des bandes-son des vidéos exigé par Warner Music Group dès qu’un extrait copyrighté y est détecté, la disparition programmée des parodies de La Chute constitue un signal inquiétant, symbole d’une inéluctable inversion de tendance.

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Le copyright expliqué aux enfants

Par  - 18 April 2010 - 9 h 17 min [English]

L’autre week-end, mes deux enfants ont décidé de faire un film avec leur camarade Hugo. Une sombre histoire d’attaque de zombie (Louis avec un peu de ketchup), dont le scénario se résume à une course poursuite et une bagarre. Malgré tous mes efforts, il faut bien avouer que l’influence de Lars von Trier ne paraît pas encore déterminante. En revanche, j’ai beaucoup apprécié le découpage, pleinement cinématographique, c’est-à-dire complètement artificiel, basé sur le fait qu’ils n’étaient que trois, dont un pour tenir la caméra.

Le film une fois monté, se pose la question de la diffusion. YouTube s’impose. Ouverture de compte, téléchargement de l’œuvre. Premiers visionnages, exportation sur le blog, mention sur Facebook. Mais après quelques minutes tout à la joie des premières réactions des potes, nous avons la surprise de constater qu’on n’entend plus le son.

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La masterisation en pratique

Par  - 16 April 2010 - 10 h 55 min [English]

Lettre ouverte des formateurs du centre de Livry-Gargan de l’IUFM de Créteil à l’inspecteur d’académie de Seine-Saint-Denis, Livry-Gargan, le 14 avril 2010 (via Isabelle Backouche).

Objet : remplacements d’enseignants titulaires confiés à des étudiants

Monsieur l’inspecteur d’académie de Seine-Saint-Denis,

Ces derniers jours, vos services ont envoyé aux étudiants qui préparent le concours de recrutement des professeurs d’école (PE1) au centre de Livry-Gargan de l’IUFM de Créteil le message suivant:

«Dans le cadre de la masterisation et comme vous êtes inscrit(e) au CERPE 2010, l’inspection académique est en mesure de vous proposer un stage de formation en responsabilité en classe à compter du 05 avril 2010. Si cette proposition vous intéresse, merci d’entrer en contact avec Mme…»
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Le dinosaure, figure des pouvoirs de la science

Par  - 14 April 2010 - 16 h 44 min [English]

Compte-rendu du séminaire d’André Gunthert du 8 avril 2010.

André Gunthert revient sur la figure du dinosaure, à laquelle il avait consacré un exposé l’an dernier. L’hypothèse pourrait être que le film de Steven Spielberg, Jurassic Park (1993), permet de condenser l’essentiel des éléments de l’analyse.

L’ouvrage que consacre Tom Mitchell au sujet (The Last Dinosaur Book, 1998), qui s’inscrit lui-même dans la dinomania post-JP, peut être considéré comme un ouvrage fondateur des visual studies, le premier consacré à l’analyse détaillée d’une figure médiatique à travers un corpus transmédia.

Mitchell s’interroge sur la spécificité de la fascination exercée par les dinosaures. Il emprunte au paléontologue Stephen Jay Gould l’explication classique: parce qu’ils sont gros, féroces et éteints (“big, fierce, extinct“).

Fig. 1. Flammarion, "Forme et grandeur probables de l'atlantosaure", Le Monde avant la creation de l'homme, 1886 (coll. H. Hubrecht).

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Sujets de validation des séminaires 2010

Par  - 14 April 2010 -  [English]

Sujets de devoirs pour les séminaires “Recherches en histoire visuelle” et “Mythes, images, monstres” (un sujet au choix pour valider un séminaire, deux sujets au choix pour valider deux séminaires), longueur: environ 6-8 pages, à remettre le 20 mai 2010.

Dissertation

  • Analysez et commentez cette citation de W. J. T. Mitchell: «Une image de dinosaure est toujours accompagnée par des mots, tout un lexique de noms, de termes descriptifs, de récits et de jugements. Nous ne voyons jamais un dinosaure sans dire quelque chose à son propros, sans le nommer, le décrire ou raconter son histoire» (The Last Dinosaur Book, university of Chicago Press, 1998, p. 51).
  • Analysez et commentez cette citation de Patrick Sabatier: «Tout le monde devient producteur d’images, tout le monde peut faire connaître sa vision de la réalité. L’information, denrée jadis rare, donc chère, dont les médias avaient le monopole, se banalise, se démocratise, se privatise. Les journalistes se demandent si les prophètes de malheur qui prédisent la fin des médias n’auraient pas raison» (Libération, 20-21 août 2005, p. 3).

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La critique est-elle soluble dans internet?

Par  - 11 April 2010 - 11 h 36 min [English]

Résumé de mon intervention au colloque “Les facultés de juger (critique et vérité)“, Paris 7, 10 avril 2010.

A la question: “Que devient la critique sur le web?”, on peut répondre en notant qu’il ne suffit pas de numériser les pratiques existantes pour les faire exister en ligne.

Le web n’est pas qu’un outil de diffusion, c’est une nouvelle culture, au plein sens du terme, qui a créé ses propres codes. Au-delà de la logique égalitaire qui s’impose aux contenus (tous égaux devant Google) comme aux commentateurs (fin des rentes d’autorité), et qui contredit les traditions élitistes des pratiques de l’art, le web a développé des codes culturels puissants qui s’opposent aux principes du connoisseurship.

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