Colloque: "D'un écran à l'autre, les mutations du spectateur"

Par  - 30 April 2014 - 0 h 03 min [English]

Colloque international, 21-23 mai 2014, Institut National de l’Audiovisuel, Centre Pierre-Sabbagh, 83-85, rue de Patay, 75013 Paris (entrée libre).

Organisé par l’Université Paris 8 (Centre d’études sur les médias, les technologies et l’internationalisation, CEMTI), l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), sous la direction de Jean Châteauvert et Gilles Delavaud.

Programme

Mercredi 21 mai 2014

9h30 Ouverture du colloque par Jean-Michel Rodes (Institut National de l’Audiovisuel, Directeur délégué), Jean Châteauvert (Université du Québec à Chicoutimi) et Gilles Delavaud (Université Paris 8) Lire la suite

L’image numérique s’en va-t’en guerre. Les photographies d’Abou Ghraib

Par  - 28 April 2014 - 8 h 35 min [English]

Il y a 10 ans, Dan Rather dévoilait sur CBS les premières photographies de torture de la prison d’Abou Ghraib. Je republie à cette occasion mon compte rendu paru en 2004 dans le n° 15 d’Etudes photographiques.


Le 17 septembre 2004 s’ouvrait à New York l’exposition “Inconvenient Evidence” (“Documents gênants”). Parmi le corpus des photographies de la prison d’Abou Ghraib publiées depuis le printemps, l’International Center of Photography avait sélectionné 17 images, toutes issues de «sources numériques 1) Je remercie Xavier Martel de m’avoir signalé cette exposition.». Quoique disposées sur des cimaises noires avec leurs légendes se détachant en lettres blanches, les planches réalisées pour l’occasion, folios ménageant de vastes marges autour de formats rappelant les tirages de presse classiques, étaient simplement punaisées au mur et non pas encadrées. Malgré ce compromis avec les codes usuels des expositions d’art, il était clair qu’il s’agissait là de témoignages historiques majeurs, d’icônes «ayant pris place de longue date dans la galerie des images marquantes, aussi immédiatement reconnaissables que celle de Marilyn aux prises avec sa jupe 2) Mark Danner, “Abu Ghraib: The Hidden Story”, New York Review of Books, vol. 51, n° 15, 7 octobre 2004 (je traduis).

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Notes   [ + ]

1. Je remercie Xavier Martel de m’avoir signalé cette exposition.
2. Mark Danner, “Abu Ghraib: The Hidden Story”, New York Review of Books, vol. 51, n° 15, 7 octobre 2004 (je traduis).

L’image vocative, beaucoup de bruit pour rien?

Par  - 21 April 2014 - 20 h 35 min [English]

Les Témoins de Jéhovah, qui situent la date de la mort du Christ le 14 avril, ont récemment diffusé un tract pour inviter à participer à la célébration de cet anniversaire (voir ci-contre, cliquer pour agrandir). L’image retenue pour illustrer cette publicité, un Christ très hollywoodien ouvrant les bras, permet de documenter le dossier de l’image vocative 1) Je reprends ici à la linquistique la catégorie grammaticale du vocatif, qui exprime l’interpellation directe par le biais d’une forme appellative..

Dans un article marquant, W.J.T. Mitchell avait choisi l’affiche de recrutement américaine de 1917 pour symboliser «ce que veulent les images 2) W.J.T. Mitchell, “Que veulent réellement les images”, in Emmanuel Alloa (dir.), Penser l’image, Paris, Presses du réel, p. 211-247 (trad. de “What do pictures “really” want?“, October, Vol. 77, été 1996, p. 71-82).» (voir ma discussion). Depuis, Carlo Ginzburg s’est à son tour longuement penché sur son pendant anglais de 1914 3) Carlo Ginzburg, “Your country needs you. Une étude de cas en iconographie politique”, Peur Révérence Terreur (tr. de l’anglais par Martin Rueff), Paris, Presses du réel, 2013, p. 67-108 (pdf). (voir ci-dessous).

Estimant que le dessin d’Alfred Leete est «l’affiche qui a eu le plus grand succès de tous les temps», Ginzburg s’appuie sur le témoignage de Pline l’Ancien pour l’inscrire dans le double héritage du portrait frontal, qui semble regarder le spectateur, et le procédé du raccourci perspectif, qui créé un effet de “sortie du tableau”. Dans une démonstration typique de l’analyse iconographique, il propose de combiner ces motifs en un pathosformel (formule d’expression des sentiments) warburgien, dont un exemple classique serait le Christ Salvator Mundi.

(2) Tract des témoins de Jehovah, 2014. (3) A. Leete, “(Lord Kitchener) wants you”, 1914. (4) J. Flagg, “I want You”, 1917.

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Notes   [ + ]

1. Je reprends ici à la linquistique la catégorie grammaticale du vocatif, qui exprime l’interpellation directe par le biais d’une forme appellative.
2. W.J.T. Mitchell, “Que veulent réellement les images”, in Emmanuel Alloa (dir.), Penser l’image, Paris, Presses du réel, p. 211-247 (trad. de “What do pictures “really” want?“, October, Vol. 77, été 1996, p. 71-82).
3. Carlo Ginzburg, “Your country needs you. Une étude de cas en iconographie politique”, Peur Révérence Terreur (tr. de l’anglais par Martin Rueff), Paris, Presses du réel, 2013, p. 67-108 (pdf).

Sujets de validation des séminaires 2014

Par  - 10 April 2014 - 15 h 43 min [English]

A. Séminaire “Iconologie des médiacultures” (sujets au choix, 5/6 p., à remettre le 15/05/2014)

  1. Résumez et discutez l’article de Carlo Ginzburg: “Your country needs you. Une étude de cas en iconographie politique”, Peur Révérence Terreur (tr. de l’anglais par Martin Rueff), Paris, Presses du réel, 2013, p. 67-108 (pdf).
  2. Menez l’enquête sur l’iconographie de Che Guevara à partir des ressources en ligne (modalités de recherche, analyse du matériel, organisation documentaire, discussion critique).
  3. Proposez un compte rendu critique de l’un des ouvrages de la liste ci-dessous.

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Hollande et la recherche: sanctuariser le déclin

Par  - 9 April 2014 - 16 h 54 min [English]

Comme on pouvait s’y attendre, malgré la fronde anti-Fioraso, manifestée par une pétition qui a réuni plus de 8000 signatures en quelques jours, l’ex-ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, chaudement soutenue par le président de la République, réintègre le gouvernement au titre de secrétaire d’Etat. Comme son prédécesseur, François Hollande aura répondu aux universitaires par le mépris, et démenti dès le lendemain la déclaration de politique générale de son premier ministre, pour qui “la confiance est la clef de tout“.

Selon un avertissement récent du conseil scientifique du CNRS, «contrairement à ce qu’ont affirmé les gouvernements précédent et actuel, le financement de la recherche en France ne cesse de baisser», générant logiquement «une crise de la vocation scientifique des nouvelles générations». Renforcées par la loi ESR du 22 juillet 2013, la systématisation de la pénurie méthodiquement organisée par la LRU de Valérie Pécresse poursuit son travail de sape du terrain académique. A ceux qui se demandent si la France est ou non entrée en déclin, la reconduction de Fioraso contre tous les avis exprimés fournit une indication précise. L’abandon programmé de la recherche, aiguillon de l’économie, est bien une capitulation, un choix qui trahit l’avenir, et l’aveu d’une politique qui se borne à tenter de préserver les apparences – un exercice de plus en plus acrobatique au-delà de la garde rapprochée du locataire de l’Elysée.

L’image conversationnelle. Les nouveaux usages de la photographie numérique

Par  - 8 April 2014 - 9 h 29 min [English]

Je reproduis ci-dessous mon article paru dans le numéro 31 d’Etudes photographiques (printemps 2014), afin de permettre sa discussion.

Réalisé par Steven Spielberg à partir d’une nouvelle de Philip K. Dick, le film Minority Report, diffusé en 2002, est réputé pour la crédibilité de ses projections technologiques. Dessinant l’univers de 2054 à partir de propositions d’un groupe d’experts, il est célèbre pour son anticipation des interfaces tactiles. Outre la visualisation des images mentales, il prédit la généralisation de l’identification optique à des fins de surveillance ou de profilage publicitaire.

Le sérieux de cet exercice prévisionnel rend d’autant plus remarquable sa myopie face à ce qui est devenu, peu de temps après, l’ordinaire des pratiques visuelles des pays développés. Dans le film, les usages privés de l’image se limitent à la photographie traditionnelle sur papier, au film en relief et à la conversation vidéo interactive.

Fig. 1-4. Extraits de Minority Report (Spielberg, 2002), photogrammes.

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Les nouveaux chemins de l'authenticité photographique

Par  - 8 April 2014 -  [English]

Je reproduis ci-dessous mon éditorial paru dans le numéro 31 d’Etudes photographiques (printemps 2014), afin de permettre sa discussion.

Pendant la majeure partie de son histoire, la photographie a rempli la fonction jadis assurée par les icônes ou les reliques: celle de garantir l’authenticité de la représentation. De nombreuses élaborations ont été proposées pour expliquer que ce caractère provenait de la nature technique de l’enregistrement. En remettant en question la théorie de l’empreinte, le passage aux supports numériques a paru contredire cette légende moderniste. Certains n’ont pas hésité à décréter la fin de la photographie 1) Fred Ritchin, In Our Own Image. The Coming Revolution in Photography, New York, Aperture, 1990; William J. Mitchell, The Reconfigured Eye. Visual Truth in the Post- photographic Era, Cambridge, MIT Press, 1992, p. 20..

Pourtant, une vingtaine d’années après ce virage, ni la demande d’une image porteuse de vérité ni la photographie n’ont disparu. Bien au contraire, celle-ci a envahi tous les espaces de la sociabilité, et les pratiques montrent que l’authenticité demeure un point de repère indispensable de la culture visuelle.

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Notes   [ + ]

1. Fred Ritchin, In Our Own Image. The Coming Revolution in Photography, New York, Aperture, 1990; William J. Mitchell, The Reconfigured Eye. Visual Truth in the Post- photographic Era, Cambridge, MIT Press, 1992, p. 20.

Indécidable comme une image?

Par  - 24 March 2014 - 9 h 21 min [English]

Au lendemain de la victoire de François Hollande aux primaires socialistes, Libération ornait sa Une d’une photo laudative de Sébastien Calvet (voir ci-contre) – tout en niant fermement, par la voix de Sylvain Bourmeau, toute orientation politique dans ce choix décrit comme purement esthétique.

Même si le recul permet aujourd’hui de mieux percevoir ce que cette option éditoriale pouvait avoir de propagandiste, le message porté par l’image n’est jamais limpide ni univoque. Comme le montre la discussion développée sous mon billet de l’époque, des lectures divergentes pouvaient s’exprimer sans qu’il soit possible de trancher de manière définitive dans un sens ou un autre.

L’impression délivrée par l’accueil des résultats d’un scrutin électoral est souvent de même nature. Alors que les citoyens se servent de tous les moyens à leur disposition pour adresser des messages au personnel politique, l’élection est comme une image dont on ne verrait nettement qu’un seul point focal – la victoire – tous les autres restant soumis à des interprétations fluctuantes, sans caractère affirmatif. Alors que les responsables de gauche envoyaient en 2008 à la figure de ceux de droite le fort taux d’abstention et la faible mobilisation de leurs électeurs comme des signes évidents d’une sanction politique, les mêmes symptômes sont aujourd’hui niés ou minimisés par les dirigeants en place, qui préfèrent souligner leur signification locale.

Au-delà de l’habillage rhétorique qui accueille traditionnellement le scrutin municipal, il n’en est pas moins intéressant de noter que, comme dans le cas de l’image, la part d’indécidable l’emporte. Comme Sylvain Bourmeau, Najat Vallaud-Belkacem peut nier l’interprétation punitive de l’élection, sans crainte d’être démentie par des arguments formels.

Cette imprécision du dispositif électoral, incapable d’attester autre chose qu’une victoire par convention arithmétique, est un inconvénient sérieux à un moment où le citoyen enrage de ne pas être entendu par ses édiles. Il est dangereux de se servir de cette marge d’indétermination pour encourager le déni. Car les électeurs pourraient alors choisir d’autres moyens pour se faire entendre.

Orsay choisit un accident photographique

Par  - 18 March 2014 - 10 h 45 min [English]

Portraits de Baudelaire par Carjat, 1861. Portrait de M. Arnauldet, acquisition du musée d’Orsay.

Le musée d’Orsay vient d’acquérir, pour une somme que L’Express évalue à 50.000 Euros, non pas une photo, mais une hypothèse érudite, une belle histoire, un jeu photographique. L’histoire, c’est celle imaginée par Serge Plantureux, l’un des grands collectionneurs spécialiste de photographie ancienne, à propos d’une épreuve albuminée dénichée dans un album anonyme, acquis en 2013.

Dans le dos d’un “Mr Arnauldet” (sic), une silhouette s’incline au bord de la toile servant de fond au portrait. Le personnage est flou, mais son allure et son costume rappellent l’une des plus célèbres icônes de l’histoire littéraire: celle de Baudelaire réalisée par Carjat en 1861. Comme dans le cas d’une autre trouvaille récente, où l’on a voulu reconnaître Rimbaud, Plantureux enquête, multiplie les pistes, compare les blouses et les coiffures, et se convainc que cet exemple précoce de photobombing date du même jour que le fameux portrait du poète.
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Getty admet la conversation

Par  - 7 March 2014 - 11 h 56 min [English]

Pour publier mes travaux sans encombre, et parce qu’il n’existe pas d’exception de citation des images,  je suis devenu un expert du Code de la propriété intellectuelle. Peut-on attendre de tout usager du web un tel degré d’investissement dans les arcanes du droit? Alors que le gouvernement français a récemment désigné une mission pour ajouter une nouvelle exception de citation, destinée à codifier les œuvres dites “transformatives”, à l’interminable liste qui délimite l’espace du partage autorisé, Getty Images, plus grosse banque d’images au monde, vient de répondre à cette question par la négative.

En autorisant l’usage gratuit d’une partie de ses collections (35 millions d’images sur 150) dans un contexte non-marchand, l’agence consent à cesser de considérer l’usager à l’instar d’un acteur professionnel prêt à faire face aux subtilités du Code, et admet la spécificité des usages citationnels de la conversation documentée, placés hors droit d’auteur. «Images are the communication medium of today and imagery has become the world’s most spoken language», observe le PDG Jonathan Klein.

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