BHVP: ne réveillez pas une archive qui dort

Par  - 16 March 2010 - 20 h 52 min [English]

Vif émoi aujourd’hui parmi mes contacts Facebook, alarmés par un article du Monde. Le quotidien “de référence” sonne l’alerte: «Le manque de moyens met en péril les archives photos de France-Soir.» Diantre! Qu’arrive-t-il donc à cette auguste collection, astucieusement fourguée par ses propriétaires à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP) en 1986, à l’occasion d’un déménagement du journal?

«Depuis une quinzaine de jours, quelque 200 gros cartons de déménagement et 400 classeurs noirs, comprenant des photos, ont quitté les rayonnages pour être entassés les uns sur les autres, liés par des rubans adhésifs, dans un coin de la bibliothèque. La vision est sinistre. Et l’avenir du fonds incertain.» Le Monde dresse ensuite un portrait à tirer des larmes d’un patrimoine irremplaçable, qui comprendrait – c’est dire ! – la seule photo connue de la rafle du Vel’ d’Hiv.

Quel est exactement le “péril” qui mobilise le quotidien du soir? La conclusion de l’article n’éclaire guère sur ce danger imminent, et met dans la bouche d’Emmanuelle Toulet, nouvelle directrice de la BHVP, trois scénarios: Le premier est de trouver “une place correcte” pour ce fonds à la BHVP. Le deuxième est de l’envoyer “un temps” dans un entrepôt privé – un lieu, à Chartres, est à l’étude. Le troisième est de le confier à une autre institution publique.» Pas de quoi crier au feu. Le Monde exprime in fine sa crainte de voir le fonds France-Soir «promis à l’hibernation.»

Loin des métaphores quelque peu romanesques du Monde, Didier Rykner met les points sur les “i”. «La BHVP veut se débarrasser d’un fonds photographique», affirme sans tourner autour du pot La Tribune de l’art, qui dénonce un «nouveau scandale». «C’est ainsi que la totalité des archives photographiques de France-Soir (…), vient d’être entreposée sur place, avant de partir prochainement pour un dépôt où il pourra être oublié.»

Même analyse, mêmes informations, même anecdote de la photo du Vel’ d’Hiv dans les deux articles qui ont été mis en ligne le même jour – et ont visiblement bénéficié de sources convergentes. Lesquelles n’hésitent pas à s’exposer aux feux de la rampe. L’AFP annonce aujourd’hui que «le syndicat majoritaire des bibliothèques et musées parisiens, le Supap-FSU, emboîtant le pas à un article du journal Le Monde sur le sujet, accuse la bibliothèque historique de la ville de Paris (BHVP) de “laisse(r) à l’abandon” ces archives “pourtant d’une valeur historique considérable”.»

Contactées par mes soins, Emmanuelle Toulet et Carole Gascard, nouvelle responsable photo à la bibliothèque, démentent ces accusations. Depuis son dépôt il y a un quart de siècle, le fonds n’a fait l’objet que d’un inventaire thématique partiel, daté de 1990, concentré sur “Paris et ses environs”. 45.000 photos ont été reconditionnées, soit moins de 10% de l’ensemble. 190 cartons dorment dans un entrepôt extérieur depuis 1986 sans avoir suscité l’inquiétude du Monde ni des syndicats. D’autres cartons étaient dispersés ici et là dans l’institution, où l’on trouve un peu partout des photos sélectionnées pour les besoins ponctuels de recherches sauvages, en l’absence de tout contrôle d’un conservateur photo (fonction inexistante à la BHVP entre 2001 et 2008, jusqu’à la nomination de Carole Gascard).

C’est parce qu’Emmanuelle Toulet et Carole Gascard ont décidé il y a une quinzaine de jours de souffler la poussière sur le dossier France-Soir et de reprendre en main les destinées du fonds que les fameux cartons ont quitté les rayonnages, suscitant l’émoi dans les couloirs de l’institution. S’agit-il d’aller jeter ces cartons dans quelque obscure fosse par une nuit sans lune? Qu’on en juge: c’est en suivant les recommandations de Nathalie Doury, directrice de la Parisienne de photographie, société créée par la Ville de Paris et consacrée à la préservation et la valorisation de fonds photographiques patrimoniaux, qu’Emmanuelle Toulet a contacté une entreprise spécialisée dans la conservation de fonds photos, à Chartres (à laquelle La Parisienne confie elle-même une partie de ses archives), pour lui demander un devis. Au moment où j’écris, elle attend encore la réponse de l’entreprise.

C’est dire l’ampleur de la menace. Plus expérimenté que La Tribune de l’art, Le Monde ne s’est pas laissé allé à reproduire telles quelles les accusations précipitées, mais s’est prudemment borné à la peinture «sinistre» de quelques cartons «liés par des rubans adhésifs» – sachant que l’imagination des lecteurs ferait le reste. Quelques expressions suggestives, noyées dans un brouillard d’allusions, un peu de name dropping – Serge Klarsfeld et la mémoire du Vel’d’Hiv, ressuscitée par un film dont parlent toutes les gazettes. Voilà comment on construit un article du Monde, en sachant très bien qu’on n’a que du vent dans sa besace.

Foin des larmes de crocodile versées sur les trésors iconographiques nationaux pour mieux arroser le feu du scandale. Les institutions patrimoniales françaises vont mal, les départs ne sont pas remplacés, les budgets diminuent comme peau de chagrin. Dans ce contexte, il faut se réjouir qu’une équipe compétente ait enfin pris en main les richesses photographiques de la BHVP, trop longtemps négligées. Et comprendre qu’en effet, compte tenu des personnels et des moyens disponibles, il y a des priorités de gestion. Comme les fonds de pellicules nitrate, dont on sait l’imprévisible dégradation. Entièrement numérisées, en cours de catalogage, les collections René-Jacques et Thérèse Bonney sont désormais hors de danger. Le catalogage du fonds Marville, un des trésors de la bibliothèque, se poursuit activement. La mise en ligne de ces ressources est d’ores et déjà prévue. Il faut être le quotidien “de référence” pour ne pas considérer ces signes d’activité comme de bonnes nouvelles.

14 Responses to “ BHVP: ne réveillez pas une archive qui dort ”

  1. Bonjour,

    Il y a, dans cette affaire, manifestement deux sons de cloche différents. On espère que celui-ci est le vrai, mais on ne s’explique pas alors pourquoi lors de l’entretien que j’ai eu avec Emmanuelle Toulet, celle-ci ait cru bon de prétexter des “problèmes de droit” et des négociations en cours menées par le service juridique de la Ville de Paris pour justifier de la non communication du fonds. Sans que jamais on ait pu me citer les personnes ou les institutions avec qui ces négociations ont lieu, ni même le nom de la personne au sein du service juridique de la Ville de Paris qui s’en occuperait. De même, on m’a refusé de voir dans quel état était ce fonds, et comment il était conditionné. Pourquoi ces secrets lorsqu’on n’a rien à cacher ? la question vaut au moins d’être posée, surtout lorsque l’on rapproche cette affaire du “désherbage” pratiqué de manière assez contestable récemment, là encore dans la plus grande discrétion. Tout cela manque de transparence et il est légitime de s’en inquiéter.
    Sur le départ ou non du fonds, nous avons manifestement des sources divergentes. La voix officielle de la BHVP dit qu’il y a actuellement plusieurs hypothèses envisagées (et son départ est l’une d’entre elles). D’autres disent que le départ est déjà programmé.
    Ce qui est certain en tout cas, c’est que le fonds n’est plus communicable depuis plusieurs années et qu’il a effectivement été regroupé en vrac. Quant au nombre de photos inventoriées, l’avant-propos du tome 1 recensant les archives relatives à Paris indique, sous la plume de Bernard Billaud, qu'”à ce jour [a été mené à bien] l’inventaire des 200 000 premières images”.
    Il est exact par ailleurs qu’une partie du fonds, ne concernant pas Paris, “dorme dans un entrepôt extérieur depuis 1986” en attendant d’être inventorié, c’est-à-dire depuis qu’il a été récupéré dans les caves de France-Soir. Mais dans le cas qui nous occupe ici, il s’agit de photographies qui étaient conservées à la bibliothèque et consultables pendant plusieurs années. Les en faire partir pour Chartres, peut-être dans des conditions de conservation optimales, aurait surtout pour conséquence d’en interdire à peu près sûrement la consultation (qui ira les voir à Chartres ?). A l’heure où beaucoup s’inquiètent de la délocalisation des réserves des musées parisiens à Cergy-Pontoise, on n’imagine pas la BHVP déposer ses fonds dans un entrepôt à Chartres ni que ce dépôt favorise leur valorisation.

    J’ai personnellement la plus grande estime et de l’amitié pour André Gunthert. Je souhaite donc signaler ce texte à la suite de mon article en espérant simplement que dans ce cas précis des archives France-Soir il puisse avoir raison sur la volonté de la BHVP de les préserver et en souhaitant que leur externalisation ne soit pas menée à bien (les fonds parisiens doivent rester à Paris pour y être consultés par les chercheurs).

    Didier Rykner

  2. @Didier Rykner: L’externalisation des fonds complique certes leur consultation, mais ne l’empêche nullement: les archives déposées par La Parisienne à Chartres restent accessibles aux chercheurs. J’ai moi-même pu consulter les archives Sygma-Corbis conservées à Dreux par la société Locarchives dans d’excellentes conditions (chambres froides et compactus). Dicté par les contraintes de l’immobiliser parisien, le recours à ces sociétés spécialisées est une bonne solution pour la préservation des fonds. Je suis touché par la sollicitude manifestée envers les chercheurs, pour lesquels on a d’habitude moins de compassion – mais un billet de train ou un déplacement en voiture ne sont pas non plus des contraintes insurmontables, et font partie depuis longtemps du quotidien de la recherche.

    En revanche, les problèmes juridiques que tu évoques et l’incommunicabilité du fonds France-Soir à la BHVP ne sont pas des faits récents, mais là encore un legs de la période Derens. C’est l’ancien directeur de la BHVP qui a pris la décision en 2003, face aux réclamations de la direction de France-Soir de l’époque, et à la demande de la mairie de Paris, inquiète de l’insécurité juridique du fonds, de suspendre officiellement sa consultation. On ne sache pas que Le Monde ait alors fait part de sa préoccupation.

  3. @André Gunthert : pour un chercheur parisien, il est certes relativement facile d’aller à Chartres ou à Dreux voir des archives. C’est évidemment bien moins le cas pour des chercheurs venant d’ailleurs en France ou de l’étranger, qui n’ont souvent que quelques jours à passer à Paris pour leurs recherches dans plusieurs institutions, et pour lesquels un aller-retour à Chartres pour voir quelques clichés est une solution qu’ils ne peuvent souvent se permettre pour des raisons d’emploi du temps.
    Les réserves du Musée Carnavalet sont en partie externalisées, bien moins loin qu’à Chartres, et cela rend la vie des conservateurs très compliquée et bien souvent il devient impossible pour les historiens de l’art non parisien de voir les œuvres qu’ils veulent.
    Quant à l’incommunicabilité, s’il est vrai que le problème des droits n’a pas surgi tout d’un coup, elle était très relative et n’a pas été un des prétextes pour externaliser le fonds (pour lequel il n’est pas question dans un délai prévu de le communiquer à nouveau : on attend la fin des négociations, dont on ne sait avec qui, et par qui…)

  4. @Didier Rykner: Je n’ai jamais vu autant de chercheurs étrangers que dans les beaux locaux de l’IMEC à Caen. La BNF a externalisé nombre de ses réserves depuis belle lurette sans soulever les foudres de la presse. Et si Corbis, qui n’est pas exactement une entreprise dans le besoin, installe ses archives à Dreux, c’est qu’il y a peut-être de bonnes raisons. De quoi parlons-nous exactement? Les seules réserves froides (les seules qui permettent de conserver correctement les documents photographiques) à Paris intra-muros sont celles de la MEP. Si toutes les institutions muséales parisiennes pouvaient être dotées de ces dispositifs coûteux, ce serait évidemment le Pérou, mais une telle hypothèse ne peut être qualifiée de réaliste. Les arguments contre l’externalisation sont donc uniquement polémiques.

    Encore une fois, je suis ravi que le sort des chercheurs préoccupe à ce point les journalistes, mais pourquoi s’en inquiéter seulement aujourd’hui, alors que la situation décrite remonte à 2003 – et que les solutions envisagées sont la manifestation d’une mobilisation autour d’une archive jusque-là laissée en friche? Quoiqu’il en soit de ce mystère, à partir du moment où la direction de la BHVP dément l’accusation de délaisser le fonds, il ne reste plus du soi-disant “scandale” qu’un procès d’intention.

  5. Mais pourquoi donc ces archives intéresseraient uniquement les chercheurs ? Si elles étaient numérisées et disponibles sur Internet, elles intéresseraient sans aucun doute un plus large public et d’ailleurs une part du travail du chercheur en serait aussi facilité, non ?

  6. @Patrick Peccatte: Evidemment! Nous pouvons tous brûler des cierges en faveur d’une telle option, mais il n’est pas sûr que cela suffise. Comme l’ont révélé les négociations Google-BNF aux décideurs ébahis, la numérisation a un coût. Selon Nathalie Doury, celle d’un fonds comme France-soir reviendrait à quelque 10 millions d’euros… Je ne suis pas de ceux qui ont voté pour le gouvernement actuel, mais je doute que tant que les électeurs voudront qu’on réduise leurs impôts, on arrive rapidement aux objectifs que tu décris.

  7. @André: C’est bien pour cela que je ne suis pas hostile à Google “par principe”. Ce qui m’ennuie dans les débats actuels (pas seulement ici), c’est que la non-numérisation conforte objectivement la confiscation des archives par des professionnels du document et autres chercheurs au détriment de la notion de “bien public” (si cette idée a encore un sens).

  8. @André: Le coût que tu évoques inclut-il la préservation dans un lieu ‘adapté’ ?

    C’est évidemment une contrainte forte, mais qui peut-être plus ou moins réduite par un travail de séléction sur le fonds (qui ne signifie nullement un travail définitif), non ? Car si il est essentiel de préserver intégralement les archives, la numérisation issue d’un travail d’editing opportun et précis est une étape importante pour la diffusion et la connaissance de ces archives.

  9. @Sébastien: Tu es bien placé pour mesurer le coût humain et matériel de l’éditing d’une collection importante, que seule une grande entreprise privée pouvait assumer, pour un objectif commercial. Il est clair que nos institutions patrimoniales, à commencer par la BNF, ne disposent pas actuellement des moyens ni du personnel qui permettraient d’assurer un traitement équivalent. Quoiqu’il en soit, avant d’en arriver à l’éditing, il faut respecter les étapes. A la BHVP, compte tenu de l’état réel de l’archive, qui n’est tout simplement pas rangée, ils commencent par le commencement: identifier les problèmes, évaluer les solutions, trouver une solution correcte d’archivage. Sauf à nager en plein fantasme, je ne vois pas comment on peut leur reprocher de procéder de cette façon, ça n’a juste aucun bon sens.

  10. Pour ceux qui s’intéressent aux archives…

    J’ai été un des deux photographes du Conseil régional d’Ile-de-France pendant 7 ans sans contrat (“parce qu’on t’aime bien ici on marche à la confiance…”) avec un statut d’auteur. Quand la région a fini par externaliser la couverture de ses reportages, suite à des appels d’offres dont je n’avais pas été mis au courant, les commandes ont disparues du jour au lendemain sans explication.
    Après un long moment et par la force des choses, une reconversion professionnelle douloureuse, j’ai fini par réclamer, par lettre recommandée, la restitution des 7 années d’archives tout en laissant toute possibilité de négociation ouverte conscient qu’il s’agissait quand même d’archives institutionnelles.
    Pour obtenir une réponse, il a fallu que je fasse intervenir quelques relations, sinon j’attendrais encore…
    Bref, on a emballé dans deux cartons les CD d’images qui m’attendaient, à l’accueil, sur un chariot. Le tout est aujourd’hui dans ma cave entre la chaudière et la machine à laver…

    Que conclure de tout ça ? Je ne sais pas trop. Qu’il n’y a peu de mémoire dans le monde politique ou alors que j’ai occupé, à l’insu de mon plein gré, un emploi fictif pendant 7 ans au Conseil régional d’Ile-de-France…

  11. @André Gunthert
    Etant historien de l’art avant d’être journaliste, je ne peux évidemment accepter le reproche de ne me préoccuper du sort des chercheurs seulement aujourd’hui, alors que ces sujets sont abordés sans arrêt sur La Tribune de l’Art.
    Dire qu'”à partir du moment où la direction de la BHVP dément l’accusation de délaisser le fonds, il ne reste plus du soi-disant “scandale” qu’un procès d’intention.” me semble en tout cas davantage une réflexion de chercheur que de journaliste. Si je m’étais contenté à chaque fois des déclarations des responsables d’institutions, je serais un bien piètre journaliste. Une enquête ne se contente pas d’écouter la parole des responsables, qui bien souvent pratiquent au mieux la langue de bois.

    Et j’ai d’autant plus de raisons d’être prudent avec la BHVP que pour mon premier article consacré au “désherbage” :
    http://www.latribunedelart.com/les-revues-de-la-bibliotheque-historique-de-la-ville-de-paris-a-la-benne-article002128.html
    de nombreuses approximations (c’est un euphémisme) ont été proférées, comme d’affirmer que les autres bibliothèques spécialisées avaient été contactées pour récupérer les revues jetées. Si je m’étais contenté des déclarations de la directrice de la BHVP, je n’aurais pas appelé d’autres bibliothèques qui toutes tombaient des nues et n’avaient jamais été contactées.

    Quant au manque de moyens donnés par les autorités de tutelle, je ne suis pas le dernier à le regretter et à le dénoncer. La Ville de Paris, dans le cas précis de la BHVP dont elle se désintéresse depuis longtemps, est évidemment à blâmer.

  12. @Didier: je ne voulais pas dire que tu ne te préoccupes pas des chercheurs en général (c’est en effet chez toi un souci constant), mais je me demandais simplement, dans cette affaire, pourquoi s’en inquiéter maintenant alors que la situation dénoncée est ancienne?

    Mais au final, je suis content que tu reviennes sur cette histoire de benne: cela veut dire que les éléments d’information ci-dessus ont répondu à toutes les questions que tu te posais à propos du fonds France-Soir 😉

  13. @André : il y a malheureusement beaucoup de situations problématiques dans le monde des musées et du patrimoine, et il m’est évidemment impossible de tout traiter en une fois. Je ne connaissais pas l’état de la BHVP avant, tout simplement. Et même si je l’avais connu, je n’aurais peut-être tout simplement pas eu le temps de le traiter. J’ai actuellement quinze ou vingt sujets à écrire, certains ne sortiront pas avant plusieurs mois, peut-être plusieurs années, ce serait difficile de me le reprocher, sachant que je n’ai pas toute une rédaction derrière moi. Je gère l’urgence.
    Qu’il y ait eu d’ailleurs des problèmes dans cette bibliothèque avant l’arrivée de la nouvelle direction me semble évident. L’ancien directeur avait certainement de grandes qualités, mais apparemment certainement pas celle de l’organisation. En revanche, jamais n’était arrivé quelque chose comme ce que j’ai dénoncé dans mon premier article. Et si je reviens sur cette histoire de benne, c’est plutôt pour dire que ne pouvant faire confiance à la direction actuelle pour cette raison, je ne suis malheureusement pas convaincu par les éléments d’information donnés. En revanche, je suis sûr que ce débat, en soulignant le problème, permettra d’éviter le pire, qu’il ait été prévu à l’origine, ou pas…

  14. La Tribune de l’art a publié le 22 mars un droit de réponse d’Emmanuelle Toulet (http://www.latribunedelart.com/…), que je recopie ci-dessous.
    ——————————-
    Paris, 19 mars 2010

    Monsieur,

    Votre article “La BHVP veut se débarrasser d’un fonds photographique” comporte un certain nombre de renseignements erronés et d’accusations graves, aussi vous prierai-je de bien vouloir porter à la connaissance de vos lecteurs les informations suivantes :

    1°. Il n’est nullement dans les intentions de la Bibliothèque Historique de « se débarrasser » du fonds France-Soir, mais au contraire de se préoccuper de sa meilleure conservation, dans l’attente de son traitement exhaustif.

    2°. Menacé de destruction en 1986 lors du déménagement du journal, le fonds France soir a été accueilli à la BHVP mais aucun acte juridique formel n’a été fait à l’époque.

    3°. Le fonds n’a pas été récemment désorganisé, il a été regroupé afin d’évaluer l’espace nécessaire à son redéploiement dans des conditions de conservation correctes.

    4°. Le fonds France-Soir s’intègre dans l’ensemble plus vaste des collections photographiques de la Bibliothèque Historique, évaluées à plus d’un million de documents. Actuellement, le catalogue sur fiches consultable à l’accueil de la bibliothèque est en cours de réalisation. C’est un très vaste chantier de traitement tant intellectuel que matériel échelonné sur plusieurs années. Il comprend aussi bien le catalogage du fonds France-Soir que celui, par exemple, des photographies de Marville, témoignage irremplaçable des transformations de Paris au temps d’Haussmann, ou encore des 5000 photographies d’Atget, acquises au début du XXe siècle.

    5°. Le statut juridique complexe du fonds France-Soir (propriété et droits d’auteurs) est pour nous un facteur complémentaire déterminant pour la définition de nos priorités de travail. L’établissement ne peut communiquer ce fonds tant que les conditions préalables – pleine propriété, déploiement en magasin, catalogue à disposition des lecteurs, cotation, conditionnement adapté à la consultation – ne seront pas remplies.
    C’est dans ce cadre qu’est étudiée l’éventualité d’un archivage externalisé temporaire, qui assurerait à ce fonds des conditions de conservation meilleures que celles qu’offrent aujourd’hui les locaux de la bibliothèque, également en cours de réorganisation. Le départ de ce fonds reste une hypothèse de travail et le présenter comme une certitude est mensonger.

    6°. A l’opposé de la prétendue indifférence dont vous accusez la Ville de Paris, celle-ci a mis en place un dispositif institutionnel qui permet une coopération remarquable dans le traitement des fonds photographiques conservés dans les musées et les bibliothèques parisiens: l’Atelier de restauration et de conservation des photographies (ARCP), dont l’expertise est internationalement reconnue, prend en charge la restauration des photographies, le reconditionnement de certains supports fragiles, et procède très régulièrement aux analyses qui déterminent nos actions ; la société d’économie mixte Parisienne de photographie est chargée, dans le cadre d’une délégation de service public, de la numérisation des fonds photographiques, là encore selon des procédures de travail de très grande qualité, tandis qu’à l’agence Roger-Viollet incombe la commercialisation des images dont les droits sont disponibles. Près de 160 000 supports photographiques et iconographiques des collections de la Ville de Paris ont été numérisés dans ce cadre depuis 2006. La Bibliothèque Historique dispose donc du soutien efficace de ces trois partenaires. Cet enchaînement d’opérations trouve son aboutissement dans la mise en ligne de documents numérisés sur le site des bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris, engagée en 2008-2009 et appelée à s’accélérer.

    7°. Contrairement à ce que vous affirmez, la Bibliothèque Historique n’est pas “à la dérive, privée d’espaces et de moyens”. Au contraire, 2009 a été marquée par une augmentation de la fréquentation de la bibliothèque de 67% et du nombre des documents communiqués de 42%, résultats très encourageants des différentes mesures que nous avons prises. La BHVP dispose d’une salle de lecture de 94 places, ouverte à tous, d’une équipe de 42 personnes, dont 8 conservateurs, et de locaux magnifiques d’une superficie de 5 000 mètres carrés. Elle bénéficie donc d’atouts majeurs, dont elle a bien l’intention de tirer profit, et de collections également exceptionnelles, qu’elle a pour projet de cataloguer, de mieux conserver et de mettre en valeur. L’exposition Paris inondé 1910, qui se tient en ce moment à la Galerie des bibliothèques et a déjà été vue par plus de 40.000 visiteurs, permettant de découvrir des photographies inédites issues de nos collections, pour l’occasion cataloguées, restaurées, numérisées et mises en ligne, est représentative de notre démarche, confortée par le succès rencontré. Certes, ce défi nécessite des changements, une réorganisation interne, une définition de ses objectifs prioritaires, une réflexion sur sa politique et sa sélection documentaires, une attention nouvelle aux publics, la définition d’un projet culturel.

    Loin de toute polémique, ces projets sont pour nous, bibliothécaires «dignes de ce nom», des enjeux aussi stimulants qu’enthousiasmants!

    Emmanuelle Toulet
    Responsable de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris