L'autorité du photographique. Naissance de la Société française de photographie

Par  - 13 April 2012 - 13 h 34 min [English]

A l’occasion de l’inauguration du nouveau site web de la SFP, je republie ci-dessous l’article initialement paru dans le catalogue L’Utopie photographique (Le Point du jour, 2004).

Le 26 octobre 1905, la Société française de photographie fête pour la première fois l’anniversaire de sa fondation. Parmi les invités du banquet, Alphonse Davanne (1824-1912), ancien président de l’association, alors âgé de 81 ans, se plie au rite du discours commémoratif et rappelle les circonstances qui ont présidé à sa création. Selon le doyen, membre fondateur de la Société et membre de son conseil d’administration dès 1857, celle-ci a été conçue par deux hommes: le chimiste Victor Regnault (1810-1878) et Honoré d’Albert, duc de Luynes (1802-1867), avec pour objectif essentiel de rapprocher la photographie des industries d’impression graphique.

Personne ne songe à contredire ce témoin respecté, dont l’émotion et le grand âge excusent les approximations – comme celle de n’avoir pas relevé que le jubilé de l’association se déroule avec un certain retard: onze mois après l’anniversaire de la date de création officielle, le 15 novembre 1854. Mais la mémoire de Davanne est intacte, qui lui fait préciser que «la Société fut alors fondée réellement, car elle n’existait encore qu’à l’état embryonnaire 1) Discours d’Alphonse Davanne, “Célébration du cinquantenaire de la Société française de photographie”, Bulletin de la Société française de photographie, 2e série, vol. 21, n° 21, 1905, p. 474.». Il sait parfaitement pourquoi il a omis de citer le nom de son véritable initiateur.

La création des sociétés photographiques

La création des sociétés photographiques, au milieu du XIXe siècle, correspond à un tournant dans l’histoire du médium.  Elle favorise l’essor d’une dynamique de progrès technique indépendante d’un contexte de rentabilité industrielle et contribue à l’institutionnalisation de la photographie, progressivement admise parmi les pratiques culturelles revendiquées. Elle témoigne aussi d’une attente sociale précise. Pas plus la vapeur que l’électricité, autres technologies contemporaines, n’ont engendré de sociabilité vouée de façon désintéressée à leur développement. Dès cette époque, la maîtrise des grands secteurs technologiques échoit à l’industrie privée ou publique, seule à même de supporter les investissements nécessaires à leur déploiement.

Quelques domaines ont suscité un engouement collectif comparable à celui du champ photographique: celui de la radio-amateur, au début du XXe siècle, ou plus récemment celui de la programmation libre en informatique et sur internet. Ces exemples ont en commun de ne nécessiter qu’une mise de fonds modeste, compatible avec une pratique privée, mais se caractérisent aussi par un fort potentiel de développement et une grande attractivité, issue de la gamme d’applications qu’ils autorisent. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la situation de la pratique photographique est particulière: ce n’est pas l’industrie, faible et peu développée, mais bien les associations qui lui dictent l’essentiel de sa dynamique et de ses orientations 2) Ne nous leurrons pas: la faiblesse de l’industrie photographique de l’époque est pour l’essentiel la traduction de l’étroitesse du marché. Lorsque celui-ci sera devenu digne d’investissements plus importants, à partir du début du XXe siècle, la puissance industrielle aura vite fait de liquider l’influence des sociétés..

Par cet ensemble de caractères, la création des sociétés photographiques constitue un épisode des plus représentatifs dans la constitution des repères de l’histoire culturelle moderne. Hélas, ainsi que l’illustre le jubilé approximatif de la SFP, ces associations, animées du souci de rendre raison aux inventeurs et de préserver les traces de leurs travaux, souvent conscientes de contribuer à faire l’histoire, n’ont que rarement appliqué à leur propre destinée l’attention nécessaire à sa préservation.

Pour les plus anciennes, la Société héliographique, fondée à Paris en 1851, la Photographic Society, fondée à Londres en 1853, la Société française de photographie, fondée à Paris en 1854, ou encore la Société belge de photographie, fondée à Bruxelles en 1862, les archives conservées, quand elles existent, sont sans commune mesure avec l’activité déployée et se résument trop souvent aux comptes rendus publiés par leurs organes respectifs. Ces documents sont précieux, mais ne donnent qu’une image nécessairement simplifiée de l’action collective. Il n’est donc pas facile de reconstituer l’histoire de ces institutions qui se donnent pour le miroir de l’activité d’un champ – à plus forte raison quand leurs acteurs eux-mêmes en dissimulent volontairement les traces constitutives.

Dans la bouche de Davanne, les noms de Victor Regnault ou du duc de Luynes sont des souvenirs glorieux, conformes au prestige que la Société a désormais acquis. Placer le premier demi-siècle de l’association sous le signe de l’union programmée de la photographie et des industries graphiques relève pourtant d’un raccourci qui confine à l’artifice 3) Pour avoir une juste idée des relations du duc de Luynes et de la SFP, voir: Sylvie Aubenas, D’encre et de charbon. Le concours photographique du duc de Luynes, 1856-1867, Paris, BnF, 1994.. Sa création témoigne au contraire d’un accouchement problématique et d’une singulière absence: celle du choix d’un objectif clairement défini. Cette hésitation initiale fait naître la SFP sous la forme d’un pur cadre légal, un réceptacle dont l’organisation rigoureuse est la seule marque distinctive. De ce formalisme qui sera la chance de l’institution, l’auteur s’appelle Eugène Durieu (1800-1874): un acteur bien connu de la période primitive, premier président de l’association, que son successeur a choisi d’effacer de l’histoire.

Pourquoi créer une société photographique? À Paris en 1854, l’équation s’est considérablement modifiée depuis la formation inaugurale de la Société héliographique, en 1851. Fondée par un groupe de militants de la photographie sur papier, à l’époque du règne sans partage du daguerréotype, celle-ci avait tenté sans succès de fusionner les modèles contradictoires de la société savante et du cercle d’amis et s’était éteinte au bout de quelques mois, incapable de surmonter le conflit ouvert entre deux orientations opposées au sein de ses instances directoriales 4) Cf. André Gunthert, “L’institution du photographique. Le roman de la Société héliographique“, Études photographiques, n° 12, novembre 2002, p. 37-63.. Mais elle s’était dotée d’un organe puissant qui lui survivra, La Lumière, premier périodique exclusivement consacré à la photographie, passionnant feuilleton où les réclamations de priorité ripostent aux réflexions esthétiques, les mises au point historiques aux découvertes procédurales, sur un ton vif et volontiers polémique 5) Pour une bonne analyse du style du périodique, voir: Emmanuel Hermange,  “La Lumière et l’invention de la critique photographique, 1851-1860“, ibid., n° 1, novembre 1996, p. 89-108. L’écho de ces prises de position tranchées, expression d’une activité de lobbying avant la lettre, laisse une marque profonde et contrastée dans les milieux photographiques.

Compte tenu de l’anglophobie avérée d’une partie des membres de l’association, un de ses contrecoups paradoxaux est d’encourager un groupe rassemblant les meilleurs amateurs anglais, conduits par Roger Fenton (1819-1869), à se lancer à leur tour dans l’aventure collective. Leurs démarches aboutissent le 20 janvier 1853 à la création de la Photographic Society, qui s’appuie sur l’essor récent du procédé au collodion humide, œuvre de l’un de ses principaux animateurs, Frederick Scott Archer (1813-1857), pour contourner la contrainte des brevets pesant sur le calotype. Inspirée du modèle de la Geographical Society, l’association londonienne se conçoit comme une instance d’encouragement et une autorité de régulation, dotée des outils institutionnels et éditoriaux typiques d’une société savante, vouée à l’examen du sérieux des revendications expérimentales et à l’arbitrage des querelles de priorité.

Inaugurée par une exposition de photographies, pilotée par le président de la Royal Academy, Sir Charles Eastlake, animée par un quarteron de spécialistes hors pair, en particulier Robert Hunt, William Newton, Fenton et Archer, la société ne tarde pas à s’attirer le patronage honorifique de la reine Victoria et du prince Albert 6) L’association n’obtiendra le titre officiel de Royal Photographic Society qu’en 1894 (sur l’histoire de cette institution, voir notamment: Pierre Bonhomme, Pam Roberts et al., Souveraine Angleterre. L’âge d’or de la photographie britannique à travers les collections de la Royal Photographic Society. 1839-1917, Paris, mission du Patrimoine photographique, 1996).. Dès la fin de l’année 1853, elle compte 370 membres, soit plus du triple du nombre atteint par la Société héliographique à son zénith, et son organe enregistre un tirage de 4000 exemplaires.

Au pays qui se décrit comme celui de l’invention de la photographie, l’échec de la première tentative institutionnelle comme le succès de sa rivale anglaise donnent à réfléchir. En l’espace de quelques mois, le rapport de forces des deux côtés de la Manche s’est radicalement inversé, ce que ne manque pas de noter avec malice un rédacteur anonyme du Journal of The Photographic Society: «Nous voyons auprès de nos contemporains parisiens que les photographes français, dont les progrès ont longtemps été observés ici avec attention, se sont brusquement éveillés à l’importance de nos activités. Les séances de notre Société font l’objet de comptes rendus réguliers dans La Lumière et un correspondant à Londres tient les abonnés du journal au courant de tout ce qui passe pour intéressant parmi nos photographes 7) «We see from our parisian contemporaries that the French photographers, whose progress has long been closely watched here, have become suddenly awakened to the importance of what we are doing. The proceedings of our Society are regularly reported in La Lumière, and a correspondent in London keeps the subscribers of that Journal ‘au courant’ to all that passes of interest among our photographers», anon., “Photographic Gossip”, The Journal of The Photographic Society, n° 6, 21 juin 1853, p. 80 (je traduis).

Préparatifs

Contrairement à ce qu’une historiographie paresseuse a trop souvent répété, la création de la Société française de photographie ne s’inscrit nullement dans la continuité de la Société héliographique, mais s’inspire délibérément du modèle qui a fait le succès de la Photographic Society. C’est notamment sa devancière britannique qui l’oblige à opter, contrairement à l’appellation universelle des deux premières associations, pour une dénomination à trois termes où intervient la spécification nationale. Ce choix que le temps a banalisé ne s’est pas fait sans difficultés, car il signifiait clairement pour les acteurs de l’époque la perte d’une forme de prééminence 8) Une première mouture du projet de ce qui deviendra la SFP, à l’été 1854, avait d’abord retenu le nom de «Société photographique européenne» (voir ci-dessous)..

Le Bulletin de l’association française, enjeu majeur de sa création, est une imitation, dans son format, sa structure éditoriale, sa périodicité et jusqu’à son index annuel, de l’organe de l’institution londonienne – lui-même calqué sur le prototype du Journal of The Geographical Society 9) On notera pour l’anecdote que le format de la revue Études photographiques, éditée par la SFP, ayant été déterminé à partir de celui du Bulletin historique, cet organe porte aujourd’hui encore l’empreinte de son lointain prédécesseur.. L’influence du modèle anglais est à ce point marquée dans le processus de création de la SFP qu’elle ne tardera pas à occasionner un débat houleux sur ses objectifs, suivie de la démission de quelques-uns de ses membres fondateurs puis d’une violente polémique avec La Lumière. Parmi les photographes français, tous ne souhaitent pas donner à leur assemblée les contours d’une société savante. Le principal avocat de ce modèle est alors Eugène Durieu.

Ce dernier n’était pas à l’origine du projet qui réunit, le 23 août 1854, une trentaine de photographes chez Léon Tripier, place Vintimille, en vue de la création d’une association. À l’initiative probable de Félix Pigeory, directeur de la Revue des Beaux-Arts, se sont rassemblés plusieurs ex-membres de la Société héliographique, notamment les photographes Hippolyte Bayard (1801-1887), Gustave Le Gray (1820-1884), Auguste Mestral (1812-1884), Charles Nègre (1820-1880), l’opticien Charles Chevalier (1804-1859), les industriels Benjamin et Edouard Delessert, le négociant Alphonse Fortier (1825-1882), rejoints par quelques amateurs éclairés, tels le conseiller à la cour de cassation Jean-Baptiste Bayle-Mouillard (1800-1880), le baron Adolphe Humbert de Molard (1800-1874), le notaire en retraite Paul Mailand (1800-1872), Paul Périer (1812-1874) ou encore, parmi les derniers arrivés, Durieu, accompagné de son ami John B. Greene (1832-1856).

Le souhait consigné par le compte rendu de cette réunion évoque la fondation d’une «Société photographique européenne» limitée à cent membres, dont l’organisation doit être «très simple», et qui se donne pour objet «l’encouragement de l’art photographique par l’acquisition d’œuvres sortant des ateliers d’artistes vivants, par un concours et une exposition annuels, par une correspondance active, par une publicité sérieuse et intéressante 10) Lettre-programme à en-tête de la Société photographique européenne, s. d. [23 août 1854], archives de la SFP.».

Ce projet volontairement modeste représente la combinaison de deux courants distincts, dont les champions se dévoileront peu à peu: l’un voué à une promotion désintéressée de l’art photographique, l’autre à un soutien plus concret de la diffusion des productions des amateurs, à travers une forme d’agence ou de comptoir. Pour le mettre en œuvre, les membres de la réunion confient à un groupe restreint piloté par Durieu la tâche de rédiger les statuts et se donnent rendez-vous après les vacances. La séance suivante, le 15 novembre 1854, sera celle retenue par le Bulletin en avril 1855 pour désigner l’assemblée fondatrice de la SFP.

C’est aller un peu vite en besogne. De cette réunion, qui concerne peu ou prou les mêmes participants qu’en août, il n’existe pas de procès-verbal. Seul le compte rendu sommaire présenté trois jours plus tard par Durieu au comité d’installation fraîchement nommé nous informe que l’assemblée a adopté les statuts et procédé à l’élection dudit comité, composé d’Olympe Aguado, Félix Avril, Hippolyte Bayard, Jean-Baptiste Bayle-Mouillard, Jules Clément, Benjamin Delessert, Eugène Durieu, Adolphe Humbert de Molard, Léon de Laborde, Gustave Le Gray, Paul Mailand, Paul Périer, Félix Pigeory, Léon Tripier et Joseph Vigier. Les conditions formelles de la création d’une entité collective ayant été réunies en principe, l’on comprend que Durieu se hâte de considérer comme acquise la fondation de la Société française de photographie. Rien n’est moins sûr: le président nouvellement désigné d’une association encore fantomatique a tout simplement confisqué par voie légale le processus initié par le groupe du 23 août.

Quoi de plus normal que de confier la rédaction des statuts à cet ancien haut fonctionnaire, entré au ministère de l’Intérieur en 1840 comme chef de la section administrative des communes et des établissements de bienfaisance, nommé en 1848 directeur général de l’administration des cultes (fonction dont il démissionne en 1850), également éditeur du Mémorial des percepteurs et des receveurs des communes, hospices, bureaux de bienfaisance et autres établissements publics, périodique annuel qu’il a fondé en 1824 et qui témoigne de sa parfaite connaissance des rouages administratifs, juridiques et fiscaux? Mais Durieu est aussi un autodidacte ambitieux, friand de mondanités, qui aime à discuter chimie avec une sommité de l’Institut tout autant qu’à s’étourdir en compagnie de jeunes actrices dans les cercles du théâtre de boulevard. Amateur éclairé ayant pratiqué le daguerréotype et la photographie sur papier dès la fin des années 1840, il avait compté parmi les membres fondateurs de l’éphémère Société héliographique, où il avait pu déjà donner la mesure de ses talents d’animateur.

De sa virtuosité juridique, il dévoile l’étendue en livrant le 15 novembre aux assistants abasourdis une patiente construction en 57 articles qui substitue au projet de Société photographique européenne celui d’une pure société savante, ou mieux encore: d’un institut d’experts. Composée de cent titulaires, de deux cent correspondants et d’un nombre illimité d’associés amateurs, tous élus au scrutin secret, cette structure pyramidale se donne pour principal objet l’examen des procédés au cours de réunions mensuelles.

Il ne s’agit pas encore de la Société française de photographie. Car au-delà de la rédaction des statuts à laquelle il a apporté tous ses soins, l’impréparation de Durieu est totale. Plus d’un mois après la prétendue assemblée fondatrice, l’association n’a encore ni local, ni budget, ni organe, ni conseil d’administration régulièrement élu, ni statuts correctement adoptés – encore moins de séances, de travaux ou de programme. À ce moment, le comité qui se réunit sous la férule de Durieu, à un rythme hebdomadaire, pour faire face à tous ces défis, est la seule manifestation concrète d’une activité tout entière consacrée à faire sortir l’association des limbes.

Mais le temps est loin où la fortune et l’entregent du baron Benito de Montfort (?-1871) apportaient sans efforts à la jeune Société héliographique ses salons, sa publication et ses protections mondaines. Dépourvu de toutes ressources, le comité prend le 9 décembre sa première vraie décision: celle d’engager un secrétaire, Martin Laulerie, appointé grâce à un emprunt auprès des membres volontaires. Ce recrutement fait effectivement avancer les choses. Un local est loué dès le 27 décembre au 11, rue Drouot, et communication est transmise aux membres de s’y réunir en assemblée générale le 25 janvier 1855 pour procéder à l’élection régulière du président, du bureau et du conseil d’administration de l’association. Las, à la date prévue, le comité d’installation a été incapable de réunir les conditions nécessaires à l’élaboration des diverses propositions électorales: il faut reporter les différents scrutins aux réunions des 16 février (élection du conseil d’administration), 21 février (élection du  bureau, composé de Durieu, président, Périer, vice-président, Mailand, secrétaire et Le Gray, secrétaire adjoint) et 16 mars (ratification de l’élection de Victor Regnault au titre de président de la Société).

Avec un art consommé du camouflage, les premiers fascicules du Bulletin qui paraîtront avec retard à partir du mois d’avril, datés de janvier, février et mars, réorganisent une chronologie fictive et un déroulement logique dans le chaos du premier trimestre. Le numéro inaugural s’ouvre sur une déclaration liminaire de Durieu consacrée à l’explication du rôle de la publication, prétendument datée du 1er janvier 1855, alors qu’elle est cosignée par les membres d’un conseil qui ne sera élu que le 16 février, d’un bureau qui ne sera désigné que le 21, et d’un secrétaire de rédaction nommé le 3 mars. Il se poursuit par l’énoncé du règlement de l’association, intitulé: “Statuts de la Société française de photographie, fondée le 15 novembre 1854”, alors que la version présentée est celle, revue et corrigée, communiquée aux sociétaires le 2 mars. Suit la liste des «premiers membres fondateurs», au nombre de 92. Cette nomenclature décrit-elle l’état de l’association au jour du 15 novembre, ainsi que le laisse à penser l’agencement du numéro? Pas le moins du monde, car une liste de signataires postérieure à cette date, conservée dans les archives de la Société, ne comprend que 38 émargements. Le relevé des «fondateurs» correspond en réalité à l’état des adhésions au moment du bouclage des premiers numéros du Bulletin, à la mi-mars 1855.

Avant d’atteindre cette étape, il a fallu livrer bataille pour décider du contrôle des publications de l’association. Dès le mois d’août 1854, Félix Pigeory avait suggéré d’offrir l’hospitalité des colonnes de la Revue des Beaux-Arts aux débats du collectif. Les velléités de sociabilité attisent visiblement les convoitises puisque, lors des premières réunions du comité d’installation, tous les périodiques spécialisés français, Cosmos, La Lumière et Le Propagateur, font l’un après l’autre état de propositions semblables. Pigeory revient à la charge avec un nouveau projet de publication indépendante, in-octavo bi-hebdomadaire de 16 pages sur deux colonnes intitulée Annales de la Société française de photographie, dont il propose d’assurer tous les frais en contrepartie d’un abonnement de 8 francs par adhésion. Ce projet est accepté à l’unanimité du comité dans sa séance du 9 décembre.

Mais une semaine plus tard, les désaccords accumulés sur les orientations de l’association éclatent au grand jour. Aguado, Delessert et Vigier, partisans du courant “industriel”, définitivement écarté, démissionnent avec fracas de leurs fonctions d’administrateurs. Périer, principal tenant de la ligne “artistique”, en profite pour défendre l’organisation de salons et d’une exposition. Alors qu’Avril et Pigeory s’éloignent à leur tour, Durieu doit admettre de composer. Les propositions de Périer sont adoptées le 10 janvier, tandis que le projet de publication est repris à zéro.

Conflit d’autorités

Mais le 9 février, c’est au domicile d’Ernest Lacan, rédacteur en chef de La Lumière, qu’est organisée la présentation des travaux de trente-cinq photographes, en présence du tout-Paris des Salons. L’hebdomadaire phare du monde de la photographie, qui n’a pas plus fait état de la création que de l’existence d’une nouvelle association, consacre l’intégralité de sa première page au compte rendu de cette réunion prestigieuse et se fait un malin plaisir de mettre en avant les noms de Benjamin Delessert, Olympe Aguado, Baldus, Le Gray ou Bayard.

Il ne s’agit encore que d’une contre-attaque polie. Le 28 avril, quelques jours après la parution des premiers numéros du Bulletin, La Lumière publie la lettre anonyme d’un «amateur de Lons-le-Saulnier»: une attaque en règle contre la jeune SFP, dont c’est la première mention dans les colonnes du périodique. Contrairement à ses attentes, explique le mystérieux rédacteur, celles de la création d’une «société purement industrielle et commerciale, destinée à protéger le commerce et l’industrie des photographes», quelle n’a pas été sa déception de constater la formation d’un «club  principalement occupé à s’auto-congratuler: «Je vois qu’ils s’adressent réciproquement des compliments très-flatteurs, qu’ils s’appellent les Christophe Colomb d’une nouvelle Amérique, qu’ils se jettent au visage l’encens le plus embaumé, mais je ne vois aucun résultat pratique sortir de leurs réunions 11) Anon. [Édouard Delessert], “Correspondance”, La Lumière, 2e série, n° 17, 28 avril 1855, p. 68.

«Le côté mercantile est d’un intérêt secondaire» riposte sans tarder Durieu dans une missive qui s’en prend à Lacan pour avoir «accueilli cette diatribe contre une Société dont [il avait] si vivement témoigné le désir de [se] rendre l’organe». «Au lieu de l’attaquer, poursuit-il, d’abord par votre silence calculé, ensuite par l’insertion de cette triste lettre, vous auriez dû faire connaître à vos abonnés sa constitution si libérale, assister à ses réunions pour en connaître le véritable esprit et surtout n’en parler qu’avec déférence. Vous le deviez à son illustre président, M. Regnault, qui dirige nos discussions, et dont la bienveillance relève encore l’autorité; vous le deviez à ses collègues de l’Institut, qui veulent bien aussi prendre part à nos travaux, MM. Pouillet, Pelouze, Séguier, etc. 12) Eugène Durieu, “Correspondance”, ibid., n° 19, 12 mai 1855, p. 74.» Trop heureux de croiser le fer, Lacan tombe le masque, révèle l’identité de «l’amateur de Lons-le-Saulnier», qui n’est autre qu’Édouard Delessert, et réplique à son tour avec une cruauté raffinée, tout en justifiant le bien-fondé d’une meilleure rémunération des photographes amateurs. L’affaire finira par un procès intenté par la SFP à l’encontre de l’hebdomadaire.

Singulier théâtre pour une naissance! Loin du long fleuve tranquille que dessinent les histoires traditionnelles de la photographie en décrivant les débuts de l’association, la violence de l’échange et les nerfs à vif des acteurs révèlent les enjeux profonds de l’acte fondateur: non seulement un conflit entre différentes façons de comprendre, de pratiquer ou de défendre la photographie, mais plus fondamentalement encore un conflit d’autorité. Outre les accusations à peine voilées qu’avait formulé Durieu contre « l’esprit de parti» et les dérives éditoriales de La Lumière dans l’article liminaire du Bulletin, quoi d’étonnant à ce que l’aîné des organes consacrés au médium s’offusque de voir sa prééminence discutée?

Qui a autorité pour parler au nom de la photographie, s’exclame Lacan? «M. Durieu nous permettra de lui faire remarquer qu’il le prend avec La Lumière sur un ton un peu haut, ironise-t-il. Son ardeur présidentielle l’a sans doute entraîné plus loin qu’il ne le voulait, car il aurait compris autrement qu’il sied mal au président d’une société à peine fondée, et dont l’existence n’est rien moins qu’assurée, de donner des conseils à un journal qui existe depuis cinq ans, et qui a la satisfaction d’avoir rendu quelques services 13) Ernest Lacan, “Correspondance”, ibid.

L’autorité du photographique

Les difficultés d’installation de la SFP, dont Lacan n’ignorait rien, lui donnent apparemment raison. C’est pourtant tout le sens du pari de Durieu que d’avoir imaginé la possibilité d’une autorité initiale, d’avoir pensé une institution fondatrice d’autorité. Par quels moyens? «Notre Société, notera Davanne avec fierté en 1905, choisit ses présidents parmi les premiers savants de France, tous membres de l’Institut 14) Discours d’Alphonse Davanne, loc. cit..» La SFP n’est pas la première institution photographique à accueillir des scientifiques en son sein: elle est la première à avoir érigé cette présence en stratégie.

Les présidents d’honneur de la Société héliographique comme de la Photographic Society étaient des peintres de haut rang académique. Le programme fondamental de la première association était la promotion de la photographie sur papier et la reconnaissance d’une dignité culturelle de sa pratique; celui de la seconde, l’extension de la pratique amateur dans un cadre bridé par les brevets commerciaux et la mise en place d’une instance d’expertise de référence. Dans les deux cas, la caution scientifique ne jouait qu’un rôle marginal. À l’inverse, le projet de Durieu, qui ne repose pas sur la défense d’une cause photographique, mais se conçoit comme la mise en place d’une forme ouverte à tous les contenus possibles, s’appuie explicitement sur le parrainage des sciences comme un moyen de produire un transfert d’autorité.

La revendication de l’association ne relève cependant pas que de l’emprunt: la mise en place de statuts et de fonctionnements indiscutables est l’autre moyen mis en œuvre pour assurer sa crédibilité. Malgré les hésitations et les crises de la période initiale, ce pari va s’imposer irrésistiblement. C’est le formalisme institué par Durieu, la nécessité inscrite dans ses tables de la loi de procéder par ordre, désignation de commission, rapport, scrutin, adoption et règlement pour chaque acte de la Société qui l’oblige, lui le premier, à voir évoluer son propre projet, à composer avec les autres tendances, puis à les intégrer progressivement, sous forme réglée, au registre de la collectivité.

Cette économie s’illustre tout particulièrement dans les relations entretenues par le président Durieu avec le vice-président Périer. Initialement situés sur des positions antagonistes, les deux hommes vont apprendre à faire cause commune. Les propositions d’exposition de Périer, absentes du programme de Durieu, seront par exemple amendées pour comporter une partie historique et scientifique. Elles constitueront en retour une des plus sûres ressources financières de la Société, lui assurant rapidement un train de vie confortable et permettant de dégager des fonds consacrés à l’organisation des concours d’appareils et de procédés.

Parfaitement illustré par la courtoise polémique sur la retouche 15) Cf. André Rouillé, “Pour ou contre la retouche”, La Photographie en France. Textes et controverses: une anthologie, 1816-1871, Paris, Macula, 1989, p. 272-273., la marche du tandem Durieu-Périer incarne le fonctionnement de la nouvelle association. Respecter les formes: cet impératif qui devient progressivement celui de tous n’est rien d’autre que l’indispensable condition de possibilité, si nécessaire à l’endroit de la divulgation des travaux les plus personnels, d’un échange collectif fructueux et confiant – l’ingrédient de la métamorphose des intérêts personnels en une dynamique commune.

Dans ce programme, Durieu sera efficacement secondé par Victor Regnault, appelé par ses soins à la présidence d’honneur de la Société. L’un des plus brillants savants français, spécialiste d’optique et de chimie, professeur de physique au Collège de France, directeur de la manufacture de Sèvres, est également l’un des plus anciens experts des procédés sur papier, et homme d’institution.

Recommandé par Jules Pelouze, l’autre cheville ouvrière sur laquelle s’appuie Durieu est le jeune chimiste Aimé Girard (1830-1898), recruté le 3 mars 1855 au titre de secrétaire de rédaction du Bulletin. Principal rédacteur des comptes rendus des séances, petits chef-d’œuvre de diplomatie et de précision qui s’inscrivent dans le droit fil de la philosophie de l’association, il est aussi traducteur de l’anglais. Auteur d’une immense contribution au cours des seize années de son mandat, c’est grâce à lui que le Bulletin, continuellement enrichi des extraits des revues anglo-saxonnes, remplit avec régularité ses 28 pages mensuelles, fût-ce en l’absence de séances ou de communications propres, et gagne ses galons de publication internationale en informant des principaux progrès étrangers, avec une constance et une clairvoyance dont aucune publication française n’avait jusqu’alors pu se targuer.

Hélas, le bel équilibre du trio Durieu-Périer-Régnault qui a si puissamment contribué à installer le style et les fonctionnements de la Société ne tarde pas à se rompre, de la façon la plus imprévisible. Frappé par une commotion cérébrale en août 1856 au cours d’un accident de laboratoire, Victor Regnault se remet lentement, et restera diminué 16) «Un changement était survenu dans l’équilibre de ses facultés. Il n’était pas toujours maître de sa parole; il semblait avoir perdu le don de conclure», Jean-Baptiste Dumas, Éloge de Victor Regnault, Paris, Dunod, 1881, p. 28..

Mais le pire est encore à venir. En novembre 1857, Durieu s’absente brusquement des réunions de l’association. Toujours prompt à évoquer l’impératif moral en matière institutionnelle ou artistique, l’ancien haut fonctionnaire a été moins scrupuleux dans sa vie personnelle. Accusé de faux en écriture, il est en fuite, abandonnant sa femme et son fils, acculés à la ruine 17) Je remercie vivement Jean-Marie Voignier de m’avoir communiqué ces indications inédites.. L’ampleur du scandale peut se mesurer au silence qui accompagne la disparition du fondateur de l’association. Pas la moindre explication ne sera fournie, pas plus dans le Bulletin que dans les procès-verbaux du conseil d’administration, de ce vide soudain. Remplacé à son fauteuil par le chimiste Antoine Jérôme Balard (1802-1876), qui restera un président discret, Durieu est purement et simplement effacé de la mémoire de la Société et ne réapparaîtra plus jamais dans ses annales. Pour les administrateurs de la SFP, une seule issue: poursuivre la route en serrant les dents, comme si de rien n’était.

La suite est, au choix, une cuisante leçon de modestie ou bien l’expression de la plus complète réussite du projet durieusien. Sans le moindre soubresaut, sans le moindre écart, la machine de la SFP absorbe l’obstacle dans la régularité de sa routine obstinée. Sous le regard bienveillant de Regnault, un nouveau trio composé d’Auguste Bertsch (1813-1870), Aimé Girard et Alphonse Davanne prend progressivement la relève dans l’animation des travaux de la Société. Longtemps écartés de la curiosité historiographique, ces trois acteurs décisifs de la photographie française des années 1860-1870 restent largement méconnus. Spécialiste de photomicrographie, Bertsch est pourtant un visionnaire d’une rare puissance, doublé d’un technicien hors pair 18) Sur Bertsch, on consultera avec profit l’article de Carole Troufléau, “La légende d’Auguste Bertsch. Infortunes de la photomicrographie“, Études photographiques, n° 11, mai 2002, p. 92-111..

Plus encore que les travaux articulés autour du concours du duc de Luynes, la question de l’agrandissement est celle qui oriente les recherches de l’association dans la période qui suit celle de l’installation. Malheureusement voué à l’échec en raison des contraintes techniques de l’époque, ce programme, énoncé par Bertsch dès 1860, porte en germe une conception totalement nouvelle de la photographie, celle des petits formats, des appareils portatifs automatiques à vocation universelle, qui préfigure ce que sera la pratique des années 1920 19) Voir notamment Auguste Bertsch, “Procès-verbal de la séance du 20 juillet 1860”, Bulletin de la Société française de photographie,  1e série, vol. 6, n° 8, août 1860, p. 204-208..

Outre ces travaux, les séances mensuelles, qui accueillent de nombreux photographes étrangers et dévoilent des images venues des contrées les plus lointaines, bruissent de la studieuse préparation des concours français et internationaux. Secondé par Laulerie, Périer poursuit le pilotage des expositions de la SFP, associées à partir de 1859 aux Salons des beaux-arts 20) Cf. Paul-Louis Roubert, “1859. Exposer la photographie“, Études photographiques, n° 8, novembre 2000, p. 4-21., et leur adjoint des loteries qui alimentent les finances florissantes de l’association. Le bon accueil fait à ces manifestations témoigne de l’émergence précoce d’un véritable marché de la photographie.

Au rythme régulier d’une trentaine de nouvelles adhésions par an, l’association passe de 165 membres en 1855 à 272 en 1864. Édouard Delessert rejoint la Société en 1859 et Lacan lui-même admet de participer parfois à ses séances. Lorsque Davanne prendra le contrôle de l’institution, par son élection à la vice-présidence du conseil d’administration en 1866, il continuera à appliquer avec succès les méthodes de Durieu, appelant successivement Jules Janssen puis Étienne-Jules Marey à la présidence d’honneur. Mieux qu’aucun autre, il se fera l’avocat passionné de l’autorité du photographique 21)Cf. André Gunthert, “La rétine du savant. La fonction heuristique de la photographie“, ibid., n° 7, mai 2000, p. 28-48.. La SFP est sur ses rails. Pour longtemps.

Notes   [ + ]

1. Discours d’Alphonse Davanne, “Célébration du cinquantenaire de la Société française de photographie”, Bulletin de la Société française de photographie, 2e série, vol. 21, n° 21, 1905, p. 474.
2. Ne nous leurrons pas: la faiblesse de l’industrie photographique de l’époque est pour l’essentiel la traduction de l’étroitesse du marché. Lorsque celui-ci sera devenu digne d’investissements plus importants, à partir du début du XXe siècle, la puissance industrielle aura vite fait de liquider l’influence des sociétés.
3. Pour avoir une juste idée des relations du duc de Luynes et de la SFP, voir: Sylvie Aubenas, D’encre et de charbon. Le concours photographique du duc de Luynes, 1856-1867, Paris, BnF, 1994.
4. Cf. André Gunthert, “L’institution du photographique. Le roman de la Société héliographique“, Études photographiques, n° 12, novembre 2002, p. 37-63.
5. Pour une bonne analyse du style du périodique, voir: Emmanuel Hermange,  “La Lumière et l’invention de la critique photographique, 1851-1860“, ibid., n° 1, novembre 1996, p. 89-108.
6. L’association n’obtiendra le titre officiel de Royal Photographic Society qu’en 1894 (sur l’histoire de cette institution, voir notamment: Pierre Bonhomme, Pam Roberts et al., Souveraine Angleterre. L’âge d’or de la photographie britannique à travers les collections de la Royal Photographic Society. 1839-1917, Paris, mission du Patrimoine photographique, 1996).
7. «We see from our parisian contemporaries that the French photographers, whose progress has long been closely watched here, have become suddenly awakened to the importance of what we are doing. The proceedings of our Society are regularly reported in La Lumière, and a correspondent in London keeps the subscribers of that Journal ‘au courant’ to all that passes of interest among our photographers», anon., “Photographic Gossip”, The Journal of The Photographic Society, n° 6, 21 juin 1853, p. 80 (je traduis).
8. Une première mouture du projet de ce qui deviendra la SFP, à l’été 1854, avait d’abord retenu le nom de «Société photographique européenne» (voir ci-dessous).
9. On notera pour l’anecdote que le format de la revue Études photographiques, éditée par la SFP, ayant été déterminé à partir de celui du Bulletin historique, cet organe porte aujourd’hui encore l’empreinte de son lointain prédécesseur.
10. Lettre-programme à en-tête de la Société photographique européenne, s. d. [23 août 1854], archives de la SFP.
11. Anon. [Édouard Delessert], “Correspondance”, La Lumière, 2e série, n° 17, 28 avril 1855, p. 68.
12. Eugène Durieu, “Correspondance”, ibid., n° 19, 12 mai 1855, p. 74.
13. Ernest Lacan, “Correspondance”, ibid.
14. Discours d’Alphonse Davanne, loc. cit.
15. Cf. André Rouillé, “Pour ou contre la retouche”, La Photographie en France. Textes et controverses: une anthologie, 1816-1871, Paris, Macula, 1989, p. 272-273.
16. «Un changement était survenu dans l’équilibre de ses facultés. Il n’était pas toujours maître de sa parole; il semblait avoir perdu le don de conclure», Jean-Baptiste Dumas, Éloge de Victor Regnault, Paris, Dunod, 1881, p. 28.
17. Je remercie vivement Jean-Marie Voignier de m’avoir communiqué ces indications inédites.
18. Sur Bertsch, on consultera avec profit l’article de Carole Troufléau, “La légende d’Auguste Bertsch. Infortunes de la photomicrographie“, Études photographiques, n° 11, mai 2002, p. 92-111.
19. Voir notamment Auguste Bertsch, “Procès-verbal de la séance du 20 juillet 1860”, Bulletin de la Société française de photographie,  1e série, vol. 6, n° 8, août 1860, p. 204-208.
20. Cf. Paul-Louis Roubert, “1859. Exposer la photographie“, Études photographiques, n° 8, novembre 2000, p. 4-21.
21. Cf. André Gunthert, “La rétine du savant. La fonction heuristique de la photographie“, ibid., n° 7, mai 2000, p. 28-48.

2 Responses to “ L'autorité du photographique. Naissance de la Société française de photographie ”

  1. Ce récit historique se lit comme un roman. 🙂
    Qu’en est-il exactement de ces “amateurs”?: “l’un voué à une promotion désintéressée de l’art photographique, l’autre à un soutien plus concret de la diffusion des productions des amateurs, à travers une forme d’agence ou de comptoir. ” Ce soutien plus concret signifie-t-il que ces amateurs rêvent de se professionnaliser en vendant leurs images au travers de la SFP (s’opposant de ce fait aux aristocrates et aux grands bourgeois pour qui la photo n’est qu’une occupation), ou c’est de la professionnalisation de la SFP au travers de la diffusion des oeuvres des amateurs dont il est question dans ce débat?

  2. @Thierry Dehesdin: Merci! Le paysage de la photo naissante est plein de contradictions. Le groupe des “industriels”, issu de la Société héliographique, rêve d’une photographie calée sur le modèle du marché de l’estampe, à la fois distincte du petit commerce des portraitistes et du hobby de luxe des amateurs. S’ils aspirent à professionnaliser leur activité photographique, il faut probablement considérer ce souhait comme un complément de revenu plutôt que comme un métier à part entière. Préfiguré par l’anglais Talbot, ce type de projet conduira à l’édition photographique, qui se développe avec la stéréophotographie à partir des années 1870, puis avec la carte postale à la toute fin du XIXe siècle.