"From here on", Arles rencontre la photo numérique

Par  - 8 July 2011 - 8 h 53 min [English]

La photo numérique enfin reconnue et valorisée par le principal festival de photographie, les Rencontres d’Arles? Pas si vite. La prise de position hier de Joan Fontcuberta, artiste reconnu et principal instigateur de l’exposition “From here on”, célébrant la «joie» de la «révolution numérique» dans le cadre du très officiel colloque des Rencontres, a été accueillie fraîchement par le public. Quelques heures plus tard s’ébranlait la manifestation de l’UPP en faveur du droit d’auteur, marche funèbre à travers les rues de la ville sous les pancartes “Fotolia m’a tuer” ou “Les images libres de droits entraînent une mort lente et douloureuse des photographes” (voir ci-contre). L’exposition amirale de la 42e édition suscite des commentaires interrogatifs ou sarcastiques. Au pays des cigales et de Lucien Clergue, rien n’a encore vraiment changé.

Pourtant, une étape symbolique a bel et bien été franchie. L’exposition “From here on” est la deuxième après celle de Lausanne en 2007 (“Tous photographes“) célébrant les pratiques numériques visuelles. Pour la première fois, du sein de l’institution, on entend une défense argumentée de la «révolution numérique», appuyée sur la réputation de commissaires qui comptent parmi les plus crédibles du monde de la photo: Clément Chéroux, Joan Fontcuberta, Erik Kessels, Martin Parr, Joachim Schmid. A la différence de “Tous photographes”, qui thématisait la photographie amateur et ses effets de flux, “From here on” isole des auteurs et les présente dans un dispositif qui leur confère la même légitimité que les autres expositions du festival. Le pari est clairement de démontrer que cette photographie issue du web peut être mise en balance avec les œuvres du monde IRL.

Ceux qui, comme moi, observent et apprécient depuis longtemps les productions en ligne, trouveront cette découverte bien tardive. Mais à voir les réactions suscitées par cette proposition, on se rend compte à quel point une part importante du monde photographique est loin de la réalité quotidienne des images. Il était donc réjouissant d’entendre Fontcuberta, sans aucun doute l’un des photographes les plus intelligents de sa génération, faire l’éloge de la «révolution numérique», soulignant combien les nouveaux repères des pratiques visuelles s’écartaient des bases sur lesquelles la culture technoscientifique du XIXe siècle avait élaboré la photographie – la vérité et la mémoire. Aujourd’hui, expliquait Fontcuberta, la majorité des photos sont faites par des ados, ce sont des photos qui sont jetées, effacées après usage, ce ne sont plus des images pour la longue durée, mais plutôt des photos comme geste, comme acte de communication. Ces images n’ont peut-être pas beaucoup de valeur individuellement, ajoutait-il, mais leur ensemble nous offre une vision sociologique inédite de notre société: toutes les pathologies, mais aussi toute la beauté, la liberté d’esprit de notre génération.

La provocation n’est pas absente du projet, et l’on comprend que Fontcuberta ne se soit pas fait que des amis en évoquant la disparition des dinosaures, fauchés par une météorite, face aux espèces qui se sont adaptées au changement. Faire le buzz est un vieux truc de la critique d’art, d’où la dimension de manifeste donnée à une exposition qui affiche dès l’entrée une déclaration d’intention tonitruante – mais qui constitue de fait la première prise de position institutionnelle en faveur de la photo numérique. Grâce à son colloque, l’édition 2011 permet d’ailleurs de préciser une définition qui repose désormais moins sur sa technologie de production que sur son mode de diffusion: le web et les réseaux sociaux, ce que nous avons été plusieurs à nommer l’image fluide ou liquide.

Face à un tel enjeu, l’exposition tient-elle ses promesses? Dans une scénographie de qualité, la sélection des œuvres a été faite avec efficacité, isolant des productions à la fois représentatives du web et suffisamment diverses (voir album). La contradiction que ressent un habitué du web devant cette célébration institutionnelle est le décalage avec la modestie des supports et des circulations de l’image en ligne – mais on comprend que c’est le principe même de la démonstration que de prouver que ces oeuvres peuvent affronter un regard et un dispositif similaires à celui du grand art.

Fallait-il clouer le web sur une cimaise pour que certains s’aperçoivent de son existence? La réponse est oui. L’exposition apporte la preuve de la puissance et de la cohérence générique cachée dans les plis de la toile. En sortant de l’expo, l’habitué des circulations en ligne se dira que le web est encore plus beau, plus vaste et plus riche que cette brève anthologie. Mais tous ne le savent pas encore. “From here on” – à partir de maintenant –, il sera plus difficile d’afficher son ignorance.

13 Responses to “ "From here on", Arles rencontre la photo numérique ”

  1. Magnifique… Les aubes, même tardives, sont toujours belles et fécondes… L’image fluide clouée sur une cimaise dans le dispositif institutionnel auquel elle échappe par nature, ce doit être passionnant à observer… C’est une démarche ambiguë, une reconnaissance de la valeur culturelle et artistique de la photo “vernaculaire” mais aussi une forme (tentative) d’assimilation de l’énergie, de la liberté et du dynamisme que la photographie connaît grâce à internet aujourd’hui… Une aube et un enterrement… je ne suis pas sûr que le type de happening suicidaire des photographes donne à beaucoup de monde envie de les sauver quand la photographie s’épanouit et se démocratise grâce au numérique…
    Le conflit entre fluidité et appropriation créative (comm’, partage…) et fixité et appropriation “passive” doit ressortir dans une rupture entre le dispositif institutionnel et l’objet de l’exposition… enfin, je ne l’ai pas encore vue et je suppose que cette provocation (qui comme toute provocation doit faire parler, faire entendre la voix…) sera très féconde.

    Ce qui vient du web ne peut accéder à un certain niveau de crédibilité et de valeur (non pas auprès du public individuel mais des institutions) qu’à la condition d’en sortir pour être sanctifié par les “anciennes” structures culturelles, on le voit dans la recherche, dans l’édition, dans la photo… on est au coeur d’une lutte de pouvoir entre des pratiques qui sont encore muettes (et auxquelles CV donne de la voix) et les institutions qui détiennent un discours et des représentations qui perdent de leur substance mais se maintiennent vaille que vaille …

    A partir de maintenant, il faut qu’on en parle !

  2. Je me demande André si tu ne surinterprètes pas aussi bien l’attitude des photographes professionnels que celui du milieu de l’art vis à vis de la photographie vernaculaire.
    L’UPP est une organisation professionnelle. La formulation “Les images libres de droits entraînent une mort lente et douloureuse des photographes” est maladroite. Ca aurait du être “Les images libres de droits entraînent une mort lente et douloureuse des photographes professionnels”. Un photographe professionnel étant celui qui vit de son activité de photographe. Ensuite le jugement esthétique porté par les photographes professionnels sur la photographie vernaculaire est à l’image de celui qui est porté par la société englobante. Au-delà des postures d’agents économiques qui traversent une crise très violente, si on allait au fond, leur jugement serait même probablement beaucoup plus nuancé que celui des habitués d’Arles. Ne serait-ce que parce qu’ils connaissent mieux ces images auxquelles ils se trouvent confrontés par le marché.
    Je ne suis pas à Arles mais, à l’opposé, ce qui me frappe dans les interviews du milieu artistique qui donne cette reconnaissance à la photographie vernaculaire, c’est son ambiguïté. Ce ne sont pas leurs auteurs, ce ne sont même pas leurs images qui accèdent à un nouveau statut, c’est leurs images si elles ont été filtrées, recomposées recrées par un artiste.
    “Ces oeuvres sont des réponses à la saturation d’images, précise Erik Kessels, un autre commissaire. 50 % des images du Net ont un caractère sexuel. Les artistes sont des filtres pour nos déchets.” http://www.lemonde.fr/ete/article/2011/07/06/arles-en-reflet-des-deferlantes-d-images-sur-internet_1545450_1383719.html
    Ce n’est pas l’auteur de l’image vernaculaire qui est reconnu, ce n’est même pas son travail, c’est l’artiste qui filtre des images assimilées à des déchets que sa main saura transformer en or.
    Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir…

  3. @ Olivier: L’une des choses que je me suis dit ici, devant l’ampleur de l’écart qui sépare la proposition FHO et les réactions constatées, c’est que le rythme d’une révolution est probablement beaucoup plus lent (et ses publics ou ses participants beaucoup plus divers) que ce que j’ai pu être amené à croire – pourquoi pas, après tout, c’est la première révolution que je vis. L’observation se poursuit…

    @ Thierry: Je me demande si tu ne surinterprètes pas mon billet 😉 Loin de moi l’idée de me prononcer au nom de tous les photographes de France (je ne les connais pas tous personnellement). Comme le précise mon titre et l’expression chantante “au pays des cigales” (et de Lucien Clergue), je résume l’impression que peut avoir un témoin ici en Arles, après plusieurs dizaines de conversations avec différents acteurs, qui ne sont pas tous vieux ni tous photojournalistes, mais qui ont nourri l’idée que je transmets ci-dessus du caractère largement majoritaire d’un scepticisme pas toujours amical.

    Merci de me signaler qu’un photographe professionnel vit des revenus de son activité. Puis-je de même te rappeler que l’eau mouille et que la musique adoucit les moeurs. Sauf à avoir abusé du chouchen, tu ne peux pas avoir complètement oublié que la crise du métier de photographe fait partie des principales questions traitées sur Culture Visuelle, je ne vais pas y revenir ici en cinq lignes, et je te renvoie à ces débats auxquels tu as toi-même abondamment participé. Le sujet est plutôt ici des choix symboliques et représentationnels des uns et des autres, dans un festival qui est spécifiquement un lieu de signaux emblématiques. On pourrait me soupçonner de surinterprétation si j’écrivais de Pont-à-Mousson, mais justement nous sommes en Arles, et il me semble bien que l’idée de l’UPP est de profiter de la visibilité de ce promontoire pour faire valoir ses revendications.

  4. Cette programmation autour d’œuvres utilisant les images du Web, tout comme cette action de protestation contre les photos dites « libres de droits » révèlent tardivement les résistances au fait numérique et à son incompréhension. Le refus a été la règle, tant du côté des professionnels du marché de l’art que du côté des auteurs, mais aussi —et on l’oublie trop souvent— du côté des industriels ! Les premiers, parce que leur activité dépend d’un consensus fragile qu’il ne s’agit pas de déstabiliser avec l’émergence d’une création nouvelle foisonnante ; les seconds parce que le régime français de protection des auteurs donnait une telle illusion de sécurité qu’aucun plan B n’a pu être pensé, alors même que la mondialisation favorisée par l’Internet était à l’œuvre. Enfin, pour les industriels de la photographie, le soucis était de ne pas précipiter le mouvement vers une création photographique dématérialisée qui aurait profité aux géants de l’Internet.
    Pour en revenir à la richesse de la production en ligne et son absence à Arles jusqu’à cette année, on ne peut que le regretter, et féliciter François Hébel d’avoir eu le cran cette année de programmer cette exposition dans un lieu fréquenté par un monde photographique aux résistances vivaces. Quatre ans après « Tous photographes », c’est long en effet pour donner la vedette à une photographie numérique débarrassée de ses oripeaux argentiques et qui a bouleversé notre manière de penser la photographie elle-même…! Mais ne boudons pas notre plaisir « From here on » fera date !

  5. @André Mon interprétation de l’accueil fait par Arles à la photographie vernaculaire, c’est une surinterprétation qui prend son origine dans ma distance physique à l’évènement et à ses acteurs, ou il y a du vrai ?

  6. @ Jacques: Merci pour ton commentaire. FHO fera incontestablement date. Mais le colloque, lui aussi fort intéressant, a également fourni un miroir où se reflètent les limites franco-françaises, par la forte présence de participants anglais et américains, dont la pertinence contrastait avec l’amateurisme désolant de l’ouverture par Jean-Noël Jeanneney, et plus généralement l’absence visible de spécialistes français (mis à part ceux du Lhivic).

    @ Thierry: L’origine de ton interprétation, c’est l’article du Monde? Tu veux me faire honte ou quoi? 😉
    Jette plutôt un oeil sur le commentaire de Pauline Migeon sur la version Owni de ce billet.

  7. […] : Léa Colomer> Interview de Joan Fontcuberta dans le cadre du Manifeste “From Here On” aux Rencontres de la Photographie d’Arles 2011 […]

  8. Je ne sais, pour ma part, que penser de l’exposition, partagée entre l’enthousiasme de Fontcuberta et son “futur à inventer” et des réserves quant à la véritable place à donner à ces images. Il est certain qu’il faut prendre acte des mutations induites par le numérique, mutations largement accélérées par les usages de l’image sur internet, et c’est sans nul doute normal que ces changements suscitent méfiance et résistances, en remettant en cause l’idée que nous avons de la photographie et du statut de l’auteur. Voir ces pratiques exposées au sein d’un festival de photographie comme celui d’Arles montre bien qu’il est devenu impossible de l’ignorer, tant mieux.
    Cependant, je m’interroge: ne s’agit-il pas là plutôt de pratiques sociales, d’usages de la photographie et de l’image que de pratiques artistiques? C’est ce que j’entends dans ce que dit Franck Hebel, directeur du festival: cette exposition, dit-il, “déclare un changement profond dans les usages de la photographie, engendré par la suprématie d’Internet et de la création numérique dans l’accès et la diffusion des images.” C’est aussi ce qui ressort des paroles de Joan Fontcuberta que vous rapportez: “Ces images n’ont peut-être pas beaucoup de valeur individuellement mais leur ensemble nous offre une vision sociologique inédite de notre société: toutes les pathologies, mais aussi toute la beauté, la liberté d’esprit de notre génération.”
    Il me semble qu’on en revient là à un questionnement qui n’a cessé de traverser l’histoire de la photographie, à savoir son statut d’oeuvre d’art, souvent questionné en raison même du statut démocratique et populaire de ce médium.
    Autre question que je me pose: cette exposition ne montre-t-il pas finalement aussi l’importance du curatoriat, de la sélection des images? Qui plus est, extraire ces images de leur support initial (l’écran) ne change-t-il pas la donne?
    Bref, comme je le dis, je suis partagée (j’ai engagé une amorce de réflexion ici, avec quelques-uns de mes questionnements: http://litterature2point0.blogspot.com/2011/07/from-here-on-la-photographie-sans.html) et j’attendrai de juger sur pièce, c’est-à-dire de voir l’exposition avant de me prononcer. Ceci dit, cela ouvre effectivement des débats passionnants.

  9. Juste une piste de reflexion :

    Posons le problème au niveau des possibles combinatoires qu’offre une image à deux dimensions par rapport à la perception qu’en a l’observateur.
    La photographie existe depuis plus de 150 ans. Ça en fait des images ! des milliards de milliards d’images ! Ainsi, étrangement, malgré le nombre colossal de photographies produites (plusieurs millions par seconde, depuis le numérique) il n’y a actuellement – et au niveau des combinaisons d’éléments signifiants – rien de résolument nouveau (d’où ce sentiment de “déjà vu” lorsqu’on regarde n’importe quelle image simple). Contrairement au début du siècle dernier où le champ du possible était encore très vaste ; le futur d’alors était une réalité, un appel à l’exploration : Qu’on en juge en quelques lignes : après les longs temps de pose « à la chambre », on allait bientôt pouvoir figer le mouvement au 1/125e grâce à l’invention du Leica ; photographier le sport par exemple ; partir en avion pour aller faire des reportages animaliers, ou des images de modes dans les îles ; faire sortir la mode du studio, etc. C’était tout à fait inédit. La photographie changeait de décennie en décennie. On embrassait tous les possibles avec une sorte de voracité chaque fois renouvelée. C’était la « grande époque ». Et les reporters, les Capa, Nachtwey, McCullin, tous ces courageux qui partaient au front ! Des images pareilles ! On n’avait jamais vu ça ! Maintenant les photographes qui couvrent les conflits sont sans doute tout aussi courageux, aussi brillants, mais leurs images nous font moins d’effet : au visuel, rien ne ressemble plus à une guerre moderne qu’une autre guerre. Terrible banalisation de l’horreur. Alors on ajoute du texte pour situer l’info.

    Bref, avant ça évoluait constamment les images ! On était étonné quand on ouvrait un magazine, peu importe lequel. Désormais on baille un peu dans les rédactions. Entre deux tsunamis si possible bien sensationnels.
    Le numérique a pris le relais, ok, mais qu’est-ce que ça change vraiment à part la vitesse de diffusion et les retouches ? Pas grand-chose : on n’est toujours que sur une image à deux dimensions… C’est juste un petit hoquet.
    Aujourd’hui, bien sûr, toutes les photographies sont différentes ; mais pas neuves. Elles ne le sont plus. C’est fini. Sémiotiquement et surtout mathématiquement (au niveau des combinaisons) on arrive au bout. Et je crains que ce soit irrévocable. (Au Mikado, chaque jet est nouveau, unique, mais l’image du résultat sur la table est globalement la même. L’« esthétique nouvelle » se fait rare, dans ces conditions.)

    Que faire alors ?

    Comment l’artiste, qui normalement créé en faisant un “saut dans le vide”, s’en sort-il maintenant qu’il ne peut faire qu’un “saut dans le plein” ?

    C’est là qu’intervient ce qu’on pourrait appeler la méta-photographie (et dont on peut en effet avoir un aperçu assez réussi à Arles). Créer des “images” – ou plus exactement des oeuvres – à partir de vastes bases de données existantes. Utiliser des algorithmes de recherche et de compilation à l’efficacité sans précédent. Réinventer. Pour re-donner du sens.

    Cela dit un beau portrait restera toujours un beau portrait, idem pour un coucher de soleil, ce que vous voulez. Tant que l’émotion demeure, on peut dire qu’une photo est réussie, pas d’inquiétude de ce côté là. Mais c’est historiquement que le bât blesse. On a vraiment tout essayé, tout tenté (des images géantes de Gursky, aux images “participatives” de Spencer) Tunick, images qui demandent évidement des moyens colossaux pour sortir un peu du lot…).

    Alors, réinventons. Approprions-nous les images existantes, celles du web, ce matérieau extraordinaire.

  10. […] au 18 sep­tem­bre. Ren­seigne­ments, horaires et tar­ifs sur le site des Ren­con­tres. – L’article d’André Gun­thert sur Cul­ture Visuelle […]

  11. “Aujourd’hui, bien sûr, toutes les photographies sont différentes ; mais pas neuves. Elles ne le sont plus. C’est fini. Sémiotiquement et surtout mathématiquement (au niveau des combinaisons) on arrive au bout. Et je crains que ce soit irrévocable. ”
    D’où vient c’est impérative obligation de faire du neuf ?
    A quel moment aurait-il fallu cesser de créer des vierges à l’enfant que ce soit en peinture ou en sculpture?
    Est-ce que l’on est en présence d’une exigence qui prendrait son origine dans le média qui porterait sa propre exigence de nouveauté parce que toute photo serait légèrement différente et un peu pareil que celles qui l’ont précédée;
    Ou est-ce plutôt que l’idéologie des créateurs reflète les valeurs de la Société qui les nourrit (matériellement et symboliquement)?
    L’exigence de la nouveauté est caractéristique de la société de consommation. La grande affaire du début XXIème siècle, c’est le recyclage pour pouvoir continuer à consommer. Faire du neuf avec du vieux. Valoriser nos déchets.
    “Le travail de Penelope Umbrico a pour idée de recycler les images, ne pas faire ce qui a déjà été fait des centaines de fois auparavant et qui n’apportent rien de nouveau. ” http://www.photographie.com/?pubid=106209&secid=2&rubid=9
    ““Internet est un ruisseau d’images dont les artistes filtrent les pépites”, affirme le conservateur Clément Chéroux.”
    “Comme le dit Joachim Schmid, il existe tellement de photos accessibles qu’il n’y a qu’à les utiliser pour en faire de nouvelles.”
    “Il faut faire une différence entre les images qu’on trouve sur Internet et celles présentées dans l’exposition. Entre les deux, il y a la médiation d’un artiste. C’est ça qui recrée de l’intelligence, de la rareté et de la valeur ajoutée. Si on pense que l’expo n’est qu’un flux d’images accessibles sur le Web, on passe à côté de notre exposition.”
    telerama.fr/scenes/oui-on-peut-etre-photographe-avec-les-photos-des-autres,70936.php

  12. Certes, il ne faut pas être passéiste, mais croyez-vous que cette affirmation d’une exposition dans l’air du temps soit le reflet de la réalité du moment ?
    A mon sens, on assiste plutôt à l’ effet d’une proposition, de quelques commissaires d’expositions, à qui l’on à offert de belles cimaises, dans un festival international.

    “NON CONFORME”, voila bien , l’affirmation, du festival, des Rencontres de la photographie,qui cherche à se démarquer de ce qui a été présenté depuis quelques années.

    Montrer du neuf, du beau, du différent, de l’original,se renouveler, et coller à l’époque, ou plutôt à l’univers technologique, qui révolutionne, notre monde, voila ce que le Festival propose, pour capter un public de plus en plus éclectique.

    Nous sommes dans une logique, ou il faut faire l’événement, et le “Happening”, c’est cette exposition.

    On peut néanmoins, se poser la question, de savoir, si c’est un choix cohérent.

    Lorsqu’il faut attendre d’avoir 89 ans, pour être montré sur les cimaises d’Arles, comme c’est le cas pour CHRIS MARKER, on est légitimement en droit de se demander, si il n’est pas plus important de présenter des photographes “classiques” , pour leur témoigner la reconnaissance qu’ils méritent après qu’il est apporté une trace dans l’histoire de la photographie.

    Certains photographes sont devenus cinéastes, et quelques cinéastes font des images, mais le mélange des genres est souvent difficile, dans un festival qui à parfois su créer des ouvertures.

    A l’heure d’aujourd’hui, si l’on prend un photographe majeur, comme Claude Raimond DITYVON, qui n’a pas fait l’objet d’une rétrospective après sa mort en 2008, on est en droit de penser, que les Rencontres ne remplissent pas leur rôle, qui est de présenter les artistes qui ont amenés une pierre à l’édifice.

    Demander à quelqu’un dans la rue à Arles, ou Paris, qui est Claude Raimond Dityvon.
    Peut de gens sont capables de vous dire que c’était un photographe.

    Pourtant, de l’avis des connaisseurs, c’est un homme qui a révolutionné la façon de photographier dans les années 1970.
    Par contre, demander qui est Yann Arthus Bertrand, et vous obtiendrez une réponse.

    C’est simplement une question de médiatisation.
    Prenez Raymond DEPARDON, il est souvent plus connus, en tant que réalisateur de cinéma, qu’en qualité de photographe.

    A l’inverse, prenez Bernard Plossu, il a été dès ses débuts inspirés par le cinéma.
    Il reste cependant reconnus pour son travail de photographe, alors, qu’il a fait des films en Super 8 qui sont depuis peut présentés.

    Qu’importe, la technique, et la façon dont on utilise une camera obscura, ou un APN, seul le résultat compte.
    Si l’on réalise un chef d’oeuvre,personne ne songera à regarder la technique qui a servit.

    L’essentiel est ailleurs, dans ce que l’on à à montrer, la raison, pour laquelle, on choisit de l’enregistrer, et la possibilité de le présenter au monde.
    A quoi bon, faire des milliers d’images, si personne ne les voit.
    c’est en cela que le Net à changé la donne.
    Aujourd’hui, on peut présenter une image ou un enregistrement vidéo, sur YOU TUBE, en deux clic.

    La seule chose qui compte, pour un photographe, ou un artiste, c’est d’avoir une audience de spectateurs, autrement cela n’a pas beaucoup de sens.
    La photographie, est un moyen d’expression.

    L’autre aspect des choses, c’est que de nombreux photojournaliste n’ont plus la possibilité de financer leurs projets , pour raconter le monde, donc, ils se sont tournés, vers le milieu de l’art, pour obtenir le statut d’artiste, en présentant leurs images afin, de gagner des fonds.
    Une image de presse est faite pour informer l’opinion sur un fait d’actualité.
    Il arrive parfois qu’un photographe arrive à donner un point de vue, avec un regard artistique, qui fait que son image va devenir une sorte d’icône, et c’est la raison, pour laquelle le milieu de l’art s’empare de certains clichés.

    “Tous photographes”, c’est vrai, nous sommes tous à un moment des photographes.

    Mais être photographe, ça recouvre quoi exactement ?

    D’un côté, il y a des amateurs, qui son libres de faire des images, avec un téléphone, portable, ou n’importe quel appareil, et de l’autre on a des photographes dont c’est l’activité, et qui doivent gagner leur vie.

    Fabriquer des images , est une activité, comme une autre, qui nécessite des moyens, et du temps, donc, il n’y a rien de répréhensible, à vivre décemment de cette activité.

    Le grand public a une aura d’une poignée d’artistes, qui vendent leurs images pour des sommes qui peuvent paraître souvent indécentes.
    Ces personnes, issues du milieu de la photographie de mode, ou de la publicité, ne sont pas ou peut représentatifs, de la réalité.

    Ensuite, on a une autre catégorie, qui sont les “artistes” qui utilisent ce médium, et parfois encore, des plasticiens, ou des gens venus du milieu de l’art, qui troquent leurs pinceaux, pour un Polaroïd, ou une chambre photographique.

    La plupart des photographes, quel que soit leur spécialités, ont de plus en plus de mal à gagner leur vie.
    On confond des gens qui travaillent, et des créateurs, qui sont dans la sphère du monde artistique, qui est lié au marché de l’Art.

    MIRADAS