{"id":717,"date":"2010-05-15T22:35:18","date_gmt":"2010-05-15T21:35:18","guid":{"rendered":"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/?p=717"},"modified":"2010-05-15T22:35:18","modified_gmt":"2010-05-15T21:35:18","slug":"rimbaud-la-photo-infidele-a-licone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/717\/","title":{"rendered":"Rimbaud, la photo infid\u00e8le \u00e0 l&#039;ic\u00f4ne"},"content":{"rendered":"<p>Il y a un mois \u00e9tait publi\u00e9e une image in\u00e9dite, suppos\u00e9e d\u00e9voiler pour la premi\u00e8re fois le visage de Rimbaud adulte. Info ou intox? Je l&rsquo;avoue: j&rsquo;ai longtemps pench\u00e9 pour la seconde option. Parce que ce Rimbaud-l\u00e0 ne me paraissait tout simplement pas ressemblant, et parce que cette histoire de photo retrouv\u00e9e avait l&rsquo;odeur d&rsquo;encens des l\u00e9gendes et des cultes. J&rsquo;y voyais l&rsquo;acharnement des adeptes du suaire de Turin qui, ayant une fois pour toutes d\u00e9cid\u00e9 du caract\u00e8re surnaturel du drap, accumulent les preuves les plus \u00e9tranges, en d\u00e9pit d&rsquo;un \u00e9vident d\u00e9faut de m\u00e9thode.<\/p>\n<figure id=\"attachment_718\" aria-describedby=\"caption-attachment-718\" style=\"width: 685px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-718 \" title=\"AdenHotelUnivers1\" src=\"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2010\/05\/AdenHotelUnivers1.jpg\" alt=\"\" width=\"685\" height=\"483\" srcset=\"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2010\/05\/AdenHotelUnivers1.jpg 685w, https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2010\/05\/AdenHotelUnivers1-300x212.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 685px) 100vw, 685px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-718\" class=\"wp-caption-text\">(1) &quot;Sur le perron de l&#39;h\u00f4tel de l&#39;Univers&quot;, Aden, 9,6 x 13,6 cm, v. 1885. Tirage d\u00e9couvert par Alban Causs\u00e9 et Jacques Desse en 2008.<\/figcaption><\/figure>\n<p><!--more-->Les libraires Alban Causs\u00e9 et Jacques Desse ont racont\u00e9 l&rsquo;histoire de la d\u00e9couverte du portrait. En 2008, dans un carton de livres et de documents, un lot d&rsquo;une trentaine de photos est identifi\u00e9 comme issu d&rsquo;un album appartenant \u00e0 Jules Suel, propri\u00e9taire de l&rsquo;h\u00f4tel de l&rsquo;Univers \u00e0 Aden. Leur relation tout comme l&rsquo;article cosign\u00e9 avec Jean-Jacques Lefr\u00e8re, sp\u00e9cialiste de Rimbaud, expose une accumulation de recherches confirmant qu&rsquo;ils ont en main \u00abdes photos repr\u00e9sentant des lieux fr\u00e9quent\u00e9s par Rimbaud, provenant de chez quelqu&rsquo;un qui l&rsquo;a connu\u00bb (Desse), mais aucune preuve d\u00e9cisive de l&rsquo;identit\u00e9 du personnage.<\/p>\n<p>Surtout, deux ans apr\u00e8s la trouvaille, le document qui a d\u00e9sormais \u00e9t\u00e9 vendu \u00e0 un collectionneur n&rsquo;a toujours pas fait l&rsquo;objet d&rsquo;une expertise par un sp\u00e9cialiste de photographie historique. Ce qui peut faire sourire, sachant que la fourchette temporelle propos\u00e9e par les d\u00e9couvreurs pour dater l&rsquo;image est la p\u00e9riode 1880-1890. Cette d\u00e9cade \u00e9tant tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment coup\u00e9e en deux par l&rsquo;introduction d&rsquo;une nouvelle technologie, le g\u00e9latino-bromure d&rsquo;argent ou plaque s\u00e8che, il suffit d&rsquo;identifier le proc\u00e9d\u00e9 pour situer la prise de vue avant ou apr\u00e8s 1885, et refermer ainsi de moiti\u00e9 la fourchette.<\/p>\n<p>L&rsquo;absence d&rsquo;un regard exerc\u00e9 se fait particuli\u00e8rement sentir dans les interpr\u00e9tations de l&rsquo;attitude du personnage: \u00abl\u2019allure de Rimbaud est elle d\u2019un homme fatigu\u00e9 et un peu \u00e9gar\u00e9, dont quelques traits \u2014 l\u2019expression de lassitude, l\u2019enfoncement des yeux \u2014\u00a0semblent porter la marque d\u2019un pass\u00e9 difficile. Manifestement, et malheureusement, il a boug\u00e9 pendant la prise de vue, ce qui donne deux bords \u00e0 son visage, et ce trembl\u00e9 contribue \u00e0 donner un aspect lisse \u00e0 ses traits et une apparence un peu fantomatique \u00e0 son regard (\u2026) Il fait semblant d\u2019\u00eatre l\u00e0 et bien comme il faut, mais \u00e7a ne prend pas. Son expression refl\u00e8te-t-elle un certain malaise social? (\u2026) Sur l\u2019image du perron de l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Univers, il est assis mais semble sur le point de se lever. Tout son \u00eatre para\u00eet protester contre son int\u00e9gration \u00e0 ce rituel bourgeois de la s\u00e9ance du portrait de groupe, auquel, pourtant, il n\u2019\u00e9chappe pas\u00bb (Lefr\u00e8re\/Desse).<\/p>\n<p>Comment mieux illustrer la focalisation du regard sur le sujet d\u00e9sign\u00e9 par avance que par la surinterpr\u00e9tation du flou qui l&rsquo;affecte? Car un examen m\u00eame superficiel de l&rsquo;image montre qu&rsquo;<em>aucun des personnages pr\u00e9sents<\/em> n&rsquo;est v\u00e9ritablement net. Mieux: \u00e0 part les v\u00eatements blancs, dont l&rsquo;actinisme a fortement impressionn\u00e9 la plaque, ce sont <em>tous les objets<\/em> repr\u00e9sent\u00e9s sur la photo dont les bords sont marqu\u00e9s par un l\u00e9ger tremblement, plus ou moins distinct en fonction du contraste des zones (<em>voir ci-dessous<\/em>). Les pieds des fauteuils par exemple \u2013 dont il est difficile de penser qu&rsquo;ils ont pu bouger pendant la prise de vue \u2013 t\u00e9moignent du <em>m\u00eame d\u00e9placement<\/em> que celui qu&rsquo;on aper\u00e7oit sur le visage du candidat-Rimbaud.<\/p>\n<figure style=\"width: 685px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/gunthert\/4609803310\/sizes\/l\/\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/farm4.static.flickr.com\/3339\/4609803316_09850fa269_o.jpg\" alt=\"\" width=\"685\" height=\"267\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">(2-7) D\u00e9tails montrant l&#39;\u00e9branlement de l&#39;obturateur (cliquer pour agrandir).<\/figcaption><\/figure>\n<p>Pour le sp\u00e9cialiste, ce boug\u00e9 qui affecte \u00e9galement toutes les parties de l&rsquo;image correspond \u00e0 une signature tr\u00e8s pr\u00e9cise: celle de l&rsquo;\u00e9branlement de l&rsquo;appareil au moment de la prise de vue, provoqu\u00e9 par le mouvement d&rsquo;un obturateur d\u00e9fectueux ou mal ajust\u00e9 \u2013 un sympt\u00f4me typique des premiers essais d&rsquo;instantan\u00e9s au g\u00e9latino-bromure d&rsquo;argent. Avec le petit format, le tirage albumin\u00e9 ou la surexposition manifeste du clich\u00e9 (trop clair par exc\u00e8s de pose, la plaque s\u00e8che \u00e9tant beaucoup plus sensible que le collodion), cette indication sugg\u00e8re une datation nettement plus serr\u00e9e, probablement entre 1884 et 1886.<\/p>\n<p>Non, Rimbaud n&rsquo;a pas boug\u00e9. Il est accoud\u00e9 sur la table, non moins solidement cal\u00e9 que ses camarades, comme l&rsquo;a requis le photographe qui s&rsquo;essaie \u00e0 la plaque s\u00e8che, mais qui conna\u00eet son m\u00e9tier et qui a soigneusement compos\u00e9 le groupe, comme \u00e0 son habitude avec le proc\u00e9d\u00e9 au collodion. Quant \u00e0 fantasmer sur ce qu&rsquo;on peut lire ou non dans l&rsquo;expression du personnage, outre que le boug\u00e9 n&rsquo;y encourage gu\u00e8re, il faut un go\u00fbt particulier de l&rsquo;anachronisme pour y c\u00e9der. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 de participer \u00e0 la reconstitution de portraits de groupe aux proc\u00e9d\u00e9s anciens. Une telle circonstance est plus proche d&rsquo;un tournage de film que d&rsquo;un instantan\u00e9 moderne. L&rsquo;installation du mat\u00e9riel, la composition et le choix des attitudes, la proc\u00e9dure d&rsquo;essai occupent ais\u00e9ment une bonne demi-heure, pendant laquelle les sujets de l&rsquo;exp\u00e9rience attendent patiemment le moment fatidique, dans une sc\u00e9nographie constamment contr\u00f4l\u00e9e par l&rsquo;op\u00e9rateur. Un visage impassible et un regard fixe sont les r\u00e9sultats les plus constants d&rsquo;un exercice qui devient vite fatigant, et qui ne pr\u00eate gu\u00e8re \u00e0 l&rsquo;exub\u00e9rance.<\/p>\n<p>Il y avait donc de nombreux \u00e9l\u00e9ments qui laissaient \u00e0 d\u00e9sirer dans l&rsquo;analyse de l&rsquo;\u00e9preuve, et qui pouvaient faire douter du s\u00e9rieux de l&rsquo;identification. Il m&rsquo;a fallu proc\u00e9der moi-m\u00eame \u00e0 quelques v\u00e9rifications, comparer l&rsquo;iconographie existante, les autoportraits du Harar (11) et surtout le dessin tardif par Isabelle Rimbaud, sa s\u0153ur (13), pour admettre finalement que la photo d&rsquo;Aden s&rsquo;ins\u00e9rait parfaitement dans la s\u00e9rie des images de Rimbaud adulte (<em>voir ci-dessous<\/em>). Oui, c&rsquo;est incroyable, mais ce portrait de groupe de mauvaise qualit\u00e9, trouv\u00e9 par hasard, sans tradition ni l\u00e9gende, porte bel et bien l&#8217;empreinte du visage de l&rsquo;auteur des <em>Illuminations<\/em>.<\/p>\n<figure style=\"width: 685px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/farm4.static.flickr.com\/3367\/4606773664_9ff25a7553_o.jpg\" alt=\"\" width=\"685\" height=\"693\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Portraits de Rimbaud. Ligne sup\u00e9rieure: (8-9) Carjat, 1871; (10) Fantin-Latour, 1872. Ligne inf\u00e9rieure: (11) autoportrait, 1883; (12) anon., v. 1885; (13) Isabelle Rimbaud, 1891.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Et c&rsquo;est ici que la v\u00e9ritable discussion commence. Car les nombreuses r\u00e9actions d&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 qui ont accueilli la publication de cette image \u2013 \u00e0 commencer par la mienne \u2013 t\u00e9moignent d&rsquo;un probl\u00e8me curieux: l&rsquo;image de Rimbaud adulte ne ressemble pas \u00e0 celle du po\u00e8te adolescent qui nous est famili\u00e8re.<\/p>\n<p>La perception de la ressemblance est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe. Vrais jumeaux, mes fils m&rsquo;ont donn\u00e9 maintes fois l&rsquo;occasion de v\u00e9rifier \u00e0 quel point l&rsquo;expression \u00e9tait susceptible de modifier ou de brouiller la physionomie (ce que la police reconna\u00eet lorsqu&rsquo;elle nous demande de nous abstenir de sourire pour nos photos d&rsquo;identit\u00e9). Mais j&rsquo;ai aussi pu constater que l&rsquo;exercice de la reconnaissance d\u00e9pend de comp\u00e9tences culturelles qui ne sont pas \u00e9galement r\u00e9parties. Alors que de nombreuses personnes sont capables de distinguer mes enfants malgr\u00e9 leur forte ressemblance, plusieurs n&rsquo;y arrivent pas, y compris dans le proche entourage familial, ce qui signifie que nous n&rsquo;avons pas tous les m\u00eames strat\u00e9gies d&rsquo;identification. Ces divergences montrent que la ressemblance ne peut pas \u00eatre d\u00e9crite comme un ph\u00e9nom\u00e8ne objectif, et qu&rsquo;il faut rester prudent dans des appr\u00e9ciations qui conservent un caract\u00e8re relatif.<\/p>\n<p>Face au portrait d&rsquo;Aden, de nombreux lecteurs ont exprim\u00e9 leur d\u00e9ception: \u00abEn fait, rien de plus d\u00e9cevant que cette photo d\u2019une affligeante banalit\u00e9 o\u00f9 appara\u00eet un homme tout \u00e0 fait ordinaire.\u00bb Les d\u00e9couvreurs eux-m\u00eames n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 qualifier d&rsquo;\u00abun peu minable\u00bb sa petite moustache et sa coupe de cheveux \u00abde gar\u00e7on de caf\u00e9\u00bb. Sur cette image, Arthur ne nous appara\u00eet pas fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame. Les traits de ce visage sont peut-\u00eatre coh\u00e9rents avec la s\u00e9rie des portraits de Rimbaud adulte, mais cet homme-l\u00e0 n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec le h\u00e9ros \u00e9chevel\u00e9 <em>d&rsquo;Une saison en enfer<\/em>. \u00abCe portrait, peut-on lire sur Rimbaldissimo, symbolise le plus justement possible la triste r\u00e9alit\u00e9. Oui, cela signifie que, d\u00e9sormais, Rimbaud le po\u00e8te est bien mort. Lui succ\u00e8de l\u2019adulte aventurier, le marchand d\u2019armes et commer\u00e7ant qui ne se distingue pas dans son comportement des autres profiteurs du syst\u00e8me colonial.\u00bb<\/p>\n<p>Rimbaud adolescent <em>vs<\/em> Rimbaud adulte? Pourquoi pas. Cette c\u00e9sure a l&rsquo;avantage de para\u00eetre coh\u00e9rente avec les deux s\u00e9ries iconographiques. Mais il y a peut-\u00eatre une autre fa\u00e7on de poser le probl\u00e8me. Parmi les images de Rimbaud jeune, ce n&rsquo;est pas au c\u00e9l\u00e9brissime m\u00e9daillon de Carjat (<em>ci-dessus, ill. 9<\/em>) que Desse et Lefr\u00e8re font appel pour comparer la photo d&rsquo;Aden, mais \u00e0 une photo-carte de visite moins connue (\u00e9galement attribu\u00e9e \u00e0 Carjat, <em>ci-dessus, ill. 8<\/em>), \u00abque Georges Izambard, son professeur de rh\u00e9torique, trouvait la plus ressemblante\u00bb (Lefr\u00e8re\/Desse).<\/p>\n<p>Cette image d&rsquo;apparence plus banale, qui pr\u00e9sente en effet plusieurs traits compatibles avec la s\u00e9rie des Rimbaud adultes, comporte une diff\u00e9rence d&rsquo;expression sensible avec l&rsquo;illustre portrait du \u00abCasanova gosse\u00bb que d\u00e9crivait Verlaine. Et si c&rsquo;\u00e9tait cette photographie du Rimbaud standard qui faussait les pistes? Et si c&rsquo;\u00e9tait Carjat, g\u00e9nial portraitiste, cr\u00e9ateur du Baudelaire m\u00e9lancolique et de bien d&rsquo;autres ic\u00f4nes des \u00e9crivains de la fin du XIXe si\u00e8cle (<em>voir ci-dessous<\/em>), qui, par un \u00e9clairage habile, un coup de crayon discret, avait cr\u00e9\u00e9 une image plus fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e re\u00e7ue du po\u00e8te qu&rsquo;\u00e0 la physionomie de Rimbaud?<\/p>\n<figure style=\"width: 685px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/gunthert\/sets\/72157623942584909\/detail\/\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/farm5.static.flickr.com\/4051\/4609803326_b8a22b6008_o.jpg\" alt=\"\" width=\"685\" height=\"460\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">(14) Charles Baudelaire, (15) Alexandre Dumas, (16) Jules Verne, (17) Emile Zola, Galerie contemporaine, litt\u00e9raire, artistique, \u00e9d. Goupil, photos Carjat, v. 1884.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Je ne me h\u00e2terai pas de r\u00e9pondre \u00e0 cette question, qui interroge tout notre imaginaire de la litt\u00e9rature, en ses aspects les plus secrets et les plus d\u00e9rangeants. Comment admettre que notre admiration pour les plus grands auteurs s&rsquo;alimente <em>aussi<\/em> de la s\u00e9duction des images, et cela depuis fort longtemps? Pr\u00e9cis\u00e9ment depuis la <em>Galerie contemporaine, litt\u00e9raire, artistique<\/em>, \u00e9dit\u00e9e par Goupil en 15 volumes in-folio entre 1876 et 1885, qui associe \u00e0 la biographie des grands hommes leur photographie, mais aussi volontiers leur signature ou une reproduction d&rsquo;un manuscrit, faisant jouer \u00e0 ces traces f\u00e9tiches le m\u00eame r\u00f4le de preuves d&rsquo;un culte que les reliques d&rsquo;un saint (<em>voir ci-dessus<\/em>).<\/p>\n<p>La <em>Galerie contemporaine<\/em>, dont Etienne Carjat fut l&rsquo;un des plus fid\u00e8les collaborateurs, ne comprend pas le c\u00e9l\u00e8bre portrait de Rimbaud. Celui-ci servira de mod\u00e8le \u00e0 une <a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/gunthert\/4609803318\/\">gravure de Luque<\/a> illustrant l&rsquo;\u00e9dition de 1888 des <em>Po\u00e8tes maudits<\/em> de Verlaine, avant d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9 en 1922 en frontispice du second volume des <em>Oeuvres compl\u00e8tes<\/em> (\u00e9ditions de la Banderole). Mesurer l&rsquo;impact de cette ic\u00f4ne sur notre perception de l&rsquo;\u0153uvre demanderait une th\u00e8se. On se contentera ici d&rsquo;une recherche sur Google images, qui atteste de sa f\u00e9condit\u00e9 (<em>voir ci-dessous<\/em>). Rimbaud ne se r\u00e9sume certainement pas \u00e0 une ic\u00f4ne \u2013 mais il n&rsquo;existe pas sans elle. L&#8217;emprise d&rsquo;une image peut-elle devenir une tyrannie? C&rsquo;est toute la question que pose le portrait d&rsquo;Aden \u2013 la photo infid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;ic\u00f4ne.<\/p>\n<figure style=\"width: 685px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/farm2.static.flickr.com\/1256\/4609803324_3fc9248713_o.jpg\" alt=\"\" width=\"685\" height=\"606\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">(18-37) Diverses versions du portrait de Rimbaud par Carjat, source: Google Images.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e0J 05\/06\/2010<\/strong>, Jean-Jacques Lefr\u00e8re, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/20100605\/19914\/aden-aout-1880-arthur-rimbaud-et-ses-compagnons-de-lunivers\">Aden, ao\u00fbt 1880. Arthur Rimbaud et ses compagnons de L&rsquo;Univers<\/a>\u00ab\u00a0, LeNouvelObs.com, 05 juin 2010.<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>Alban Causs\u00e9, Jacques Desse , <a href=\"http:\/\/chezleslibrairesassocies.blogspot.com\/\">Chez les libraires associ\u00e9s<\/a>, avril-mai 2010.<\/li>\n<li>Jacques Desse, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.ricochet-jeunes.org\/oeil-du-libraire\/article\/115-la-photo-d-arthur-rimbaud\">La photo d&rsquo;Arthur Rimbaud<\/a>\u00ab\u00a0, Ricochet-Jeunes, avril 2010.<\/li>\n<li>Jean-Jacques Lefr\u00e8re, <em>Sur Arthur Rimbaud. Correspondance posthume 1891-1900<\/em>, Fayard, 2010.<\/li>\n<li>Jean-Jacques Lefr\u00e8re, Jacques Desse, \u00ab\u00a0Un coin de table \u00e0 Aden\u00a0\u00bb, <em>Histoires Litt\u00e9raires<\/em>, jan-f\u00e9v.-mars 2010, vol. XI, n\u00b0 41 (copie pdf sur le site <a href=\"http:\/\/www.histoires-litteraires.org\/\">http:\/\/www.histoires-litteraires.org\/<\/a>)<\/li>\n<li>Jean-Jacques Lefr\u00e8re, Alban Causs\u00e9, Jacques Desse, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/opinions\/article\/2010\/05\/08\/rimbaud-le-mythe-et-le-visage_1348538_3232.html\">Rimbaud, le mythe et le visage<\/a>\u00ab\u00a0, Le Monde, 9-10 mai 2010.<\/li>\n<li>Mohammed Aissaoui, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/livres\/2010\/04\/14\/03005-20100414ARTFIG00782-rimbaud-la-photo-retrouvee-.php\">Rimbaud, la photo retrouv\u00e9e<\/a>\u00ab\u00a0, Le Figaro.fr, 15 avril 2010.<\/li>\n<li>Quentin Girard, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.slate.fr\/story\/20405\/rimbaud-mythe-photo\">Rimbaud: la photo qui retouche le mythe<\/a>\u00ab\u00a0, Slate.fr, 27 avril 2010.<\/li>\n<li>Anne-Marie Garat, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.mag4.net\/Rimbaud\/actualites\/public\/fichiers\/un-nouveau-portrait-de-rimbaud.pdf\">A propos de la photo retrouv\u00e9e de Rimbaud \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel de l&rsquo;Univers d&rsquo;Aden<\/a>\u00a0\u00bb (pdf), mag4.net, 26 avril 2010.<\/li>\n<li>Raymond, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/rimbaldissimo.blogspot.com\/2010\/04\/rimbaud-adulte-quand-le-poete-est-bien.html\">Rimbaud adulte quand le po\u00e8te est bien mort<\/a>\u00ab\u00a0, Rimbaldissimo, 19 avril 2010.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Lire la suite:<\/strong> \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/1349\">Rimbaud et les docteurs de la ressemblance<\/a>\u00ab\u00a0, 30 janvier 2011.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a un mois \u00e9tait publi\u00e9e une image in\u00e9dite, suppos\u00e9e d\u00e9voiler pour la premi\u00e8re fois le visage de Rimbaud adulte. 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