{"id":2747,"date":"2013-06-21T07:05:27","date_gmt":"2013-06-21T05:05:27","guid":{"rendered":"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/?p=2747"},"modified":"2013-06-21T07:05:27","modified_gmt":"2013-06-21T05:05:27","slug":"histoires-de-la-photographie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2747\/","title":{"rendered":"Histoire(s) de la photographie"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/Perspective_2013_1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2748\" title=\"Perspective 2013-1\" src=\"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/Perspective_2013_1-368x500.jpg\" alt=\"\" width=\"368\" height=\"500\" \/><\/a>A l&rsquo;occasion de la parution du <a href=\"http:\/\/www.inha.fr\/spip.php?article4417\" target=\"_blank\">n\u00b0 2013-1 de la revue <em>Perspective<\/em><\/a>, je publie, avec l&rsquo;autorisation de la r\u00e9daction et des auteurs, un \u00e9change de points de vue consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire de la photographie, pilot\u00e9 par Olivier Lugon, avec David Campany, Mathew S. Witkowsky et moi-m\u00eame. [AG]<\/p>\n<p><em>L\u2019histoire de la photographie s\u2019est impos\u00e9e dans les mus\u00e9es et les universit\u00e9s au cours du dernier tiers du XXe si\u00e8cle \u00e0 la faveur d\u2019un \u00ab\u00a0\u00e9lan ontologique\u00a0\u00bb visant \u00e0 appr\u00e9hender le m\u00e9dium dans toute sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 et sa suppos\u00e9e unit\u00e9. Que cela soit \u00e0 travers la constitution fragile de l\u2019histoire d\u2019un art autonome dans la lign\u00e9e de Beaumont Newhall ou d\u2019approches s\u00e9miologiques d\u2019inspiration plus barth\u00e9sienne, on pr\u00e9suppose alors que les images photographiques forment un tout cernable et unifi\u00e9, qui devrait naturellement donner naissance \u00e0 un champ disciplinaire coh\u00e9rent, avec ses mus\u00e9es et ses chaires. Si une telle sp\u00e9cialit\u00e9 va en effet se voir reconnue par les universit\u00e9s francophones au tournant du nouveau si\u00e8cle, cet av\u00e8nement adviendra paradoxalement au moment m\u00eame o\u00f9 les fronti\u00e8res qui devaient la d\u00e9finir commencent \u00e0 se d\u00e9faire. Le basculement num\u00e9rique tout d\u2019abord, s\u2019il n\u2019a aucunement entra\u00een\u00e9 la fin souvent annonc\u00e9e de la photographie, n\u2019en a pas moins fortement d\u00e9plac\u00e9 la d\u00e9finition, rendant caduque l\u2019opposition longtemps structurante entre le document indiciel d\u2019une part et la peinture et les images fabriqu\u00e9es d\u2019autre part, et rendant poreuse jusqu\u2019\u00e0 la distinction entre images fixes et images anim\u00e9es. L\u2019int\u00e9r\u00eat m\u00eame pour l\u2019histoire de la photographie, s\u2019il assure d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le succ\u00e8s d\u2019expositions ou de programmes universitaires sp\u00e9cialis\u00e9s labellis\u00e9s comme tels, favorise de l\u2019autre un foisonnement tr\u00e8s f\u00e9cond de recherches men\u00e9es d\u00e9sormais dans toutes les sciences humaines ou presque, rendant probl\u00e9matique l\u2019id\u00e9e d\u2019une quelconque chasse gard\u00e9e, voire d\u2019une comp\u00e9tence propre qui puisse \u00eatre clairement situ\u00e9e. L\u2019histoire de la photographie se voit ainsi confront\u00e9e au d\u00e9fi de ce qui serait une \u00ab\u00a0discipline postdisciplinaire\u00a0\u00bb, dont l\u2019objet aurait pour paradoxale sp\u00e9cificit\u00e9 de ne jamais d\u00e9terminer aucune autonomie, et qui devrait par l\u00e0 m\u00eame renoncer \u00e0 se fonder sur une m\u00e9thode unique et sur un savoir clos, au profit d\u2019un entrecroisement et d\u2019un d\u00e9placement constants des outils d\u2019analyse.<br \/>\nDavid Campany, Andr\u00e9 Gunthert et Matthew S. Witkovsky constituent trois figures embl\u00e9matiques de ces nouveaux \u00ab\u00a0sp\u00e9cialistes\u00a0\u00bb attestant, entre publication, enseignement et mus\u00e9e, de la possibilit\u00e9 d\u2019un travail pr\u00e9cis op\u00e9r\u00e9 au sein d\u2019un champ pourtant accept\u00e9 comme infiniment ouvert et mobile. Ils reviennent ici sur les d\u00e9fis \u2013 m\u00e9thodologiques, statutaires, institutionnels \u2013 comme sur les chances que porte en elle cette histoire des images photographiques apr\u00e8s la fin de l\u2019histoire de <\/em>la<em> photographie. [Olivier Lugon]<\/em><br \/>\n<!--more--><br \/>\n<strong>Olivier Lugon.<\/strong> Alors que pendant des d\u00e9cennies la photographie avait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme un champ d\u2019\u00e9tude coh\u00e9rent, unifi\u00e9 par des consid\u00e9rations ontologiques largement partag\u00e9es, depuis quelques ann\u00e9es, on porte de plus en plus d\u2019attention \u00e0 la diversit\u00e9 des pratiques et des fonctions des photographies. Est-il d\u00e8s lors encore l\u00e9gitime et efficace de rassembler des \u00e9tudes fort \u00e9clat\u00e9es dans leurs objets et leurs m\u00e9thodes, de l\u2019histoire des sciences \u00e0 celle de la presse, de l\u2019art \u00e0 la culture populaire, sous la cat\u00e9gorie unique de l\u2019\u00a0\u00bbhistoire de la photographie\u00a0\u00bb?<\/p>\n<p><strong>David Campany.<\/strong> C\u2019est un effort l\u00e9gitime, mais peu efficace (d\u2019ailleurs pourquoi faudrait-il absolument se pr\u00e9occuper de l\u00e9gitimit\u00e9 ou d\u2019efficacit\u00e9?). Je ne pense pas qu\u2019il soit courant de rassembler des \u00e9l\u00e9ments divers sous la cat\u00e9gorie unique de l\u2019\u00a0\u00bbhistoire de la photographie\u00a0\u00bb. Cela semble se produire uniquement lorsque quelqu\u2019un constitue un \u00ab\u00a0grand r\u00e9cit\u00a0\u00bb, par exemple sous la forme d\u2019un livre ou d\u2019une exposition. Le nombre d\u2019auteurs enclins \u00e0 r\u00e9diger de monumentales \u00ab\u00a0nouvelles histoire de la photographie\u00a0\u00bb semble intarissable. Ils \u00e9chouent, bien entendu, mais l\u2019essentiel est de savoir s\u2019ils \u00e9chouent de mani\u00e8re int\u00e9ressante ou non. \u00c0 ma connaissance, les tentatives de livrer une \u00ab\u00a0histoire de la photographie\u00a0\u00bb compl\u00e8te se sont rar\u00e9fi\u00e9es depuis les diff\u00e9rentes expositions mont\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion de son cent cinquanti\u00e8me anniversaire en 1989 <span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_1');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_2747_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[1]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_2747_1_1\" class=\"footnote_tooltip\">Voir, entre autres : The Art of Photography, 1829 1989, Mike Weaver \u00e9d., (cat. expo., Houston, Museum of Fine Arts\/Canberra, Australian National Gallery\/Londres, Royal Academy of Arts, 1989), New&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_1');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2747_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2747_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>.<br \/>\nLa cat\u00e9gorie disciplinaire unique peut s\u2019av\u00e9rer tr\u00e8s utile dans un contexte p\u00e9dagogique. Bien souvent, les \u00e9tudiants s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la photographie sans avoir une perception nuanc\u00e9e de la vari\u00e9t\u00e9 des usages, des discours et des histoires li\u00e9s \u00e0 ce m\u00e9dium. Ils \u00e9prouvent simplement pour lui de la fascination ou de l\u2019affection, de mani\u00e8re tr\u00e8s vague, ce qui est plut\u00f4t sain, \u00e0 mon avis, car c\u2019est de l\u00e0 que peut surgir la nouveaut\u00e9, sous forme d\u2019id\u00e9es, d\u2019images, d\u2019associations et de rapprochements in\u00e9dits. S\u2019\u00e9panouir pour un \u00e9tudiant en photographie revient \u00e0 trouver un objet, ou une pluralit\u00e9 d\u2019objets, pour accueillir cette fascination et cette affection.<br \/>\nIl existe aussi des gens qui ne s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la photographie qu\u2019\u00e0 travers ses r\u00f4les multiples, ses applications et ses usages potentiels. J\u2019en fais partie. Ce ne sont pas les questions ontologiques sans fin en elles-m\u00eames qui m\u2019int\u00e9ressent, mais la mani\u00e8re dont chaque discours et chaque institution concern\u00e9s par la photographie \u2013 de l\u2019art au droit, de l\u2019astrophysique \u00e0 la zoologie \u2013 abordent ce m\u00e9dium.<br \/>\nEnfin, il y a un argument tr\u00e8s pragmatique qui incite \u00e0 conserver la cat\u00e9gorie unique de \u00ab\u00a0photographie\u00a0\u00bb ou d\u2019\u00a0\u00bbhistoire de la photographie\u00a0\u00bb: aucune image photographique n\u2019est r\u00e9alis\u00e9e dans un isolement complet. Ceux qui cr\u00e9ent des images sont influenc\u00e9s par un large \u00e9ventail d\u2019images situ\u00e9es en dehors de leur champ d\u2019activit\u00e9 imm\u00e9diat. De m\u00eame, notre r\u00e9action \u00e0 des images donn\u00e9es est parasit\u00e9e par d\u2019autres exp\u00e9riences. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement? Pensez par exemple \u00e0 l\u2019ampleur des \u00e9changes dans l\u2019Europe des ann\u00e9es 1920, entre l\u2019architecture, la mode, le design industriel et le cin\u00e9ma; ou au dialogue entam\u00e9 au sein du Pop Art et de l\u2019art conceptuel entre les beaux-arts et les sources populaires; ou encore \u00e0 la dissolution des fronti\u00e8res entre le reportage professionnel et ce qu\u2019on appelle le \u00ab\u00a0journalisme citoyen\u00a0\u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, ce ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9appara\u00eet sans cesse: les \u00e9changes et les influences sont la r\u00e8gle, et non l\u2019exception. Ils sont le moteur m\u00eame de la culture. Si nous devions compartimenter de mani\u00e8re artificielle notre r\u00e9flexion sur la photographie, nous \u00e9chouerions tout simplement \u00e0 comprendre la mani\u00e8re dont les images se comportent et comment nous nous comportons face \u00e0 ces images.<\/p>\n<p><strong>Matthew S. Witkovsky.<\/strong> La diversit\u00e9 est certainement le mot d\u2019ordre des bons travaux men\u00e9s sur la photographie \u00e0 l\u2019heure actuelle. Aux interrogations sur les pratiques et les fonctions \u00e9num\u00e9r\u00e9es dans votre question (sciences, presse, art, culture populaire), il faudrait aussi ajouter la question de la p\u00e9riodisation historique: la photographie est le seul champ d\u2019\u00e9tude modern(ist)e de l\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 remonter jusqu\u2019au milieu du XIXe si\u00e8cle, alors que l\u2019\u00e9tude de l\u2019art moderne et contemporain privil\u00e9gie le plus souvent le pr\u00e9sent. L\u2019incompatibilit\u00e9, voire l\u2019incommensurabilit\u00e9, des diff\u00e9rents domaines de la photographie (notamment entre plusieurs p\u00e9riodes historiques, comme le XIXe si\u00e8cle par rapport \u00e0 l\u2019entre-deux-guerres, par rapport \u00e0 l\u2019apr\u00e8s-guerre ou par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine) peut pr\u00e9cis\u00e9ment justifier le maintien de \u00ab\u00a0la photographie\u00a0\u00bb comme une discipline unique, \u00e0 part. Proc\u00e9der ainsi, du moins \u00e0 l\u2019heure actuelle, provoque des confrontations productives et fait du manque d\u2019unit\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment constitutif de cette discipline \u2013 \u00e0 l\u2019instar de toute discipline acad\u00e9mique et de tout \u00e9tablissement mus\u00e9al qui couvrent l\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral selon des termes historiques, fonctionnels ou g\u00e9ographiques.<\/p>\n<p><strong>Andr\u00e9 Gunthert.<\/strong> Le point de vue selon lequel la photographie a constitu\u00e9 un \u00ab\u00a0champ d\u2019\u00e9tudes coh\u00e9rent\u00a0\u00bb d\u00e9signe implicitement un moment particulier de l\u2019histoire culturelle et acad\u00e9mique r\u00e9cente, dont on peut situer l\u2019\u00e9mergence au milieu des ann\u00e9es 1980, caract\u00e9ris\u00e9 par un brusque essor du march\u00e9 de la photographie et une expansion du dispositif institutionnel et mus\u00e9al, ainsi que par une alliance des marchands, des conservateurs et des chercheurs. Ce paradigme, particuli\u00e8rement repr\u00e9sent\u00e9 en France et aux \u00c9tats-Unis, a nourri une approche de la photographie h\u00e9riti\u00e8re de l\u2019histoire de l\u2019art, dont <em>L\u2019Art de la photographie des origines \u00e0 nos jours<\/em> <span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_2');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_2');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_2747_1_2\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[2]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_2747_1_2\" class=\"footnote_tooltip\"> Andr\u00e9 Gunthert, Michel Poivert \u00e9d., <em>L\u2019Art de la photographie des origines \u00e0 nos jours<\/em>, Paris, 2007.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2747_1_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2747_1_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, publication collective \u00e0 vocation de synth\u00e8se, t\u00e9moigne jusque dans son titre. La manifestation d\u2019une histoire de l\u2019art conqu\u00e9rante capable d\u2019investir de nouveaux champs, en particulier du c\u00f4t\u00e9 de la modernit\u00e9 technique, peut s\u2019interpr\u00e9ter comme une r\u00e9ponse au d\u00e9veloppement concurrent des \u00e9tudes culturelles ou de la sociologie de l\u2019art. Simultan\u00e9ment, cette extension pr\u00e9sentait l\u2019avantage de m\u00e9nager les susceptibilit\u00e9s en pr\u00e9servant l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du socle \u00e9pist\u00e9mique traditionnel.<br \/>\nPlusieurs facteurs sont venus fragiliser cette exp\u00e9rimentation. Le raidissement des politiques culturelles a conduit plusieurs institutions \u00e0 privil\u00e9gier des choix esth\u00e9tiques conservateurs, voire r\u00e9gressifs.<br \/>\nLes chercheurs n\u2019ont pas toujours r\u00e9ussi \u00e0 conserver dans la dur\u00e9e le caract\u00e8re innovant qui conf\u00e9rait son attractivit\u00e9 \u00e0 leurs travaux. Enfin, l\u2019\u00e9volution r\u00e9cente des usages et des probl\u00e9matiques port\u00e9e par la transition num\u00e9rique, qui a tout particuli\u00e8rement touch\u00e9 les formes visuelles, a modifi\u00e9 la donne en faisant de l\u2019histoire de la photographie classique le dernier volet d\u2019une vision coh\u00e9rente des arts visuels depuis la Renaissance, et en ouvrant de nouvelles interrogations sur les relations des images \u00e0 leurs usages.<br \/>\nTout compte fait, il me semble que c\u2019est principalement la difficult\u00e9 de l\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 renouveler ses objets et ses approches qui a progressivement referm\u00e9 les potentialit\u00e9s de cette dynamique. S\u2019il \u00e9tait naturel que les chercheurs sp\u00e9cialis\u00e9s explorent la diversit\u00e9 des questions n\u00e9es du champ photographique, par exemple ses aspects scientifiques, sociaux ou m\u00e9diatiques, il est devenu de plus en plus malcommode d\u2019int\u00e9grer ces travaux au corpus des \u00e9tudes sur l\u2019art. Comme l\u2019histoire de la photographie n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019installer en tant que sp\u00e9cialit\u00e9 autonome, ces recherches ont vocation \u00e0 nourrir d\u2019autres disciplines, du c\u00f4t\u00e9 de la sociologie, de l\u2019anthropologie, des sciences des m\u00e9dias ou de la communication.<br \/>\n<strong><br \/>\nOlivier Lugon.<\/strong> Au XXe si\u00e8cle, l\u2019\u00e9tude de la photographie tendait \u00e0 d\u00e9finir implicitement celle-ci comme une image de papier, et \u00e0 l\u2019inscrire donc dans l\u2019histoire des images et des contenus visuels avant tout. Mais la photographie peut tout autant se d\u00e9finir comme un appareillage, une technique de stockage, des modes multiples de diffusion, d\u2019exposition ou de publication. Elle peut en outre prendre des formes tr\u00e8s diff\u00e9rentes de l\u2019image de papier: film, projection \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, fichier sur \u00e9cran, etc., parfois m\u00eal\u00e9e \u00e0 du texte ou du son. Quelle place les sp\u00e9cialistes de l\u2019image, notamment dans les mus\u00e9es, peuvent-ils faire \u00e0 ces dimensions extra-picturales?<\/p>\n<p><strong>Andr\u00e9 Gunthert.<\/strong> Pour comprendre un document, il est n\u00e9cessaire de faire l\u2019histoire de ce document. Une partie de celle-ci est constitu\u00e9e de traces mat\u00e9rielles, et on a vu cro\u00eetre dans la p\u00e9riode r\u00e9cente l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019arch\u00e9ologie de ces traces, aussi bien en litt\u00e9rature ou en cin\u00e9ma qu\u2019en histoire de l\u2019art. La photographie peut pr\u00e9senter de ce point de vue un gisement extr\u00eamement riche, car ses usages en font une information essentiellement mobile, caract\u00e9ris\u00e9e par sa capacit\u00e9 de passer d\u2019un support \u00e0 l\u2019autre. Lorsqu\u2019on dispose d\u2019une archive exhaustive, les traces mat\u00e9rielles de ces circulations fournissent un mat\u00e9riau pr\u00e9cieux, dont l\u2019examen requiert un degr\u00e9 de sp\u00e9cialisation \u00e9lev\u00e9. La dimension exotique des technologies d\u2019enregistrement a souvent \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour donner aux expositions historiques un certain cachet, mais il faut admettre que cette information n\u2019est pas forc\u00e9ment accessible pour un public non form\u00e9. Elle reste alors myst\u00e9rieuse, comme la manifestation symbolique de l\u2019originalit\u00e9 de l\u2019outil photographique.<br \/>\nToutefois, la compr\u00e9hension d\u2019une forme culturelle ne peut se r\u00e9sumer \u00e0 son histoire mat\u00e9rielle. Comme la plupart des biens symboliques, les usages de la photographie sont \u00e9galement faits de d\u00e9cisions et d\u2019appr\u00e9ciations immat\u00e9rielles, pas toujours document\u00e9es, le cas \u00e9ch\u00e9ant dissimul\u00e9es ou m\u00e9connues. La reconstitution de ces processus, comme le processus de publication dans le cas de l\u2019\u00e9dition, oblige le plus souvent \u00e0 faire face \u00e0 des manques qu\u2019il faut combler par la d\u00e9duction, voire corriger par l\u2019analyse critique. Il n\u2019y a l\u00e0 rien de tr\u00e8s original du point de vue des m\u00e9thodes de l\u2019histoire ou de l\u2019arch\u00e9ologie.<\/p>\n<p><strong>Matthew S. Witkovsky.<\/strong> Votre question suppose l\u2019existence d\u2019un ordre qui rel\u00e8ve du visuel et d\u2019un ordre \u00ab\u00a0extra-visuel\u00a0\u00bb. Curieusement, les \u00e9l\u00e9ments relevant du second sont plus faciles \u00e0 appr\u00e9hender dans le contexte d\u2019un d\u00e9partement de mus\u00e9e. Le d\u00e9partement de la photographie de l\u2019Art Institute of Chicago a abord\u00e9 de nombreuses questions portant sur la structure institutionnelle \u00e0 travers ses expositions. \u00c0 titre d\u2019exemple, l\u2019exposition <em>Photography on Display<\/em> organis\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019ouverture de l\u2019aile moderne en 2009, proposait une histoire de la photographie d\u00e9termin\u00e9e par les espaces d\u2019exposition : le salon, la galerie d\u2019art, la page imprim\u00e9e et la chambre noire. Les deux premiers espaces sont attendus dans un contexte artistique, bien que l\u2019historique de la port\u00e9e des salons amateurs ou des galeries d\u2019art des ann\u00e9es 1890-1940 sur la compr\u00e9hension de la photographie en tant qu\u2019art soit encore parcellaire aujourd\u2019hui. Les derniers espaces \u2013 la page imprim\u00e9e et la chambre noire \u2013 ont fait l\u2019objet de nombreuses discussions dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique <span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_3');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_3');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_2747_1_3\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[3]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_2747_1_3\" class=\"footnote_tooltip\">L\u2019exposition Dans l\u2019atelier du photographe est l\u2019une des seules \u00e0 avoir trait\u00e9 le sujet de la chambre noire : Dans l\u2019atelier du photographe : la photographie mise en sc\u00e8ne, 1839-2006, Anne&nbsp;&#x2026; <span class=\"footnote_tooltip_continue\"  onclick=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_3');\">Continue reading<\/span><\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2747_1_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2747_1_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script> , mais ont rarement \u00e9t\u00e9 retenus dans des expositions mus\u00e9ales en tant que lieux de pr\u00e9sentation.<br \/>\nLe versant plus strictement li\u00e9 aux diff\u00e9rents supports de l\u2019image photographique, qui touche au film, aux projections de diapositives et \u00e0 d\u2019autres formes, est plus d\u00e9licat \u00e0 accueillir dans un d\u00e9partement de photographie. Certes, dans le cadre d\u2019une exposition temporaire, un d\u00e9partement classique de photographie pourra pr\u00e9senter quelques exemples de travaux non conventionnels \u00e0 base de photographies. En revanche, leur achat ou leur pr\u00e9sentation dans le contexte d\u2019une collection permanente de photographies peut rencontrer des obstacles, que ce soit au niveau du soutien des m\u00e9c\u00e8nes ou, de mani\u00e8re aussi cruciale, de la r\u00e9sistance de la part des autres conservateurs ou de l\u2019administration du mus\u00e9e. N\u00e9anmoins, \u00e0 titre d\u2019exemple, l\u2019exposition <em>Light Years: Conceptual Art and the Photograph, 1964-1977<\/em> <span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_4');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_4');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_2747_1_4\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[4]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_2747_1_4\" class=\"footnote_tooltip\"> <em>Light Years: Conceptual Art and the Photograph, 1964-1977<\/em>, Matthew S. Witkovsky \u00e9d., (cat. expo., Chicago, Art Institute of Chicago, 2011-2012), Chicago\/New Haven, 2011.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2747_1_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2747_1_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>, en 2011-2012, a pr\u00e9sent\u00e9 des films, des diapositives, des installations, des documents imprim\u00e9s, des photos sur toile et des objets sculpt\u00e9s hybrides. Certaines de ces \u0153uvres sont entr\u00e9es dans la collection permanente du mus\u00e9e et contribueront \u00e0 documenter l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019art moderne et contemporain \u00e0 l\u2019Art Institute of Chicago. Un autre exemple est la collection priv\u00e9e de Robert et June Leibowits, entr\u00e9e au mus\u00e9e en 2009: certaines \u0153uvres, dont la vaisselle en porcelaine, les magazines illustr\u00e9s, les affiches et de nombreux livres, ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es en 2011 dans une exposition intitul\u00e9e <em>Avant-Garde Art in Everyday Life<\/em> <span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_5');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_2747_1('footnote_plugin_reference_2747_1_5');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_2747_1_5\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[5]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_2747_1_5\" class=\"footnote_tooltip\"> <em>AvantGarde Art in Everyday Life<\/em>, Matthew S. Witkovsky \u00e9d., (cat. expo., Chicago, Art Institute of Chicago, 2011), Chicago\/New Haven, 2011.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2747_1_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2747_1_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>. L\u2019essentiel de la collection n\u2019est pas entr\u00e9 au d\u00e9partement de la photographie, alors m\u00eame que l\u2019acquisition avait \u00e9t\u00e9 diligent\u00e9e par ce d\u00e9partement. Pourtant, il a \u00e9t\u00e9 possible de d\u00e9velopper une histoire du modernisme ax\u00e9e sur la photographie \u00e0 partir de cette collection.<\/p>\n<p><strong>David Campany.<\/strong> La r\u00e9ponse d\u00e9pend du mus\u00e9e en question. Certains ont \u00e9t\u00e9 fond\u00e9s essentiellement comme des galeries d\u2019images, et ils continuent de l\u2019\u00eatre: tant que des images seront cr\u00e9\u00e9es, il y aura une place pour elles. \u00c0 l\u2019inverse, de nombreuses r\u00e9flexions aujourd\u2019hui consid\u00e8rent que certains mus\u00e9es, ou certaines fonctions mus\u00e9ales, ne devraient m\u00eame pas \u00eatre h\u00e9berg\u00e9s entre quatre murs, mais devraient \u00eatre assez flexibles pour s\u2019adapter \u00e0 toutes les configurations requises : un cin\u00e9ma temporaire, un d\u00e9p\u00f4t, un centre communautaire, des archives ouvertes au public, une biblioth\u00e8que, un site Internet ou un journal gratuit. Entre ces deux extr\u00eames, nous trouvons une vari\u00e9t\u00e9 de situations interm\u00e9diaires. Ce qui importe, ce n\u2019est pas la forme que rev\u00eat le mus\u00e9e, mais sa place dans la culture, une place qui ne devrait \u00eatre conditionn\u00e9e ni par les forces r\u00e9ductrices du march\u00e9, ni par les cat\u00e9gories consensuelles des m\u00e9dias de masse, ni par les valeurs des \u00e9lites puissantes, ni par les go\u00fbts douteux de riches collectionneurs. Un mus\u00e9e doit \u00eatre s\u00e9rieux, respectueux et s\u2019adresser \u00e0 l\u2019intelligence de son public ; un lieu qui reste ouvert et tol\u00e9rant envers ce que le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent ont \u00e0 nous dire sur notre avenir. Si ces lignes directrices sont respect\u00e9es, alors toutes les questions corollaires \u2013 la mani\u00e8re dont un mus\u00e9e doit pr\u00e9senter les livres, les magazines, les \u0153uvres en ligne, les happenings et les performances, ou m\u00eame les expositions pass\u00e9es \u2013 peuvent \u00eatre r\u00e9solues sans grande difficult\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Olivier Lugon.<\/strong> Une grande part de la recherche men\u00e9e sur la photographie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 se fait d\u00e9sormais en dehors des d\u00e9partements d\u2019histoire de l\u2019art (litt\u00e9rature, sociologie, anthropologie, g\u00e9ographie, visual studies) et porte sur des productions extra-artistiques. Les mus\u00e9es d\u2019art, eux, continuent pour l\u2019essentiel \u00e0 centrer leur int\u00e9r\u00eat sur la photographie artistique et la cr\u00e9ation d\u2019auteur. Apr\u00e8s des d\u00e9cennies de partage d\u2019une m\u00eame \u00ab\u00a0histoire de la photographie\u00a0\u00bb, ne tend-on pas vers une dissociation de ces deux espaces de recherche?<\/p>\n<p><strong>Matthew S. Witkovsky.<\/strong> Je dirais que, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la recherche men\u00e9e sur la photographie se pratique de mani\u00e8re dissoci\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et au mus\u00e9e. De m\u00eame, l\u2019histoire de l\u2019art se tient \u00e0 l\u2019\u00e9cart des \u00e9tudes litt\u00e9raires, des sciences sociales et des <em>visual studies<\/em>. De mani\u00e8re sch\u00e9matique, on peut dire que les historiens de l\u2019art (et les conservateurs) s\u2019int\u00e9ressent aux qualit\u00e9s de certains objets singuliers, ou \u00e0 des cas d\u2019\u00e9tudes, et \u00e9laborent des \u00ab\u00a0mod\u00e8les\u00a0\u00bb \u00e0 partir de ces exemples isol\u00e9s, tandis que les chercheurs en sociologie ou en visual studies pr\u00e9f\u00e8rent articuler ce qui est commun \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne ou \u00e0 une p\u00e9riode plus large, proposant un \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb uniquement lorsque plusieurs objets ou cr\u00e9ateurs partagent des attributs communs. Les historiens de l\u2019art estiment que l\u2019art se voit r\u00e9duit \u00e0 des statistiques par la recherche en sciences sociales (ou \u00e0 du texte par les historiens litt\u00e9raires), tandis que les sociologues consid\u00e8rent que l\u2019histoire de l\u2019art manque de fondements statistiques pour soutenir ses grandes th\u00e9ories. Cela rel\u00e8ve assur\u00e9ment d\u2019un parti pris, celui de d\u00e9battre \u00e0 partir de l\u2019exceptionnel ou du typique. Toute exposition pr\u00e9sentant des travaux de recherche dans les mus\u00e9es d\u2019histoire souffre de cette m\u00eame tension insoluble.<br \/>\nJe ne suis pas certain que la fracture que vous \u00e9voquez entre les approches universitaire et mus\u00e9ale soit si r\u00e9cente. Les \u00e9tudes acad\u00e9miques men\u00e9es sur la photographie s\u2019int\u00e9ressent depuis longtemps, me semble-t-il, aux questions d\u2019ordre socio-historique ou anthropologique: les noms d\u2019Ann McCauley, de Pierre Bourdieu, de John Tagg ou de Victor Burgin viennent tout de suite \u00e0 l\u2019esprit pour les ann\u00e9es 1970 et 1980. Une attention d\u00e9taill\u00e9e aux \u0153uvres individuelles n\u2019est cependant pas le propre de ces \u00e9tudes, dont l\u2019int\u00e9r\u00eat portait \u2013 l\u00e9gitimement \u2013 sur des questions plus g\u00e9n\u00e9rales de fonctionnement institutionnel. Quant aux premiers travaux sur la photographie en tant qu\u2019art (de Erich Stenger, Beaumont Newhall, Helmut Gernsheim), ils ont apport\u00e9 un \u00e9clairage documentaire tr\u00e8s important mais sans proposer de lecture approfondie des \u0153uvres. Il existe en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s peu de lectures rapproch\u00e9es de la photographie dans la grande tradition de l\u2019\u00e9criture sur l\u2019art, telle que cela existe pour la peinture, la sculpture, la litt\u00e9rature ou le cin\u00e9ma; et plus rares encore sont les textes qui abordent la pression que subit l\u2019histoire de l\u2019art en raison de la diversit\u00e9 des objets qui rentrent dans le champ de la photographie. L\u2019\u00e9l\u00e9ment commun aux deux domaines \u2013 le mus\u00e9e et l\u2019universit\u00e9 \u2013, pourrait-on dire, est leur incapacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 examiner en profondeur leur objet d\u2019\u00e9tude. Or une telle attention devrait justement \u00eatre l\u2019objectif partag\u00e9 de l\u2019histoire de l\u2019art acad\u00e9mique et de la production du mus\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>David Campany.<\/strong> Il semble l\u00e9gitime que les mus\u00e9es d\u2019art souhaitent se cantonner \u00e0 \u00ab\u00a0la photographie artistique et la cr\u00e9ation d\u2019auteur\u00a0\u00bb; d\u2019autres types de mus\u00e9es ont un int\u00e9r\u00eat d\u2019une autre nature pour d\u2019autres formes de photographie.<br \/>\nEn revanche, pour les \u00e9tablissements qui s\u2019autod\u00e9clarent \u00ab\u00a0mus\u00e9es de la photographie\u00a0\u00bb, ainsi que pour les galeries publiques sans vocation commerciale d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la photographie, la situation est autrement compliqu\u00e9e: en Europe et en Am\u00e9rique du Nord, un grand nombre de ces institutions sont d\u00e9stabilis\u00e9es par l\u2019expansion soudaine des \u00e9tudes men\u00e9es sur l\u2019ensemble des pratiques photographiques pass\u00e9es et pr\u00e9sentes. Leur identit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 fragile s\u2019en trouve boulevers\u00e9e. Pour se d\u00e9fendre, beaucoup se sont r\u00e9fugi\u00e9es dans les bras de l\u2019art contemporain, devenu le discours dominant mais limit\u00e9 dans la discussion publique sur la photographie. C\u2019est pour elles une double malchance. En tant qu\u2019espaces d\u2019art contemporain, ils sont souvent compromis par leur engagement envers un seul m\u00e9dium, la photographie, tout en n\u00e9gligeant bien d\u2019autres domaines de la photographie qu\u2019ils pourraient (devraient) pr\u00e9senter et explorer.<br \/>\nLorsque la photographie d\u00e9veloppe un discours et un cadre de r\u00e9f\u00e9rence propres et enti\u00e8rement ind\u00e9pendants des autres domaines, elle manque d\u2019oxyg\u00e8ne et p\u00e9riclite rapidement. Je pense que la photographie aurait disparu comme objet d\u2019\u00e9tude depuis une g\u00e9n\u00e9ration si elle ne s\u2019\u00e9tait pas d\u00e9gag\u00e9e de l\u2019emprise de l\u2019histoire de l\u2019art. Par chance, les d\u00e9partements universitaires de litt\u00e9rature, de sociologie, des visual studies et d\u2019histoire, ainsi que des mus\u00e9es progressistes, se sont rendu compte que la photographie \u00e9chappait \u00e0 un discours autonome. Le plus surprenant, c\u2019est que la prise de conscience ait \u00e9t\u00e9 si tardive. Mais il n\u2019est jamais trop tard. Lorsque la photographie se limite \u00e0 elle-m\u00eame, ce n\u2019est plus de la photographie.<\/p>\n<p><strong>Andr\u00e9 Gunthert.<\/strong> La dissociation entre mus\u00e9e et universit\u00e9 ne date pas d\u2019hier. L\u2019histoire technique de la photographie n\u2019a pas disparu du champ universitaire: elle s\u2019abrite simplement dans d\u2019autres espaces, comme le Conservatoire national des arts et m\u00e9tiers, de m\u00eame que la sociologie de ses usages populaires (tourisme, photographie familiale, etc.), qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 accueillie dans les d\u00e9partements d\u2019histoire de l\u2019art, s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e sous des auspices qui vont de l\u2019anthropologie \u00e0 la g\u00e9ographie. Modifier cet \u00e9tat de fait demanderait ni plus ni moins d\u2019abandonner ou de red\u00e9finir le terme \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb, ce qui, on le con\u00e7oit, n\u2019est pas un petit probl\u00e8me.<br \/>\nLa question \u00e0 se poser me para\u00eet plut\u00f4t \u00eatre celle, inverse, de la pertinence d\u2019une sp\u00e9cialit\u00e9 photographique autonome. Le pr\u00e9c\u00e9dent d\u2019une discipline consacr\u00e9e \u00e0 un groupe sp\u00e9cifique de pratiques culturelles, celui de l\u2019histoire de l\u2019art, montre bien la difficult\u00e9 de faire \u00e9voluer un paradigme lorsque les facteurs qui ont concouru \u00e0 sa fondation sont remis en question. La sociologie de l\u2019art existe aujourd\u2019hui en dehors de l\u2019histoire de l\u2019art sans que cette diff\u00e9renciation ne pose probl\u00e8me \u00e0 l\u2019un ou \u00e0 l\u2019autre domaine. Je pense de m\u00eame qu\u2019une trop forte sp\u00e9cialisation de l\u2019histoire de la photographie serait un handicap plut\u00f4t qu\u2019un atout pour le d\u00e9veloppement d\u2019approches nouvelles. Je suis en revanche tr\u00e8s favorable \u00e0 des questionnements mixtes ou des analyses compar\u00e9es, portant par exemple sur les influences r\u00e9ciproques des domaines photographique et cin\u00e9matographique, ou publicitaire et artistique, etc. Une approche de la dimension narrative sera mieux d\u00e9velopp\u00e9e dans un contexte d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires, tandis qu\u2019une investigation portant sur les dispositifs trouvera un meilleur soutien au sein de l\u2019histoire des techniques. Ce qui prime, au fond, doit toujours \u00eatre la question pos\u00e9e, plut\u00f4t que le respect d\u2019un pr\u00e9 carr\u00e9. Les distinctions artificielles par secteur ont longtemps emp\u00each\u00e9 une \u00e9tude approfondie des formes culturelles, qui sont pr\u00e9cis\u00e9ment caract\u00e9ris\u00e9es par leur capacit\u00e9 \u00e0 migrer d\u2019un territoire \u00e0 un autre. La question qui demeure est celle d\u2019une bonne circulation des informations \u00e0 partir de points de vue \u00e9parpill\u00e9s, mais c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 famili\u00e8re pour de nombreux champs, qui ne para\u00eet pas insurmontable.<\/p>\n<p><strong>Olivier Lugon.<\/strong> Durant plusieurs d\u00e9cennies, les \u00e9tudes photographiques ont \u00e9t\u00e9 un terrain d\u2019affrontement privil\u00e9gi\u00e9 entre approches esth\u00e9tiques et critiques anti-formalistes, entre histoire de l\u2019art et <em>cultural studies<\/em>. O\u00f9 en est-on aujourd\u2019hui de cet antagonisme?<\/p>\n<p><strong>Matthew S. Witkovsky.<\/strong> La sph\u00e8re de la photographie contemporaine a fusionn\u00e9, pour le meilleur et pour le pire, avec celle de l\u2019art contemporain, tandis que l\u2019art contemporain est devenu un domaine sans m\u00e9dium attitr\u00e9. Les artistes contemporains qui font de la photographie (mais peut-\u00eatre aussi de la sculpture, de la vid\u00e9o, de la peinture, etc.) ont une connaissance \u00e9tendue de la photographie \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb, tandis que les meilleurs photographes qui souhaitent se d\u00e9finir comme des artistes contemporains sont relativement conscients des d\u00e9bats qui traversent l\u2019art de notre \u00e9poque, quel que soit le m\u00e9dium retenu. Cette \u00e9volution est \u00e0 la fois b\u00e9n\u00e9fique et n\u00e9faste. Elle retire le voile protecteur de l\u2019isolationnisme qui pr\u00e9servait le domaine de la \u00ab\u00a0photographie d\u2019art\u00a0\u00bb, alors que les experts ont souvent cherch\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies \u00e0 soutenir des approches ou des strat\u00e9gies de la photographie qui se r\u00e9v\u00e9leraient redondantes, ou m\u00e9diocres, si elles \u00e9taient \u00e9valu\u00e9es par rapport au cadre plus large de l\u2019art moderne et contemporain.<br \/>\nD\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la photographie en tant qu\u2019art a historiquement envahi le domaine des beaux-arts, avec des r\u00e9sultats salutaires. Les artistes se tournant vers la photographie, ou les photographes de m\u00e9tier proposant des id\u00e9es neuves ou des espaces in\u00e9dits pour la production, la diffusion et la pr\u00e9sentation, ont permis de relancer r\u00e9guli\u00e8rement les d\u00e9bats sur l\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral. Maintenant que l\u2019art contemporain recouvre toutes les formes d\u2019activit\u00e9 cr\u00e9ative, les possibilit\u00e9s d\u2019empi\u00e9tement ou de renouveau se trouvent limit\u00e9es, voire an\u00e9anties.<br \/>\nLes <em>cultural studies<\/em> repr\u00e9sentent peut-\u00eatre une poche de r\u00e9sistance institutionnelle face aux pr\u00e9tentions h\u00e9g\u00e9moniques de l\u2019art. Toutefois, il serait peut-\u00eatre pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019oublier tout simplement cet antagonisme pour laisser ces domaines (histoire de l\u2019art, <em>cultural studies<\/em>) suivre leur trajectoire propre, puisque leurs int\u00e9r\u00eats et leurs objectifs divergent consid\u00e9rablement.<\/p>\n<p><strong>Andr\u00e9 Gunthert.<\/strong> Il est int\u00e9ressant de d\u00e9crire les \u00e9tudes photographiques comme le terrain d\u2019un affrontement entre diff\u00e9rentes approches de l\u2019objet culturel. \u00c0 dire vrai, c\u2019est le champ entier des \u00e9tudes sur l\u2019art qui a \u00e9t\u00e9 travers\u00e9 dans la p\u00e9riode r\u00e9cente par ces explorations \u2013 et le cas \u00e9ch\u00e9ant par les contradictions qu\u2019elles peuvent soulever. Je per\u00e7ois la photographie comme un des terrains qui ont favoris\u00e9 de mani\u00e8re positive ces circulations, en permettant \u00e0 diverses approches de s\u2019exprimer sans remettre en cause <em>a priori<\/em> leur l\u00e9gitimit\u00e9.<br \/>\nToutefois, en d\u00e9pit de quelques inflexions bienvenues, il me semble que la dynamique que l\u2019on pouvait esp\u00e9rer voir na\u00eetre de ces croisements ne s\u2019est pas beaucoup d\u00e9velopp\u00e9e. Le paysage acad\u00e9mique et mus\u00e9al n\u2019a pas fondamentalement \u00e9volu\u00e9 au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, ce qui est surprenant si l\u2019on consid\u00e8re le nombre d\u2019avanc\u00e9es effectu\u00e9es dans l\u2019intervalle. Les \u00e9tudes culturelles ou sociales restent un motif de discorde et ne sont toujours pas accept\u00e9es au c\u0153ur de l\u2019institution, alors m\u00eame que la demande des \u00e9tudiants est forte et que la curiosit\u00e9 des jeunes coll\u00e8gues grandit. La situation peut parfois para\u00eetre confuse, car on voit se d\u00e9velopper des formes d\u2019affichage, dans des titres de s\u00e9minaire ou de colloque, qui ont tout de l\u2019alibi. Mais quand il s\u2019agit de l\u2019essentiel, c\u2019est-\u00e0-dire des budgets ou des recrutements, la lenteur des \u00e9volutions est manifeste.<br \/>\nJ\u2019ai peur que le moment d\u2019un rapprochement en douceur soit d\u00e9sormais derri\u00e8re nous. Les difficult\u00e9s actuelles du syst\u00e8me acad\u00e9mique, qui cumule mutations institutionnelles et restrictions budg\u00e9taires, ont pour cons\u00e9quence une lutte pour le maintien des positions acquises et un renforcement des conservatismes. Loin de s\u2019estomper, les antagonismes disciplinaires tendent au contraire \u00e0 se renforcer. Le probl\u00e8me se complique du fait que les \u00e9tudes culturelles ne sont pas demeur\u00e9es statiques: la transition num\u00e9rique, par exemple, a apport\u00e9 son lot d\u2019interrogations et d\u2019enseignements, et le r\u00f4le porteur des \u00e9tudes photographiques s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 vers les sciences de la communication, la sociologie des m\u00e9dias, les \u00e9tudes de genre ou les <em>digital studies<\/em> \u2013 qui accueillent volontiers les travaux portant sur les formes visuelles. On n\u2019arr\u00eate pas la recherche, et les ferments distill\u00e9s par les questions sociales et culturelles, qui nous ont fait d\u00e9couvrir tant d\u2019horizons nouveaux, ne vont pas dispara\u00eetre. La question est plut\u00f4t de savoir quels champs auront su en profiter, et lesquels auront rat\u00e9 l\u2019occasion de faire leur <em>aggiornamento<\/em>.<\/p>\n<p><strong>David Campany.<\/strong> Il y a toujours un antagonisme derri\u00e8re l\u2019id\u00e9e de l\u2019esth\u00e9tique en photographie, antagonisme qui s\u2019est trouv\u00e9 au c\u0153ur des avant-gardes du si\u00e8cle dernier et du d\u00e9but de celui-ci. Dans les moments de crise politique, la valeur esth\u00e9tique a polaris\u00e9 toutes les critiques face \u00e0 l\u2019\u00e9chec des images. On lui a reproch\u00e9 son caract\u00e8re trop \u00ab\u00a0traditionnel\u00a0\u00bb; d\u2019\u00eatre la valeur par d\u00e9faut adopt\u00e9e en cas de r\u00e9cession \u00e9conomique par les mus\u00e9es et les collectionneurs, dans une forme de <em>statu quo<\/em>; de rester \u00e9nigmatique, po\u00e9tique, ouverte face \u00e0 l\u2019urgence, etc. C\u2019est une forme d\u2019accablement paresseux, qui a cours depuis si longtemps qu\u2019il faudrait en dresser l\u2019historique.<br \/>\nLes dimensions esth\u00e9tiques de la photographie existent, que nous le voulions ou non, que ce soit dans \u00ab\u00a0l\u2019art anti-formaliste\u00a0\u00bb (bien que je ne sois pas certain qu\u2019une telle chose existe), dans les images scientifiques et polici\u00e8res, dans l\u2019imagerie m\u00e9dicale, dans le documentaire, ou dans le reportage et le photojournalisme. R\u00e9duire la photographie \u00e0 sa dimension esth\u00e9tique est aussi vain et impossible que d\u2019exclure l\u2019esth\u00e9tique de la photographie. J\u2019admets que \u00ab\u00a0l\u2019affrontement\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0l\u2019antagonisme\u00a0\u00bb existent, pour reprendre les termes de la question, mais ils sont en r\u00e9alit\u00e9 le sympt\u00f4me d\u2019un ensemble de probl\u00e8mes et de questions plus profonds et s\u00e9rieux, qui restent \u00e0 d\u00e9m\u00ealer. Ils sont ancr\u00e9s dans l\u2019ambivalence de toutes les images, une ambivalence que les moyens photographiques soulignent et mettent en valeur.<\/p>\n<p><em>Nota bene: Ce texte r\u00e9sulte d\u2019un \u00e9change de courriels. La traduction des contributions de David Campany et de Matthew S. Witkovsky a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par G\u00e9raldine Bretault. <\/em><\/p>\n<p><strong>David Campany<\/strong>, \u00e9crivain, artiste et commissaire d\u2019expositions, a r\u00e9cemment organis\u00e9 <em>Anonymes. Unnamed America in Photography<\/em> (Le Bal, 2010) et a publi\u00e9 <em>Walker Evans. The Magazine Work<\/em> (2013) et <em>The Open Road. Photographic Road Trips in America<\/em> (\u00e0 para\u00eetre).<br \/>\n<strong>Andr\u00e9 Gunthert<\/strong>, historien de la culture et ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019\u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales (EHESS), dirige le Laboratoire d\u2019histoire visuelle contemporaine. Fondateur de la revue <em>\u00c9tudes photographiques<\/em>, il a codirig\u00e9 <em>L\u2019Art de la photographie des origines \u00e0 nos jours<\/em> (2007).<br \/>\n<strong>Olivier Lugon<\/strong>, professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lausanne, a r\u00e9cemment publi\u00e9 <em>Fixe\/anim\u00e9. Croisements de la photographie et du cin\u00e9ma au XXe si\u00e8cle<\/em>, avec Laurent Guido (2010), et <em>Expositions et m\u00e9dias. Photographie, cin\u00e9ma, t\u00e9l\u00e9vision<\/em> (2012).<br \/>\n<strong>Matthew S. Witkovsky<\/strong> est titulaire de la chaire Richard and Ellen Sandor au d\u00e9partement de la photographie \u00e0 l\u2019Art Institute of Chicago. Il a organis\u00e9, entre autres expositions, <em>AvantGarde Art in Everyday Life<\/em> (2011) et <em>Light Years. Conceptual Art and the Photograph, 1964-1977<\/em> (2011-2012).<\/p>\n<p><em>Citation:\u00a0 David Campany, Andr\u00e9 Gunthert, Olivier Lugon, Matthew S. Witkovsky , \u00ab\u00a0Histoire(s) de la photographie\u00a0\u00bb, <\/em>Perspective<em>, 2013-1, juin 2013, p. 119-128 (<a href=\"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/12_Perspective_2013-1_EC_DEBAT_HistoirePhoto.pdf\">PDF<\/a>).<\/em><\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2747_1();\">Notes<\/span><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2747_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_2747_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_2747_1\" style=\"\"><table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"><caption class=\"accessibility\">Notes<\/caption> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_2747_1('footnote_plugin_tooltip_2747_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_2747_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>1<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Voir, entre autres : <em>The Art of Photography, 1829 1989<\/em>, Mike Weaver \u00e9d., (cat. expo., Houston, Museum of Fine Arts\/Canberra, Australian National Gallery\/Londres, Royal Academy of Arts, 1989), New Haven, 1989 ; <em>On the Art of Fixing a Shadow: One Hundred and Fifty Years of Photography<\/em>, (cat. expo., Washington, D.C., National Gallery of Art\/ Chicago, Art Institute of Chicago\/Los Angeles, Los Angeles County Museum of Art, 1989-1990), Washington, D.C.\/Chicago, 1989.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_2747_1('footnote_plugin_tooltip_2747_1_2');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_2747_1_2\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>2<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Andr\u00e9 Gunthert, Michel Poivert \u00e9d., <em>L\u2019Art de la photographie des origines \u00e0 nos jours<\/em>, Paris, 2007.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_2747_1('footnote_plugin_tooltip_2747_1_3');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_2747_1_3\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>3<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"> L\u2019exposition Dans l\u2019atelier du photographe est l\u2019une des seules \u00e0 avoir trait\u00e9 le sujet de la chambre noire : <em>Dans l\u2019atelier du photographe : la photographie mise en sc\u00e8ne, 1839-2006<\/em>, Anne Cartier-Bresson \u00e9d., (Paris, Mus\u00e9e Bourdelle, 2012- 2013), Paris, 2013. Sur la photographie dans la presse, voir entre autres <em>Kiosk: Eine Geschichte der Fotoreportage, 1839-1973<\/em>, Bodo von Dewitz, Robert Lebeck \u00e9d., (cat. expo., Cologne, Museum Ludwig\/Agfa Foto-Historama, 2001), G\u00f6ttingen, 2001 ; Michel Frizot, C\u00e9dric de Veigy, <em>Vu, le magazine photographique, 1928-1940<\/em>, Paris, 2009.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_2747_1('footnote_plugin_tooltip_2747_1_4');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_2747_1_4\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>4<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"> <em>Light Years: Conceptual Art and the Photograph, 1964-1977<\/em>, Matthew S. Witkovsky \u00e9d., (cat. expo., Chicago, Art Institute of Chicago, 2011-2012), Chicago\/New Haven, 2011.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_2747_1('footnote_plugin_tooltip_2747_1_5');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_2747_1_5\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>5<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"> <em>AvantGarde Art in Everyday Life<\/em>, Matthew S. Witkovsky \u00e9d., (cat. expo., Chicago, Art Institute of Chicago, 2011), Chicago\/New Haven, 2011.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_2747_1() { jQuery('#footnote_references_container_2747_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2747_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_2747_1() { jQuery('#footnote_references_container_2747_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2747_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2747_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_2747_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2747_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_2747_1(); } } function footnote_moveToReference_2747_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2747_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_2747_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2747_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&rsquo;occasion de la parution du n\u00b0 2013-1 de la revue Perspective, je publie, avec l&rsquo;autorisation de la r\u00e9daction et des auteurs, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[17,20,25,26],"tags":[54,62],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p80eNK-Ij","jetpack-related-posts":[{"id":2553,"url":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2553\/","url_meta":{"origin":2747,"position":0},"title":"La Fabrique de l&#039;histoire de la photographie","date":"14 novembre 2012","format":false,"excerpt":"A l'occasion de Paris-Photo, la Fabrique de l'histoire, \u00e9mission propos\u00e9e par Emmanuel Laurentin sur France-Culture (9:05-10:00), se consacre cette semaine \u00e0 l'histoire de la photographie. 1\/4 Invit\u00e9s: Fran\u00e7oise Huguier, photographe; Christophe Pete, tireur filtreur num\u00e9rique Laboratoire Janvier (podcast),\u00a0 12\/11\/2012. 2\/4 \"Les enqu\u00eates photographiques de la reconstruction\" (podcast), documentaire par S\u00e9verine\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Agenda&quot;","img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/farm9.staticflickr.com\/8197\/8181860144_b2df67c962_n.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":2042,"url":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2042\/","url_meta":{"origin":2747,"position":1},"title":"Parution &quot;Le Ciel est bleu&quot;","date":"27 septembre 2011","format":false,"excerpt":"Les \u00e9ditions Textuel annoncent la parution de: Nathalie Boulouch, Le Ciel est bleu. 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