{"id":1818,"date":"2011-06-22T06:31:40","date_gmt":"2011-06-22T04:31:40","guid":{"rendered":"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/?p=1818"},"modified":"2011-06-22T06:31:40","modified_gmt":"2011-06-22T04:31:40","slug":"la-couverture-un-objet-culturel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/1818\/","title":{"rendered":"La couverture, un objet culturel"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/gunthert\/5803111077\/in\/photostream\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/farm6.static.flickr.com\/5065\/5803111077_bec3667537_m.jpg\" alt=\"\" width=\"174\" height=\"240\" \/><\/a>Objet culturel \u00e0 part enti\u00e8re, ic\u00f4ne de l\u2019acc\u00e8s pour tous \u00e0 la culture ou au contraire symbole de r\u00e9pression et de totalitarisme, le livre a marqu\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. L\u2019identification imm\u00e9diate d\u2019un ouvrage a \u00e9t\u00e9 rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 un attribut simple, \u00e0 l\u2019origine simplement utilitaire\u00a0: la couverture. Ce r\u00e9f\u00e9rent visuel a tr\u00f4n\u00e9 en souverain unique pendant les si\u00e8cles de l\u2019\u00e2ge d\u2019or de l\u2019imprimerie. Mais l\u2019arriv\u00e9e des nouvelles technologies de l\u2019information et de la cr\u00e9ation a boulevers\u00e9 l\u2019ordre \u00e9tabli, et a subitement rel\u00e9gu\u00e9 la couverture imprim\u00e9e au rang de quasi-antiquit\u00e9. La couverture de livre est-elle pour autant morte? La reliure est-elle r\u00e9ellement une relique mus\u00e9ale, appel\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre au profit d\u2019images pixellis\u00e9es\u00a0? En quoi l\u2019arriv\u00e9e des livres d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9s a-t-elle profond\u00e9ment modifi\u00e9 le r\u00f4le et l\u2019importance de la couverture des livres sur \u00e9cran? Cela a-t-il eu une influence sur le consommateur final\u00a0? Ce travail commencera par \u00e9tablir les origines de la couverture, ainsi que sa fonction originelle. Puis nous nous int\u00e9resserons plus pr\u00e9cis\u00e9ment aux fonctions et attributs des couvertures de livre dans le contexte socioculturel actuel, plus sp\u00e9cifiquement par rapport \u00e0 l\u2019av\u00e8nement des e-books.<!--more--><\/p>\n<p><strong>1.1 Approche historique de la couverture<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">a) La couverture, une fonction originelle utilitaire. <\/span><\/p>\n<p>Les couvertures de livres existent depuis les d\u00e9buts de l&rsquo;imprimerie. Mais jusqu\u2019en 1820, \u00ab\u00a0couvrir\u00a0\u00bb un livre \u00e9tait un proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s particulier\u00a0: les livres s\u2019achetaient dans des magasins sp\u00e9cialis\u00e9s, puis l\u2019acheteur allait chez un relieur, qui rassemblait les feuilles du livre, les reliait, et les assemblait sous une couverture choisie par le client. Les livres \u00e9taient chers, fragiles, et finalement assez rares. Les couvertures servaient \u00e0 prot\u00e9ger les magnifiques textes pr\u00e9cieux, \u00e9crit \u00e0 la main pour certains, et dont le papier devait \u00eatre abrit\u00e9 des usures du temps et des lecteurs. Cette premi\u00e8re fonction \u00e9tait donc uniquement pratique.<\/p>\n<p>A partir de 1820, les imprimeurs ont modifi\u00e9 leurs proc\u00e9d\u00e9s de fabrication et ont commenc\u00e9 \u00e0 commercialiser des livres avec la couverture incluse. Pour les rendre plus attractives, ces couvertures \u00e9taient illustr\u00e9es. A d\u00e9but, ces illustrations \u00e9taient de simple dessins, monochromes et faciles \u00e0 imprimer, repr\u00e9sentant des formes g\u00e9om\u00e9triques basiques.<\/p>\n<p>Puis, les progr\u00e8s aidant, les illustrations se sont enrichies. Les dorures imprim\u00e9es sont apparues, ainsi que les gravures en polychromie. Le terrain des couvertures de livres a peu \u00e0 peu \u00e9t\u00e9 investi par les affichistes et autres artistes \u00e0 la mode. Cette p\u00e9riode co\u00efncide \u00e0 une mont\u00e9e de ce qui sera appel\u00e9 plus tard le \u00ab\u00a0design graphique\u00a0\u00bb\u00a0: les illustrateurs se sont petit \u00e0 petit sp\u00e9cialis\u00e9s, et sont pass\u00e9s d\u2019artistes purs \u00e0 artisans illustrateurs, plus sp\u00e9cialis\u00e9s. Vers les ann\u00e9es 1830, la \u00ab\u00a0couverture amovible\u00a0\u00bb a fait son apparition, avec pour vocation essentielle de prot\u00e9ger la couverture des intemp\u00e9ries et du transport hors biblioth\u00e8que\u00a0: cette seconde couverture pr\u00e9figure ce qui sera plus tard le packaging d\u2019un livre.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, la couverture allait avoir une autre signification, plus publicitaire et purement communicative. Avec l\u2019Art Nouveau et le Dada\u00efsme, le livre entame une r\u00e9volution quasi totale\u00a0: le design de couverture entre dans la \u00ab\u00a0mass book culture\u00a0\u00bb et les couvertures deviennent de plus en plus d\u00e9velopp\u00e9es. Grace \u00e0 ces derni\u00e8res, le livre devient non seulement un vecteur de culture par son continua, mais aussi un objet culturel en lui-m\u00eame, par son apparence.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s-guerre, les couvertures sont au centre d\u2019un enjeu marchand\u00a0: la concurrence. C\u2019est \u00e0 partir de ce moment que la couverture va communiquer sur l\u2019int\u00e9rieur du livre, comme un teaser de cin\u00e9ma. Les illustrations sont tr\u00e8s pos\u00e9es, la photo prend une tr\u00e8s grande part dans cette communication. L\u2019objectif\u00a0: attirer l\u2019attention du client et donc du lecteur. Le livre est fa\u00e7onn\u00e9 par les strat\u00e9gies marketing.<\/p>\n<p>On l\u2019a vu, les couvertures ont \u00e9volu\u00e9 pour accompagner le livre dans ses changements sociaux et culturels. Car aujourd\u2019hui le livre est un objet culturel important, aux natures multiples\u2026 et complexes\u00a0!<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">b) La couverture, un objet culturel<\/span><\/p>\n<p>Dans un magasin de livres, la premi\u00e8re chose que l\u2019on voit sur les rayonnages, c\u2019est bien entendu la couverture des livres \u00e0 vendre. L\u2019acheteur (le futur acheteur) est entour\u00e9 de couvertures criant leurs m\u00e9rites, appelant son regard et cherchant son attention. Cette parade visuelle n\u2019a qu\u2019un but\u00a0: nous convaincre de consulter, de feuilleter et d\u2019acheter. C\u2019est une parade de s\u00e9duction \u00e0 laquelle se livrent les ouvrages, un appel \u00e0 l\u2019achat. Un proverbe anglais dit qu\u2019il ne faut pas juger un livre sur sa couverture (\u00abdon\u2019t judge a book by its cover\u00bb, l\u2019\u00e9quivalent de notre \u00abl\u2019habit ne fait pas le moine\u00bb). Mais en termes marketing, c\u2019est bien \u00e9videmment l\u2019inverse qui se produit\u00a0: on choisit parfois un livre uniquement\u2026 sur sa couverture.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019arriv\u00e9e des e-books, l\u2019industrie des livres s\u2019est radicalement transform\u00e9e. Et la couverture est l\u2019un des bras arm\u00e9s de la f\u00e9roce concurrence que se livrent \u00e9ditions de papier et \u00e9ditions digitales.<\/p>\n<p><strong>1.2 Les composantes de la couverture<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">a) la couverture, un teaser en forme de synth\u00e8se<\/span><\/p>\n<p>La couverture est le lien primaire entre le livre et le lecteur. Elle introduit l\u2019int\u00e9rieur du livre et refl\u00e8te une promesse. Elle nous donne des indications objectives basiques sur le contenu du livre et son auteur, sa maison d\u2019\u00e9dition. C\u2019est la \u00ab\u00a0carte d\u2019identit\u00e9\u00a0\u00bb du livre.<\/p>\n<p>Plusieurs \u00e9l\u00e9ments de la couverture nous indiquent diff\u00e9rents aspects du livre. Le rapport entre texte et image aide le lecteur \u00e0 trouver des informations sur la nature du livre, son genre et son style. L\u2019illustration de couverture, ou son absence, placent le lecteur au centre d\u2019une sensation culturelle, dont l\u2019intensit\u00e9 varie selon l\u2019objectif recherch\u00e9\u00a0: ainsi utiliser une image iconique, ancr\u00e9e dans l\u2019inconscient collectif pour illustrer une couverture de livre permet une identification imm\u00e9diate et suscite une r\u00e9action culturellement pr\u00e9dictible chez le lecteur. A l\u2019inverse, l\u2019illustration peut \u00eatre cr\u00e9e <em>ex nihilo<\/em> pour plaire \u00e0 la cible vis\u00e9e.<\/p>\n<p>La couverture poss\u00e8de une importante fonction de synth\u00e8se, qui est un v\u00e9ritable r\u00e9sum\u00e9 illustr\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur du livre. En outre, le support physique de la couverture peut varier selon les genres, les styles et les collections. On en diff\u00e9rencie la texture, entre mat et brillant, entre couverture souple et couverture dure. Ce choix mat\u00e9riel n\u2019est pas anodin\u00a0: il refl\u00e8te, l\u00e0 encore, la promesse v\u00e9hicul\u00e9e par le livre et participe \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre marchand qui va d\u00e9clencher l\u2019acte d\u2019achat. Les codes visuels de la couverture (typographie, mise en page,\u2026) sont primordiaux quant \u00e0 la perception que va se faire le futur lecteur du livre.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">b) Processus de cr\u00e9ation d\u2019une couverture <\/span><\/p>\n<p>La couverture du livre est la partie la plus travaill\u00e9e par le plus grand nombre de personnes. Son processus d\u2019\u00e9laboration implique une chaine de cr\u00e9ation longue, complexe, faisant intervenir \u00e0 la fois des imp\u00e9ratifs artistiques, \u00e9ditoriaux, mais aussi marketing et commerciaux. A l\u2019instar d\u2019une couverture de magazine, avec laquelle elle ne partage pas la p\u00e9riodicit\u00e9 de renouvellement, la couverture de livre doit attirer. C\u2019est au Directeur artistique qu\u2019incombera la responsabilit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rer l\u2019\u00e9lan originel, sur la base de recommandations strat\u00e9giques. Le responsable de collections, l\u2019auteur et l\u2019agent prennent ensuite le relais, chacun avec des imp\u00e9ratifs et des envies propres, parfois concurrentes, souvent dissonantes car recouvrant des int\u00e9r\u00eats singuliers. L\u2019\u00e9diteur intervient souvent \u00e0 ce stade, pour trancher les conflits et insuffler une direction. L\u2019\u00e9quipe commerciale, \u00e0 son tour, prend part au processus et affine la direction choisie en fonction des cibles vis\u00e9s et des objectifs attendus. Et parfois m\u00eame les libraires ont leur mot \u00e0 dire, via le r\u00e9seau de distribution de l\u2019\u00e9diteur. Cet ensemble aboutit \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une couverture. Aujourd\u2019hui, avec les avnc\u00e9es de la PAO et l\u2019av\u00e8nement des plateformes cross-media, ce processus a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement fluidifi\u00e9 et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>2.\u00a0 Le livre, un produit culturel complexe<\/strong><\/p>\n<p><strong>2.1 Le livre, un produit culturel concurrenc\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">a) La pochette de disque, une ic\u00f4ne collective<\/span><\/p>\n<p>Un autre produit culturel a d\u00e9velopp\u00e9 une relation complexe avec la couverture qui l\u2019abrite\u00a0: le disque, encore plus que le livre, entretient un lien \u00e9troit, presque symbiotique, avec l\u2019illustration qui l\u2019identifie. Pourtant le m\u00e9canisme de perception entre pochette de disque et couverture de livre est diff\u00e9rent\u00a0: les pochettes de disque font int\u00e9gralement partie du produit. On les collectionne, on les garde, on les regarde. Au point que certaines pochettes de disque font aujourd\u2019hui partie du patrimoine culturel collectif. Il en va diff\u00e9remment des couvertures de livre, qui, \u00e0 part certaines \u00e9ditions iconiques (Pl\u00e9iade, les Jules Verne rouge et or) ne sont pas consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0faisant partie\u00a0\u00bb du produit. Il est difficile d\u2019identifier avec certitude les causes de cette disparit\u00e9, mais on peut envisager l\u2019hypoth\u00e8se que la pochette est le lien mat\u00e9riel unique qui relie l\u2019acheteur \u00e0 la musque qu\u2019il ach\u00e8te (le disque, en lui-m\u00eame, n\u2019est qu\u2019un instrument). Pour le livre, les pages se suffisent \u00e0 elles-m\u00eames. En outre, un disque n\u2019a qu\u2019une seule et unique pochette, ce qui n\u2019est pas le cas du livre.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">b) Le magazine, un objet p\u00e9riodique<\/span><\/p>\n<p>Il est aussi important de faire une diff\u00e9rence entre les couvertures de magazines et celles des livres. Un magazine est de nature fluctuante, p\u00e9riodique. Si la couverture d\u2019un magazine peut remplir \u00e9ditorialement (annonce du contenu, synth\u00e8se, teaser) et commercialement (se d\u00e9marquer et attirer le client) les m\u00eames fonctions qu\u2019une couverture de livre, sa destination la condamne \u00e0 un oubli rapide, sauf cas historiques exceptionnels. Outre sa fonction primaire, le livre est un objet qui a une existence propre, au-del\u00e0 de son contenu. Il se conserve, s\u2019exhibe et se transmet. Il a une fonction sociale forte, voire une signification d\u00e9tourn\u00e9e de son utilit\u00e9 premi\u00e8re\u00a0: mettre en \u00e9vidence les couvertures d\u2019une collection compl\u00e8te de la Pl\u00e9iade, c\u2019est affirmer un certain degr\u00e9 de culture et de connaissance\u2026 m\u00eame si ce n\u2019est ni une preuve de lecture, et encore moins une preuve de compr\u00e9hension\u00a0!<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>2.2 Les nouveaux d\u00e9fis du livre d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">a.) Le livre digital<\/span><\/p>\n<p>L\u2019importance des couvertures dans \u00ab\u00a0l\u2019e-book business\u00a0\u00bb est encore plus importante que dans l\u2019industrie papier. Aujourd\u2019hui, un internaute veut comprendre et saisir le plus vite possible les informations dont il est abreuv\u00e9. Les couvertures d\u2019e-books doivent encore attirer plus d\u2019information que les couvertures imprim\u00e9es.<\/p>\n<p>Et d&rsquo;une part, la couverture permet aussi d&rsquo;assurer une relation \u00e0 l&rsquo;image, qui rappellera la nostalgie du livre ancien, d&rsquo;autre part elle suscitera toujours une part d&rsquo;\u00e9vasion, avant m\u00eame que d&rsquo;entrer dans le livre.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les e-books avaient les m\u00eames couvertures que les livres classiques, mais devant les exigences sp\u00e9cifiques \u00e0 la recherche sur \u00e9cran et face aux attentes des consommateurs en ligne, les couvertures d\u2019e-book ont tr\u00e8s rapidement \u00e9volu\u00e9 pour trouver un langage sp\u00e9cifique et donner plus de personnalit\u00e9 au livre d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9. Les nouvelles technologies jouent aussi sur les couvertures vivantes et interactives\u00a0 et la possibilit\u00e9 au lecteur de cr\u00e9er soi-m\u00eame sa propre couverture<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 la couverture classique, les couvertures de livres num\u00e9riques laissent moins d\u2019espace aux d\u00e9tails. Elles doivent rappeler les contenus papiers (pour celles qui en sont issues), tout en s\u2019affranchissant des contraintes de ces derni\u00e8res pour \u00eatre lisibles sous forme digitale<em>. Le rapport du lecteur-acheteur \u00e0 ces couvertures se fait maintenant par l\u2019interm\u00e9diaire unique de l\u2019\u00e9cran. C\u2019est \u00e0 ces affichages-l\u00e0 et ces modes de consultation qu\u2019il faut penser quand on con\u00e7oit des couvertures pour les livres \u00e9lectroniques, ce qui est important aussi \u00e0 savoir c\u2019est que \u00e0 partir de 150 pixels sur 200, beaucoup de couvertures sont illisibles\u2026 et la plupart du temps on arrive pas \u00e0 lire le nom de l\u2019auteur. <\/em><\/p>\n<p>La gratuit\u00e9 de la plupart des e-books change aussi notre rapport avec eux. Lorsqu\u2019Amazone propose gratuitement de t\u00e9l\u00e9charger des \u0153uvres compl\u00e8tes d\u2019Edgar Allan Poe dans le cadre d\u2019une op\u00e9ration de marketing vissant \u00e0 familiariser ses clients aux livres d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9s, ce sont certes des milliers de lecteurs suppl\u00e9mentaires qui vont d\u00e9couvrir Poe, mais ce sont aussi des milliers de consommateurs qui vont d\u00e9velopper un r\u00e9flexe de consommation gratuite, dont les cons\u00e9quences \u00e9conomiques, \u00e0 terme, risquent d\u2019\u00eatre d\u00e9sastreuses.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline\">b) Le livre imprim\u00e9, vendu en ligne<\/span><\/p>\n<p>Une probl\u00e9matique complexe vient se superposer \u00e0 celles inh\u00e9rentes aux livres d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9s et aux livres imprim\u00e9s vendus en librairie\u00a0: quid des livres imprim\u00e9s, vendus sur internet\u00a0? Ces ouvrages vont devoir r\u00e9pondre \u00e0 une double obligations\u00a0: \u00eatre physiquement visibles dans les points de vente r\u00e9els et donc ob\u00e9ir aux r\u00e8gles visuelles et marketing d\u2019attraction du client. Mais ils devront aussi se conformer aux exigences de la vente en ligne et donc aux r\u00e8gles du langage visuel d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9, rendu d\u2019autant plus complexe par la multiplication des plateformes et des terminaux, \u00e0 la surface de visualisation allant de quelques pouces pour un Smartphone aux 27 pouces de certains moniteurs bureautique.\u00a0 Ce grand \u00e9cart repose tout entier sur la couverture du livre, car elle est le plus petit \u2013 et unique \u2013 d\u00e9nominateur commun entre une librairie et un site web.\u00a0 <strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline\">c.) Les terminaux de lecture<\/span><\/strong><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Avec l&rsquo;arriv\u00e9e du livre \u00e9lectronique, et dans une moindre mesure de la tablette digitale, s\u2019est perdue une des fonctions essentielle de la couverture d\u2019un livre imprim\u00e9\u00a0: sa viralit\u00e9 visuelle. Lorsque l\u2019on lit un livre classique, on expose la couverture de l\u2019ouvrage aux regards des autres, qui d\u2019un seul coup d\u2019\u0153il peuvent identifier la publication, et r\u00e9agir (ou non) \u00e0 ces stimuli visuels. C\u2019est le \u00absyndrome du m\u00e9tro\u00bb, o\u00f9 de parfaits inconnus interagissent socialement entre eux, brisant le tabou de la distance minimal n\u00e9cessaire pour \u00e9changer \u00e0 propos d\u2019un ouvrage. Avec les livres \u00e9lectroniques, impossible de d\u00e9chiffrer la couverture, et donc de savoir ce que l\u2019autre lit. \u00abAvec Kindl, impossible de juger un livre par sa couverture!\u00bb (<em>In E-Book Era, You can\u2019t even judge a cover, <\/em>Motoko Rich, 30 mars 2010, New York Times).<\/p>\n<p>Cette privation pour le lecteur d\u2019afficher ses go\u00fbts litt\u00e9raires en public n\u2019est pas si anecdotique que cela peut para\u00eetre de prime abord. Acheter, poss\u00e9der et livre un livre, on l\u2019a vu plus haut, est un acte important de communication sociale qui fait partie int\u00e9grante du processus marketing, social et intellectuel de l\u2019achat d\u2019un livre imprim\u00e9. Lorsque le livre \u00e9lectronique prive le lecteur de l\u2019option d\u2019un vecteur social de propagation, qui s\u2019il n\u2019est pas un attribut essentiel, n\u2019en demeure pas moins un \u00e9l\u00e9ment important, il supprime un avantage du livre en tant qu\u2019objet culturel, et affaibli son r\u00f4le social. Et c\u2019est pourquoi, petit \u00e0 petit, les terminaux \u00e9lectroniques ont d\u00e9velopp\u00e9 la une fonctionnalit\u00e9 d\u2019identification des ouvrages lus dans l\u2019environnement imm\u00e9diat de leur lecteur, afin de pallier au manque d\u2019interaction sociale, et de r\u00e9interpr\u00e9ter cette fonction primaire et basique de l\u2019ouvrage imprim\u00e9, en la d\u00e9veloppant avec tout la puissance d\u2019une technologie de r\u00e9seau. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 ce qui se passait dans l\u2019achat en ligne d\u2019ouvrages, o\u00f9 les sites marchands de v\u00eate de livres ont d\u00e9velopp\u00e9 des algorithmes puissant et pr\u00e9cis de conseil automatique aux acheteurs, bas\u00e9s sur leurs pr\u00e9c\u00e9dents achats. Dans le cas des livres \u00e9lectroniques, il ne s\u2019agit plus d\u2019une suggestion d\u2019achat par pertinence de crit\u00e8res personnels au lecteur mais plut\u00f4t par opportunit\u00e9 al\u00e9atoire de cheminement et de croisement de personnes, ouvrant ainsi une nouvelle voie au livre, en tant que support social \u00e9crit.<\/p>\n<p>Le livre change. L\u2019objet \u00e9volue, entrainant avec lui les probl\u00e9matiques de ses attributs. La couverture de livre, depuis les d\u00e9buts de l\u2019imprimerie, a vu sa nature changer et passer d\u2019un r\u00f4le purement fonctionnel \u00e0 une fonction culturelle plus subtile, sensorielle et sociale. Le livre \u00e9lectronique et les nouveaux d\u00e9fis qu\u2019il soul\u00e8ve ne signifient pas la mort de la couverture. Il marque sa r\u00e9volution et amorce un nouveau changement de nature. Qui sait si demain, la couverture des ouvrages que l\u2019on lira sur nos terminaux \u00e9lectroniques ne s\u2019affichera pas comme un avatar visible flottant comme une aura autour du lecteur, en remplissant une fonction sociale et intellectuelle, mais aussi esth\u00e9tique et artistique\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Objet culturel \u00e0 part enti\u00e8re, ic\u00f4ne de l\u2019acc\u00e8s pour tous \u00e0 la culture ou au contraire symbole de r\u00e9pression et de totalitarisme, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[25,26,27],"tags":[48,56],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p80eNK-tk","jetpack-related-posts":[{"id":2782,"url":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2782\/","url_meta":{"origin":1818,"position":0},"title":"L\u00e9a Seydoux, fabrique d&#039;une ic\u00f4ne","date":"15 septembre 2013","format":false,"excerpt":"En 1972, pour le 3e \u00e9dition de son petit livre\u00a0Les Stars, Edgar Morin diagnostiquait la mort du\u00a0star system, dans une vision o\u00f9 son dynamisme \u00e9tait suppos\u00e9 provenir essentiellement du cin\u00e9ma. \"Certes, \u00e9crivait-il, l'on imitera encore les stars, mais les mod\u00e8les ne seront plus forg\u00e9s par le\u00a0star system\" (Les Stars, \u00e9d.\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;En images&quot;","img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/seydoux-covers.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":2572,"url":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2572\/","url_meta":{"origin":1818,"position":1},"title":"Pourquoi les jeunes n&#039;aiment plus les livres. La culture expliqu\u00e9e \u00e0 Finkielkraut","date":"9 d\u00e9cembre 2012","format":false,"excerpt":"Le duel Alain Finkielkraut\/Michel Serres (\"R\u00e9pliques\" du 8 d\u00e9cembre) a suscit\u00e9 des r\u00e9actions de sympathie dans mon cercle d'amis. R\u00e9sistant \u00e0 la parano\u00efa d\u00e9cliniste de l'animateur de France Culture, le vieux philosophe s'est tenu ferme au sch\u00e9ma des Anciens et des Modernes. Obligeant son h\u00f4te \u00e0 endosser le costume du\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Lhivic&quot;","img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/pasdepc-300x224.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":2544,"url":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2544\/","url_meta":{"origin":1818,"position":2},"title":"A quoi ressemble un roman de Philip K. Dick?","date":"26 octobre 2012","format":false,"excerpt":"Philip K. Dick (1928-1982) compte parmi les \u00e9crivains les plus importants de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Auteur aussi populaire que prolifique, il a publi\u00e9 une quarantaine de romans de science-fiction et de nombreuses nouvelles, qui ont connu 387 \u00e9ditions en langue anglaise entre 1955 et 2012, plusieurs adaptations\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;En images&quot;","img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/dick_US_comp.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":2471,"url":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2471\/","url_meta":{"origin":1818,"position":3},"title":"R\u00e9it\u00e9ration de l&#039;ic\u00f4ne","date":"6 ao\u00fbt 2012","format":false,"excerpt":"Qu'est-ce qui justifie de parler de Marilyn aujourd'hui? Rien, sinon un chiffre, le nombre d'ann\u00e9es qui nous s\u00e9pare de sa mort. F\u00eater le jubil\u00e9 d'un suicide? La minceur de ce pr\u00e9texte est proportionnellement inverse au travail \u00e9ditorial et journalistique, parfois consid\u00e9rable, qui permet de (re)d\u00e9ployer les images de la star,\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;En images&quot;","img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/1-marilyn.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":2384,"url":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2384\/","url_meta":{"origin":1818,"position":4},"title":"Le people met du sacre dans l&#039;\u00e9lection","date":"9 mai 2012","format":false,"excerpt":"Ceux qui ont suivi sur ce blog le feuilleton iconographique du premier et du second tour de l'\u00e9lection pr\u00e9sidentielle ont pressenti l'existence d'un clou de la repr\u00e9sentation de l'acc\u00e8s \u00e0 la magistrature supr\u00eame: celui o\u00f9 Fran\u00e7ois Hollande est photographi\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de sa compagne, saluant la foule \u2013 une image\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;En images&quot;","img":{"alt_text":"","src":"https:\/\/i0.wp.com\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/Hollande_sacre-695x468.jpg?resize=350%2C200","width":350,"height":200},"classes":[]},{"id":1555,"url":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/1555\/","url_meta":{"origin":1818,"position":5},"title":"Eteindre la t\u00e9l\u00e9?","date":"5 avril 2011","format":false,"excerpt":"D\u00e9di\u00e9e \u00e0 l'\u00e9ducation aux m\u00e9dias, l'association Icare a livr\u00e9 r\u00e9cemment une compilation remarqu\u00e9e de chiffres-cl\u00e9s sur le rapport \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision du public d'\u00e2ge scolaire. Suite \u00e0 la publication par M\u00e9diam\u00e9trie de son rapport 2010, o\u00f9 l'on observe pour la premi\u00e8re fois depuis des ann\u00e9es l'arr\u00eat de la chute de\u2026","rel":"","context":"Dans &quot;Lhivic&quot;","img":{"alt_text":"","src":"","width":0,"height":0},"classes":[]}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1818"}],"collection":[{"href":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1818"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1818\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1818"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1818"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1818"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}