{"id":2931,"date":"2014-02-02T14:12:19","date_gmt":"2014-02-02T13:12:19","guid":{"rendered":"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/?p=2931"},"modified":"2014-02-02T14:12:19","modified_gmt":"2014-02-02T13:12:19","slug":"2931","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2931\/","title":{"rendered":"Facebook ou la rumeur du quotidien"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/facebook_nopub.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-full wp-image-2934\" title=\"facebook_nopub\" src=\"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/facebook_nopub.jpg\" alt=\"\" width=\"327\" height=\"490\" srcset=\"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/facebook_nopub.jpg 327w, http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/facebook_nopub-200x300.jpg 200w\" sizes=\"(max-width: 327px) 100vw, 327px\" \/><\/a>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 interview\u00e9 r\u00e9cemment par une journaliste de France Info en pr\u00e9vision de l&rsquo;anniversaire des dix ans de Facebook sur le th\u00e8me: \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.franceinfo.fr\/high-tech\/dix-ans-de-facebook-les-reseaux-sociaux-nous-ont-ils-changes-1300597-2014-01-30\" target=\"_blank\">Les r\u00e9seaux sociaux nous ont-ils chang\u00e9?<\/a>\u00ab\u00a0. Bas\u00e9 sur trois entretiens (avec Michael Stora, Dominique Cardon et moi-m\u00eame), l&rsquo;article est plut\u00f4t d\u00e9cevant, en partie parce que la journaliste avait des questions \u00ab\u00a0ferm\u00e9es\u00a0\u00bb. En ce qui me concerne, plut\u00f4t que d&rsquo;essayer de savoir ce que je pensais de la plate-forme, elle voulait m&rsquo;entendre r\u00e9p\u00e9ter un jugement d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.franceinfo.fr\/high-tech\/la-vie-partagee-comment-les-reseaux-sociaux-nous-ont-transformes-966391-2013-04-26\" target=\"_blank\">lors d&rsquo;un pr\u00e9c\u00e9dent entretien<\/a>, sur la nouveaut\u00e9 de la communication visuelle.<\/p>\n<p>Pour de nombreux journalistes, la consultation d&rsquo;universitaires sert \u00e0 remplir les cases d&rsquo;un sc\u00e9nario \u00e9crit d&rsquo;avance. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 plus d&rsquo;une fois confront\u00e9 \u00e0 ce dialogue \u00e9trange avec quelqu&rsquo;un qui veut \u00e0 tout prix vous faire dire la phrase qu&rsquo;il est venu chercher. De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, un journaliste attend du chercheur en sciences sociales la r\u00e9ponse \u00e0 la question de la signification d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne. Ce qui, pour des faits r\u00e9cents, est loin d&rsquo;\u00eatre aussi \u00e9vident que le sugg\u00e8re le statut acad\u00e9mique. Face aux r\u00e9seaux sociaux ou aux nouvelles pratiques des images, j&rsquo;ai bien plus de questions et de perplexit\u00e9s que de r\u00e9ponses certaines. Mais qui penserait \u00e0 me demander ce qui m&rsquo;interroge \u00e0 propos d&rsquo;internet, ce qui me tracasse ou me tarabuste? C&rsquo;est pourtant l\u00e0 toute la diff\u00e9rence entre une culture de l&rsquo;expertise et celle de la recherche.<\/p>\n<p>A propos de Facebook, deux remarques pr\u00e9alables: cela fait bien moins de dix ans que son empreinte marque nos pratiques, puisque l&rsquo;application n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 ouverte au grand public qu&rsquo;\u00e0 partir de 2006, et que le d\u00e9collage de sa fr\u00e9quentation attendra 2009 (300 millions d&rsquo;utilisateurs). Il n&rsquo;a donc fallu qu&rsquo;une poign\u00e9e d&rsquo;ann\u00e9es pour que cet outil s&rsquo;impose comme le principal lieu d&rsquo;\u00e9change du web. En second lieu, il faut souligner le poids des usages dans les <a href=\"http:\/\/www.01net.com\/editorial\/613290\/facebook-une-decennie-d-innovations-qui-ont-change-le-web\/\" target=\"_blank\">multiples adaptations qui ont scand\u00e9 la p\u00e9riode 2007-2011<\/a>, ce qui n&rsquo;est pas la moindre explication \u00e0 l&rsquo;essor de l&rsquo;application, qui a su r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appropriation de ses membres.<\/p>\n<p><!--more-->Plusieurs des facteurs qui ont fait le succ\u00e8s de la plate-forme entrent en contradiction avec les principes du web libre et ouvert. Plut\u00f4t qu&rsquo;un avatar librement choisi, Facebook a impos\u00e9 l&rsquo;inscription sous sa v\u00e9ritable identit\u00e9. Plut\u00f4t qu&rsquo;une large accessibilit\u00e9, la plate-forme a privil\u00e9gi\u00e9 la structuration par groupes d&rsquo;amis, favorisant l&rsquo;entre-soi et prot\u00e9geant les \u00e9changes de ses membres. Surtout, en \u00e9largissant son identit\u00e9 fondatrice de r\u00e9seau de rencontres, elle a cr\u00e9\u00e9 la fonctionnalit\u00e9 d&rsquo;un site de conversation g\u00e9n\u00e9raliste.\u00a0Dans un monde d&rsquo;applications d\u00e9di\u00e9es \u00e0 des buts ou des int\u00e9r\u00eats particuliers, Facebook s&rsquo;est construit sur la diversit\u00e9 des relations que les gens entretiennent entre eux.<\/p>\n<p>M\u00e9dia bas\u00e9 sur la publicit\u00e9, Facebook s&rsquo;inscrit dans la lign\u00e9e des outils d&rsquo;<em>infotainment<\/em> inaugur\u00e9s par <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_Presse_%28France%29\" target=\"_blank\"><em>La Presse<\/em> en 1836<\/a>, qui visent \u00e0 capter l&rsquo;attention d&rsquo;un public large pour l&rsquo;exposer \u00e0 la ressource publicitaire. De m\u00eame que la radio puis la t\u00e9l\u00e9vision avaient consid\u00e9rablement ouvert le spectre des programmes en vue d&rsquo;\u00e9largir l&rsquo;audience, Facebook a invent\u00e9 un terrain de jeu o\u00f9 nous sommes nous-m\u00eames nos propres <em>entertainers<\/em>. Cette autoproduction garantit une captation d&rsquo;attention maximale, mais fait aussi des usagers les ma\u00eetres de la plate-forme. Pour nous y faire revenir le plus souvent possible, Facebook met au point les incitations conversationnelles les plus s\u00e9duisantes et r\u00e9pond toujours positivement aux dynamiques d&rsquo;appropriation.<\/p>\n<p>Dans cet univers, ce sont logiquement les usagers qui ont apport\u00e9 le mat\u00e9riau fondamental, par leurs contributions et leur activit\u00e9 de signalement. Cette activit\u00e9 a eu trois effets en cascade qui ont constitu\u00e9 autant de d\u00e9placements majeurs. La premi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 de m\u00ealer sans distinction contenus personnels et ressources m\u00e9diatiques, unifi\u00e9s par le filtre de la conversation.\u00a0La deuxi\u00e8me a \u00e9t\u00e9 de substituer la recommandation amicale \u00e0 la consultation des m\u00e9dias pour prendre le pouls de l&rsquo;actualit\u00e9. La troisi\u00e8me a \u00e9t\u00e9 de donner aux sources personnelles une visibilit\u00e9 \u00e9quivalente \u00e0 celle des sources m\u00e9diatiques, par l&rsquo;int\u00e9gration et la normalisation de la pr\u00e9sentation des contenus\u00a0dans le flux de la <em>timeline<\/em>.<\/p>\n<p>Les r\u00e9seaux sociaux ont remplac\u00e9 notre journal quotidien parce que la pertinence de la recommandation du groupe d&rsquo;amis s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e sup\u00e9rieure \u00e0 celle d&rsquo;une r\u00e9daction, et parce que la conversation est <a href=\"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/2822\" target=\"_blank\">l&rsquo;espace naturel de l&rsquo;appropriation de l&rsquo;information<\/a>. Ce faisant, ils n&rsquo;ont pas seulement cr\u00e9\u00e9 un sch\u00e9ma concurrent des industries culturelles, comme l&rsquo;avait fait le web 2.0. Ils ont tout bonnement renvers\u00e9 le mod\u00e8le <em>top-down<\/em> des m\u00e9diacultures, d\u00e9sormais forc\u00e9es de venir sur les plates-formes <a href=\"http:\/\/benoitraphael.com\/2014\/01\/nowthisnews-r%C3%A9invente-la-t%C3%A9l%C3%A9vision-sur-mobile-et-sur.-instagram.html\" target=\"_blank\">chercher le client o\u00f9 il se trouve<\/a>. Cette reconfiguration de l&rsquo;offre et cette autonomisation de la demande sont les cl\u00e9s du paysage m\u00e9diatique de demain.<\/p>\n<p>Mais les r\u00e9seaux sociaux ont aussi donn\u00e9 une visibilit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent aux pratiques et aux go\u00fbts du grand public.\u00a0Quand Michel de Certeau tentait d&rsquo;approcher la \u00ab\u00a0culture ordinaire\u00a0\u00bb, il exprimait son embarras d&rsquo;\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 la \u00abquasi-invisibilit\u00e9\u00bb de pratiques \u00abqui ne se signalent gu\u00e8re par des produits propres <span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_2931_1('footnote_plugin_reference_2931_1_1');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_2931_1('footnote_plugin_reference_2931_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_2931_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">[1]<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_2931_1_1\" class=\"footnote_tooltip\"> Michel de Certeau, <em>L\u2019Invention du quotidien, (1) Arts de faire<\/em> (1980), Paris, Gallimard, 1990, p. 53<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_2931_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_2931_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'top center', relative: true, offset: [-7, 0], });<\/script>\u00bb. Facebook et Twitter ont donn\u00e9 figure concr\u00e8te, en mots et en images, comme jamais auparavant, \u00e0 la rumeur du quotidien.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il convient de comprendre la d\u00e9ploration r\u00e9currente de l&rsquo;exhibition ou du narcissisme des r\u00e9seaux sociaux, qui a toujours accompagn\u00e9 les progr\u00e8s des moyens d&rsquo;expression, et qui est le meilleur thermom\u00e8tre pour attester l&rsquo;augmentation de la visibilit\u00e9 de la culture ordinaire. Cette visibilit\u00e9 passe, il est vrai, par des pages aussi d\u00e9moralisantes que <a href=\"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/2793\" target=\"_blank\">celle du bijoutier de Nice<\/a>. Mais il n&rsquo;y a que les moralistes pour nous voir comme des petites filles ou des petits gar\u00e7ons bien sages.\u00a0Imparfaits,\u00a0vell\u00e9itaires, blagueurs, insatisfaits,\u00a0parfois irrit\u00e9s, souvent compatissants: n&rsquo;en d\u00e9plaise aux professeurs de vertu,\u00a0c&rsquo;est bien tels que nous sommes que les r\u00e9seaux sociaux nous montrent.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>M\u00e0J du 04\/02\/2014.<\/strong> Fran\u00e7ois Quinton a rebondi sur ce billet et m&rsquo;a <a href=\"http:\/\/www.inaglobal.fr\/numerique\/article\/quelles-questions-facebook-nous-pose-t-il\" target=\"_blank\">adress\u00e9 plusieurs questions<\/a> pour le dossier d&rsquo;InaGlobal consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;anniversaire de Facebook.<\/p>\n<p><em>\u2014 Facebook f\u00eate cette semaine son dixi\u00e8me anniversaire. De nombreux chercheurs sont \u00e0 cette occasion sollicit\u00e9s pour partager leurs analyses sur ce r\u00e9seau socio-num\u00e9rique, dans le but de nous aider \u00e0 le comprendre. On s\u2019interroge cependant plus rarement sur les questions que Facebook pose aux chercheurs. Quels probl\u00e8mes posent donc internet et les r\u00e9seaux sociaux \u00e0 la communaut\u00e9 scientifique ? Quelles sont les questions que l&rsquo;on ne vous pose pas et que, en tant que chercheur, vous vous posez (et dont la r\u00e9ponse, aujourd\u2019hui, ne vous para\u00eet pas \u00e9tablie) ?<\/em><\/p>\n<p>\u2014\u00a0A l&rsquo;exception de quelques disciplines sp\u00e9cialis\u00e9es, nous n&rsquo;avions jusque l\u00e0 accord\u00e9 qu&rsquo;une attention mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 la m\u00e9canique de la sociabilit\u00e9, en la consid\u00e9rant plut\u00f4t comme un donn\u00e9, une \u00e9vidence. En industrialisant et en objectivant les ressorts de la conversation, d\u00e9sormais fig\u00e9e, enregistr\u00e9e et document\u00e9e, les r\u00e9seaux sociaux nous obligent \u00e0 r\u00e9interroger nos interactions et leurs effets sociaux, c&rsquo;est-\u00e0-dire de proche en proche l&rsquo;ensemble de nos comportements culturels. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une dynamique tr\u00e8s riche, qui favorise \u00e0 la fois le renouvellement de la compr\u00e9hension des formes sociales et des moyens de son interrogation scientifique.<\/p>\n<p>Pour ne prendre qu&rsquo;un seul exemple, on peut se demander si Facebook ne contribue pas \u00e0 faire \u00e9voluer les param\u00e8tres constitutifs de l'\u00a0\u00bbamiti\u00e9\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire d&rsquo;un \u00e9change interindividuel privil\u00e9gi\u00e9 \u2013 si Facebook n&rsquo;est pas en train de changer la nature m\u00eame de nos liens sociaux, par l&rsquo;introduction d&rsquo;une nouvelle fluidit\u00e9, d&rsquo;une nouvelle temporalit\u00e9 des \u00e9changes, sans parler de leur \u00ab\u00a0augmentation\u00a0\u00bb documentaire. Mais pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il faudrait pouvoir d\u00e9finir exactement ce qu&rsquo;on entendait jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent par \u00ab\u00a0amiti\u00e9\u00a0\u00bb, et l&rsquo;on s&rsquo;aper\u00e7oit que cette question n&rsquo;avait pas encore \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e de mani\u00e8re suffisamment pr\u00e9cise. Pour mesurer ce que les r\u00e9seaux sociaux modifient, il faut renouveler tout notre mat\u00e9riel th\u00e9orique et souvent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;approche m\u00eame des ph\u00e9nom\u00e8nes \u2013 une reconfiguration qui a des effets r\u00e9troactifs sur notre fa\u00e7on de comprendre l&rsquo;ensemble des dynamiques sociales.<\/p>\n<p>Un des d\u00e9fis auxquels nous confronte Facebook, c&rsquo;est l&rsquo;hybridation entre des domaines autrefois s\u00e9par\u00e9s, comme le priv\u00e9 et le public, l&rsquo;individuel et le collectif, la conversation et la publicit\u00e9. Cette hybridation est \u00e0 la fois une des principales forces de l&rsquo;application, qui engendre de nouveaux comportements, mais aussi un grand point d&rsquo;interrogation.<\/p>\n<p><em>\u2014 On entend souvent parler de \u00ab nouveaux usages \u00bb, li\u00e9s au recours croissant aux r\u00e9seaux comme Facebook et Twitter. Ces usages vous paraissent-ils si nouveaux que cela, et si oui en quoi ?<\/em><\/p>\n<p>\u2014 Il y a clairement une ribambelle de nouveaux usages, comme les usages conversationnels des images, dont il faut souligner qu&rsquo;ils sont souvent impos\u00e9s par les usagers. Comprenons bien que, mis \u00e0 part l&rsquo;extension t\u00e9l\u00e9phonique de la conversation orale, les outils de la sociabilit\u00e9 ordinaire sont pass\u00e9s brutalement du n\u00e9olithique au XXIe si\u00e8cle. Avec internet et les r\u00e9seaux sociaux, nous disposons d&rsquo;une gamme \u00e0 la fois tr\u00e8s vaste et tr\u00e8s sophistiqu\u00e9e de moyens de communication, dont on ne pouvait m\u00eame pas r\u00eaver il y a quinze ans. Face \u00e0 ce bouleversement, le plus \u00e9tonnant est d&rsquo;observer la vitesse avec laquelle une majorit\u00e9 du public s&rsquo;est appropri\u00e9 ces outils, de mani\u00e8re souvent tr\u00e8s inventive.<\/p>\n<p>Outre leur grande plasticit\u00e9,\u00a0une caract\u00e9ristique particuli\u00e8re des r\u00e9seaux sociaux est pr\u00e9cis\u00e9ment leur disponibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;appropriation par les usagers. Il n&rsquo;y a l\u00e0 aucun hasard\u00a0: comme on l&rsquo;entend souvent dire, sur ces plates-formes, c&rsquo;est nous le produit. En d&rsquo;autres termes, pour assurer leur financement publicitaire, il faut que ces applications retiennent notre attention. Mais au lieu de nous proposer des programmes pr\u00eats \u00e0 consommer, les m\u00e9dias sociaux ont fait de nous les acteurs de notre propre divertissement. Sur Facebook, le carburant des \u00e9changes, c&rsquo;est la dimension relationnelle, le fait m\u00eame de faire signe, d&rsquo;entrer en conversation ou d&rsquo;entretenir le dialogue.\u00a0C&rsquo;est la raison pour laquelle les r\u00e9seaux sociaux nous laissent si facilement prendre le contr\u00f4le des usages, au lieu de nous les imposer, comme l&rsquo;a fait jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent la culture industrielle, puisque c&rsquo;est notre propre activit\u00e9 sociale qui entretient notre int\u00e9r\u00eat pour le site.<\/p>\n<p><em>\u2014 Internet, et plus sp\u00e9cifiquement les r\u00e9seaux sociaux, ont-ils d\u2019apr\u00e8s vous chang\u00e9 quelque chose \u00e0 la relation qu\u2019entretiennent les journalistes avec les chercheurs, dans la fa\u00e7on de les solliciter ou dans ce qui leur est demand\u00e9 ?<\/em><\/p>\n<p>\u2014 En augmentant le nombre d&rsquo;usagers et la qualit\u00e9 de leurs interactions, les r\u00e9seaux sociaux ont amplifi\u00e9 les effets de fluidit\u00e9 sociale apport\u00e9s par internet. Le dialogue entre chercheurs et journalistes est une des manifestations \u00e9videntes de cette multiplication des passerelles. Il faut toutefois noter qu&rsquo;il existe encore de nombreux groupes qui n&rsquo;ont qu&rsquo;un usage restreint, voire pas d&rsquo;usage du tout, de l&rsquo;interaction en ligne, en particulier du c\u00f4t\u00e9 des anciennes \u00e9lites politiques et culturelles, d\u00e9tentrices d&rsquo;un important capital social pr\u00e9-num\u00e9rique, et qui ont d&rsquo;autant moins ressenti le besoin d&rsquo;avoir recours \u00e0 ces outils. La c\u00e9sure s&rsquo;\u00e9tablit aujourd&rsquo;hui entre ces non-usagers ou ces micro-usagers et l&rsquo;extr\u00eame fluidit\u00e9 relationnelle qu&rsquo;offre la participation aux r\u00e9seaux. Nous avons en quelque sorte deux soci\u00e9t\u00e9s parall\u00e8les, avec des formes d&rsquo;exclusion r\u00e9ciproque qui sont parfois d&rsquo;une grande violence, et l\u00e0 encore des effets impr\u00e9visibles.<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2931_1();\">Notes<\/span><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_2931_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_2931_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_2931_1\" style=\"\"><table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"><caption class=\"accessibility\">Notes<\/caption> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\"  onclick=\"footnote_moveToAnchor_2931_1('footnote_plugin_tooltip_2931_1_1');\"><a id=\"footnote_plugin_reference_2931_1_1\" class=\"footnote_backlink\"><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>1<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\"> Michel de Certeau, <em>L\u2019Invention du quotidien, (1) Arts de faire<\/em> (1980), Paris, Gallimard, 1990, p. 53<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_2931_1() { jQuery('#footnote_references_container_2931_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2931_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_2931_1() { jQuery('#footnote_references_container_2931_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_2931_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_2931_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_2931_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_2931_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_2931_1(); } } function footnote_moveToReference_2931_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2931_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_2931_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_2931_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 interview\u00e9 r\u00e9cemment par une journaliste de France Info en pr\u00e9vision de l&rsquo;anniversaire des dix ans de Facebook sur le th\u00e8me: [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[24,28],"tags":[77],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/s80eNK-2931","jetpack-related-posts":[{"id":424,"url":"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/424\/","url_meta":{"origin":2931,"position":0},"title":"Lib\u00e9ration annonce la fin des blogs","date":"18 f\u00e9vrier 2010","format":false,"excerpt":"Connais-toi toi-m\u00eame, conseillait Socrate. 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