{"id":2654,"date":"2013-03-13T16:42:04","date_gmt":"2013-03-13T15:42:04","guid":{"rendered":"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/?p=2654"},"modified":"2013-03-13T16:42:04","modified_gmt":"2013-03-13T15:42:04","slug":"attention-cet-article-est-trop-sature","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2654\/","title":{"rendered":"Attention, cet article est trop satur\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em>(Traduction de l&rsquo;italien par <a href=\"http:\/\/culturevisuelle.org\/metamorphoses\/\" target=\"_blank\">Valentina Grossi<\/a> du billet \u201c<a href=\"http:\/\/smargiassi-michele.blogautore.repubblica.it\/2013\/03\/01\/attenti-questo-articolo-e-troppo-saturo\/\" target=\"_blank\"><em>Attenti, questo articolo \u00e8 troppo saturo<\/em><\/a>\u201d, paru le 1er mars sur le blog <a href=\"http:\/\/smargiassi-michele.blogautore.repubblica.it\/\" target=\"_blank\">Fotocrazia<\/a>.)<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_2655\" aria-describedby=\"caption-attachment-2655\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Carroll.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-2655\" title=\"Lewis Carroll\" src=\"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Carroll.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Carroll.jpg 400w, http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/wp-content\/uploads\/2013\/03\/Carroll-300x225.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2655\" class=\"wp-caption-text\">Lewis Carroll en trois saturations diff\u00e9rentes<\/figcaption><\/figure>\n<p>J\u2019attendais l\u2019avis d\u2019Andr\u00e9 Gunthert sur la photo qui a gagn\u00e9 le World Press Photo et sur les pol\u00e9miques qui ont suivi, <a href=\"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/2640\" target=\"_blank\">et il est arriv\u00e9<\/a>. Et cela me force \u00e0 revenir sur la question, mais \u00e0 partir d\u2019un autre point de vue (au fait, il faudrait peut-\u00eatre une dizaine de WPP par an, s\u2019ils alimentent de mani\u00e8re si utile la r\u00e9flexion sur ce qui se passe aujourd\u2019hui dans la photographie).<\/p>\n<p>Que dit donc Gunthert, membre de la SFP, historien et sp\u00e9cialiste de la photographie, depuis longtemps une des mes r\u00e9f\u00e9rences pour avoir fond\u00e9 la revue <a href=\"http:\/\/etudesphotographiques.revues.org\/\" target=\"_blank\"><em>\u00c9tudes Photographiques<\/em><\/a>, et pour son indispensable blog <a href=\"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/\" target=\"_blank\">L\u2019Atelier des Ic\u00f4nes<\/a>?<\/p>\n<p>Il nous gronde, nous autres les journalistes photographiques (en visant ceux du<em> Monde<\/em> et du <em>Nouvel Observateur<\/em>, ce qui me permet de me cacher derri\u00e8re eux&#8230;), parce que nous continuons \u00e0 parler de \u00abretouche\u00bb en tant qu\u2019indice d\u2019une disqualification esth\u00e9tique, et de \u00abPhotoshop\u00bb comme de l\u2019outil de retouche par excellence. Continuer \u00e0 utiliser ces termes serait arri\u00e9r\u00e9 et \u00abridicule\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e8re d\u2019Instagram. Il nous invite tous \u00e0 nous mettre \u00e0 jour, bref, \u00e0 abandonner nos pr\u00e9jug\u00e9s o\u00f9 se nichent tant de toiles d\u2019araign\u00e9e.<\/p>\n<p><!--more-->Sur ce point, si pour Gunthert le terme de \u00abretouche\u00bb fait trop XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on peut rem\u00e9dier \u00e0 cela. Nous pourrions peut-\u00eatre parler de \u00ab\u00a0connotation interpr\u00e9tative, faite pour modifier intentionnellement la surface visible d\u2019une photographie, effectu\u00e9e apr\u00e8s la prise de vue, avec des techniques et des intensit\u00e9s diff\u00e9rentes\u00a0\u00bb. Nous devrions peut-\u00eatre utiliser un acronyme pour plus de concision, mais je pense que cette d\u00e9finition correspond \u00e0 quelque chose qui est encore tr\u00e8s vivant dans la pratique photographique.<\/p>\n<p>Et si pour Gunthert \u00abPhotoshop\u00bb sonne, comme cela est peut-\u00eatre le cas, un peu dat\u00e9, on peut peut-\u00eatre le remplacer par le nom de n\u2019importe quel autre programme de postproduction ou de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb de RAW \u2013 Lightroom, Gimp, Aperture, etc. \u2013\u00a0; il reste que la \u00ab\u00a0connotation interpr\u00e9tative, etc.\u00a0\u00bb, pour \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e, demande de toute fa\u00e7on l\u2019utilisation d\u2019un logiciel.<\/p>\n<p>Mais en r\u00e9alit\u00e9 Gunthert vise plus haut et il nous explique pourquoi. Il n\u2019existe pas, dit-il justement, de virginit\u00e9 photographique, d\u2019esth\u00e9tique naturelle. \u00abIl est temps d\u2019admettre l\u2019expressivit\u00e9 de la photo, de m\u00eame qu\u2019il est urgent de r\u00e9apprendre \u00e0 d\u00e9battre vraiment d\u2019esth\u00e9tique, et non pas seulement de pseudo-interdits techniques: r\u00e9apprendre \u00e0 identifier intentions, motifs, styles et genres\u00bb.<\/p>\n<p>Jusque l\u00e0, je suis en paix avec ma conscience. C\u2019est justement pour avoir dit, dans le sillage de Hockney, que la photographie contemporaine sera reconnaissable \u00e0 l\u2019avenir par son style \u00ab\u00a0dat\u00e9\u00a0\u00bb, que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 la cible de photographes r\u00e9volt\u00e9s. Gunthert a raison, mais il sait tr\u00e8s bien qu\u2019en photographie il a toujours \u00e9t\u00e9 question de styles, intentions, etc.\u00a0; on n\u2019a pas attendu qu\u2019Instagram nous mette le style (pr\u00e9cuit) sous le nez.<\/p>\n<p>Je souscris \u00e0 cet appel \u00e0 discuter de styles, d\u2019intentions et de motivations, sans pour autant n\u00e9gliger le fait que cela se traduit en image \u00e0 travers une utilisation non neutre de la technique.<\/p>\n<p>Mais je crains que, de la r\u00e9primande professorale de Gunthert, on puisse d\u00e9duire que, la \u00abvirginit\u00e9 photographique\u00bb n\u2019existant pas, si chaque photo est \u00abexpression\u00bb, alors tout ce qui se combine de fa\u00e7on expressive sur une photographie (qui, bien s\u00fbr, est d\u00e9j\u00e0 un texte connot\u00e9 par \u00ab\u00a0l\u2019inconscient technologique\u00a0\u00bb, mais de fa\u00e7on uniforme et standard) aurait la m\u00eame valeur, serait \u00e9galement acceptable et, en parlant de photojournalisme, serait \u00e9thiquement licite et l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Retoucher, <em>pardon<\/em>, connoter une photographie journalistique, n\u2019est pas la m\u00eame chose que de faire un monotype pour l\u2019accrocher sur le mur d\u2019une galerie; c\u2019est intervenir sur un texte informatif. Avec des r\u00e9sultats tr\u00e8s diff\u00e9rents selon les modalit\u00e9s et, justement, les intentions. Cela veut dire investir un texte visuel avec plus ou moins de transformations intentionnelles qui, en fonction de leur intensit\u00e9, font que l\u2019image s\u2019\u00e9loigne progressivement, non pas de sa \u00ab\u00a0naturalit\u00e9\u00a0\u00bb, mais tout simplement du premier pr\u00e9l\u00e8vement, de la \u00ab\u00a0collecte de l\u2019appareil\u00a0photo\u00a0\u00bb \u2013 or, cet \u00e9loignement peut d\u00e9passer certaines limites.<\/p>\n<p>Mais pourquoi tant de phrases? Le r\u00e9v\u00e9rend Charles Lutwidge Dodgson, alias Lewis Carroll, a d\u00e9j\u00e0 tout dit il y a plus d\u2019un si\u00e8cle, dans un texte peu connu mais, \u00e0 mes yeux, g\u00e9nial, <a href=\"http:\/\/www.cartage.org.lb\/en\/themes\/BookLibrary\/books\/bibliographie\/C\/Carr\/p4\/p4-pe.html\" target=\"_blank\"><em>Photography Extraordinary<\/em><\/a>, dans lequel, avec le style que nous lui connaissons, il imagine qu\u2019on puisse appliquer aux pens\u00e9es de l\u2019homme les techniques qui, dans une chambre noire, rendent une photo plus ou moins \u00ab d\u00e9velopp\u00e9e \u00bb et contrast\u00e9e. Pour qu\u2019on puisse photoshopper (sous licence de M. Gunthert) aussi l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>Eh bien, je vous laisse profiter par vous-m\u00eame de la fa\u00e7on dont Carroll d\u00e9montre sa th\u00e9orie. Permettez-moi de l\u2019actualiser un peu avec une petite exp\u00e9rimentation. Je vous propose quatre textes hypoth\u00e9tiques de journalistes, racontant tous le m\u00eame \u00e9v\u00e9nement, mais qui serait \u00ab d\u00e9velopp\u00e9 \u00bb de fa\u00e7on expressive avec une mani\u00e8re et une intensit\u00e9 \u00e0 chaque fois diff\u00e9rentes. Pour plus de facilit\u00e9, et non pas par acharnement, j\u2019ai choisi l\u2019\u00e9v\u00e9nement racont\u00e9 par la photographie qui a gagn\u00e9 cette ann\u00e9e le WPP. Vous \u00eates pr\u00eats?<\/p>\n<p><em>Texte 1. Le 20 novembre 2012, un missile isra\u00e9lien est tomb\u00e9 sur une habitation dans la ville de Gaza. L\u2019explosion a produit un effondrement dans lequel plusieurs personnes ont trouv\u00e9 la mort, parmi lesquelles deux fr\u00e8res, Suhaib Hijazi, deux ans, et Muhammad, presque quatre ans. Leur p\u00e8re, Fouad, est mort aussi, tandis que leur m\u00e8re est en soins intensifs. Les fr\u00e8res de Fouad ont recompos\u00e9 les corps des deux enfants et les ont port\u00e9s dans leurs bras, envelopp\u00e9s dans des draps blancs, jusqu\u2019\u00e0 la mosqu\u00e9e locale, pour les fun\u00e9railles islamiques. Le corps du p\u00e8re suivait, port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9paule sur une civi\u00e8re. Une procession d\u2019hommes seuls a d\u00e9fil\u00e9 en pleurant et en poussant des cris de douleur et de protestation dans les ruelles d\u2019un quartier pauvre de la ville <\/em><\/p>\n<p>C\u2019est un texte dans le style d\u2019une agence de presse. Le trouvez-vous un peu aride, sans \u00e9motion ? Travaillons un peu avec les histogrammes de la saturation et voyons ce qui se passe.<\/p>\n<p><em>Texte 2. Un rayon de soleil indiff\u00e9rent tombe tout \u00e0 coup dans la ruelle, rebondit sur le mur ab\u00eem\u00e9 d\u2019un b\u00e2timent et illumine les visages boulevers\u00e9s des fr\u00e8res de Fouad Hijazi. Ce dernier est parmi eux, port\u00e9 sur une civi\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9paule, sans vie. Sans vie sont aussi ses deux fils, Suhaib et Muhammad, deux et quatre ans, port\u00e9s pitoyablement dans les bras, devant tout le monde, \u00e0 la t\u00eate d\u2019un cort\u00e8ge pleurant et criant de rage, un cort\u00e8ge d\u2019hommes seuls, qui envahit les rues d\u2019un quartier pauvre de la ville de Gaza. On va \u00e0 la mosqu\u00e9e pour donner \u00e0 Dieu les vies bris\u00e9es d\u2019une famille massacr\u00e9e. Un missile isra\u00e9lien, le 12 novembre dernier, a d\u00e9truit la maison dans laquelle elle vivait. La m\u00e8re, la seule \u00e0 avoir surv\u00e9cu, est en soins intensifs, et personne ne sait si elle va s\u2019en sortir. Le ciel bleu au-dessus de Gaza devient p\u00e2le comme les visages des deux enfants. La guerre se poursuit, m\u00eame pour ceux qui ne se battent pas, et qui peuvent seulement la subir.<\/em><\/p>\n<p>Voil\u00e0, celui-ci se rapproche d\u00e9j\u00e0 d\u2019un r\u00e9cit dans le style d\u2019un envoy\u00e9 sp\u00e9cial. Mais on peut aller encore plus loin. Tournons encore un peu la molette vers la saturation&#8230;<\/p>\n<p><em>Texte 3. Cris, pleurs, hurlements, d\u00e9sespoir&#8230; Allah est grand. M\u00eame aujourd\u2019hui ? Seulement Suhaib et Muhammad, petites tiges bris\u00e9es par la guerre de Gaza, pourront le dire. Ils verront peut-\u00eatre bient\u00f4t le Dieu de leurs anc\u00eatres. Le sang, la soif du sang, la guerre ne conna\u00eet plus personne. Visages livides. \u00c2mes livides de col\u00e8re que le soleil avare d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019arrive pas \u00e0 r\u00e9chauffer. Jusqu\u2019\u00e0 quand ? Jusqu\u2019\u00e0 quand ? Coude \u00e0 coude, la ruelle est trop \u00e9troite, vestes et combinaisons frottent contre les murs. Les visages d\u00e9form\u00e9s, les traits crisp\u00e9s. Les femmes ? On ne les voit pas. Ce n\u2019est pas un endroit pour les femmes, la guerre. Pour les hommes non plus. Pour les enfants non plus.<\/em><\/p>\n<p>Et si ce n\u2019est pas assez, nous pouvons continuer.<\/p>\n<p><em>Texte 4. Sang feu larmes ! Un grondement, de la poussi\u00e8re, du sang, encore des larmes ! Du sang, du sang, du sang ! Allah o Akbar ! Allah o Akbar ! La ruelle tremble. Deux enfants. Morts. Tu\u00e9s. Br\u00fbl\u00e9s par le plomb fondu. La vengeance tombe du ciel sur ceux qui tuent des innocents ! Deux enfants&#8230; Sombre est l\u2019humeur, sombres les visages, des cris de voix rauques dans le foss\u00e9 de chaux et de poussi\u00e8re. Que l\u2019anath\u00e8me soit lanc\u00e9 !\u00a0Des barbes, des mains contract\u00e9es, les l\u00e8vres grandes ouvertes, elles ne veulent pas se fermer, elles ne peuvent pas se taire. Sombre, la ruelle est sombre. Alors qu\u2019il est blanc, horriblement blanc, le supplice d\u2019un drap. Sombres sont les vestes, sombres sont les esprits. Le ciel ? Un ennemi, un tra\u00eetre, un bleu menteur. Le soleil ? Un espion qui se faufile, qui fouille, impudent. Tournez le dos au soleil ! Il n\u2019y a pas de place pour lui, aujourd\u2019hui.<\/em><\/p>\n<p>Or, il n\u2019y a pas de doute sur le fait que ces quatre textes, y compris le premier, ont un style, sont\u00a0 de l\u2019\u00a0\u00bbexpression\u00a0\u00bb et non pas une impossible \u00ab\u00a0virginit\u00e9 journalistique\u00a0\u00bb. Tout comme il ne fait aucun doute que, tout en parlant du m\u00eame <em>\u00e9v\u00e9nement<\/em>, ils ne sont certainement pas\u00a0le m\u00eame <em>r\u00e9cit<\/em>, et ils n\u2019offrent pas les m\u00eames choses au lecteur.<\/p>\n<p>Et m\u00eame la valeur journalistique des quatre textes n\u2019est pas la m\u00eame. \u00c0 un moment donn\u00e9, entre le 2 et le 3 je dirais, on franchit la limite au-del\u00e0 de laquelle un \u00ab\u00a0papier\u00a0\u00bb journalistique devient un passage d\u2019\u00e9criture cr\u00e9ative, complaisant et flatteur. De la m\u00eame mani\u00e8re, je pense, il y a une limite au-del\u00e0 de laquelle une certaine intensit\u00e9 de connotations ajout\u00e9es transforme une photo de reportage en une peinture.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me, peut-\u00eatre, c\u2019est que nous ne sommes pas tous d\u2019accord sur cette distinction. Gunthert dit, dans sa conclusion r\u00e9v\u00e9latrice : \u00abcomme nous l\u2019a appris l\u2019histoire de l\u2019art \u2013 \u00e0 laquelle la photographie n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019appartenir\u00bb.<\/p>\n<p>Je me permets de contester cette affirmation. La photographie n\u2019appartient pas plus que la typographie \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019art. Avec la typographie, on peut imprimer des po\u00e8mes, des journaux, des brochures publicitaires ou des \u00e9tiquettes de haricots\u00a0; il en est de m\u00eame avec la photographie.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, tous ceux qui font des photos sont immerg\u00e9s dans une culture visuelle dans laquelle l\u2019histoire de l\u2019art a inject\u00e9 des arch\u00e9types puissants, des id\u00e9es, des st\u00e9r\u00e9otypes, des traditions, lesquelles, peut-\u00eatre, orientent inconsciemment notre regard, m\u00eame lorsque nous prenons des photos souvenirs lors d\u2019une communion.<\/p>\n<p>Mais pour faire de l\u2019art il est n\u00e9cessaire de <em>vouloir<\/em> faire de l\u2019art, c\u2019est le <em>kunstwollen<\/em>. Les soi-disant \u00ab\u00a0artistes involontaires\u00a0\u00bb ne sont que des fabricants d\u2019objets que l\u2019artiste trouve et d\u00e9signe comme de l\u2019art. Et les photos qui \u00ab\u00a0veulent faire de l\u2019art\u00a0\u00bb, dans le monde de la photographie, sont une minorit\u00e9 infime, num\u00e9riquement insignifiante, parmi celles \u2013 des milliards \u2013 qui sont produites chaque jour avec des finalit\u00e9s, des fonctions et des intentions diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Et dans le journalisme visuel et \u00e9crit, si une certaine quantit\u00e9 de style et d\u2019\u00a0\u00bbexpression\u00a0\u00bb peuvent faciliter la communication d\u2019une histoire, la volont\u00e9 de \u00ab\u00a0faire de l\u2019art\u00a0\u00bb pose certainement un probl\u00e8me.<\/p>\n<p><em> Mise \u00e0 jour du 02\/03. Andr\u00e9 Gunthert <a href=\"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/2648\" target=\"_blank\">me fait l\u2019honneur d\u2019une r\u00e9ponse<\/a>, approfondie et stimulante, sur son Atelier des ic\u00f4nes. Je pense qu\u2019au final nous sommes plus proches que nous le pensions. C\u2019est \u00e0 cela que servent les bonnes discussions. Je ne manquerai pas de faire quelques observations ult\u00e9rieures (lire la suite: \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/smargiassi-michele.blogautore.repubblica.it\/2013\/03\/04\/ritocchi-filtri-etica-ed-estetica\/\" target=\"_blank\">Ritocchi, filtri, etica ed estetica<\/a>\u00ab\u00a0).<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Traduction de l&rsquo;italien par Valentina Grossi du billet \u201cAttenti, questo articolo \u00e8 troppo saturo\u201d, paru le 1er mars sur le blog Fotocrazia.) [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[25,28],"tags":[62,73],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p80eNK-GO","jetpack-related-posts":[{"id":2371,"url":"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/2371\/","url_meta":{"origin":2654,"position":0},"title":"&quot;Quand la photographie illustre l\u2019actualit\u00e9. 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