{"id":1416,"date":"2011-02-18T09:53:33","date_gmt":"2011-02-18T08:53:33","guid":{"rendered":"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/?p=1416"},"modified":"2011-02-18T09:53:33","modified_gmt":"2011-02-18T08:53:33","slug":"la-photo-au-musee-ou-lappropriation","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/histoirevisuelle.fr\/cv\/icones\/1416\/","title":{"rendered":"La photo au mus\u00e9e, ou l&#039;appropriation"},"content":{"rendered":"<figure style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/gunthert\/2384006399\/#\/photos\/gunthert\/2384006399\/lightbox\/\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/farm3.static.flickr.com\/2360\/2384006399_6a4485ee31.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">Courbet, Le Combat de cerfs (restauration), Mus\u00e9e d&#39;Orsay.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ah! Si seulement la culture restait l&rsquo;affaire de quelques-uns, esth\u00e8tes raffin\u00e9s \u00e0 m\u00eame de profiter de la d\u00e9lectation des \u0153uvres! Manque de chance, la populace aussi aime les mus\u00e9es, et s&rsquo;y pr\u00e9cipite en \u00abcohortes\u00bb, quand ce n&rsquo;est pas en \u00abhordes\u00bb. Et pire du pire, ces pique-assiettes qui ont l&rsquo;audace de prendre Malraux au mot se prom\u00e8nent habituellement munis de sandwiches au p\u00e2t\u00e9 et d&rsquo;appareils photos derri\u00e8re lesquels ils s&rsquo;abritent, au lieu de s&rsquo;ab\u00eemer dans la contemplation d&rsquo;<em>Un enterrement \u00e0 Ornans<\/em>.<\/p>\n<p>J&rsquo;exag\u00e8re? A peine. R\u00e9ponse au <a href=\"http:\/\/www.slate.fr\/story\/33777\/photos-interdites-musee-orsay\" target=\"_blank\">tr\u00e8s bon article de Vincent Glad<\/a> qui commentait l&rsquo;action du groupe <a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/tags\/orsaycommons\/\" target=\"_blank\">Orsay Commons<\/a>, militant contre l&rsquo;interdiction de photographier au mus\u00e9e, le \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.slate.fr\/story\/34107\/musees-plaidoyer-pour-le-no-photo\" target=\"_blank\">Plaidoyer pour le no photo<\/a>\u00a0\u00bb du critique musical Jean-Marc Proust aligne plus de clich\u00e9s que ceux qu&rsquo;il reproche aux visiteurs de produire.<\/p>\n<p>Rappelant le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9motion dans le rapport \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, le critique s&rsquo;\u00e9tonne m\u00eame que l&rsquo;initiative du mus\u00e9e puisse \u00eatre critiqu\u00e9e, \u00abcar c\u2019est faire \u0153uvre de salubrit\u00e9 publique que de rappeler aux forcen\u00e9s de la pixellisation ce pour quoi ils ont achet\u00e9 un ticket d\u2019entr\u00e9e\u2026 Vouloir photographier les \u0153uvres au point d\u2019en faire une libert\u00e9 essentielle, est un combat absurde, vain, d\u00e9risoire.\u00bb<\/p>\n<p>Inutile d&rsquo;accuser Jean-Marc Proust de snobisme: il a pris les devant, croyant couper l&rsquo;herbe sous les pieds de ses contradicteurs. Pourtant, autant que son allergie anti-photographique, ses th\u00e8ses esth\u00e9tiques ou les r\u00e9f\u00e9rences tr\u00e8s <em>common knowledge<\/em> qui \u00e9maillent sa d\u00e9monstration (Picasso, Proust Marcel, Jean-Luc Godard\u2026) t\u00e9moignent surtout d&rsquo;une connaissance limit\u00e9e au minimum scolaire de l&rsquo;histoire culturelle.<\/p>\n<p><!--more-->Que nous apprend la lecture des historiens du tourisme ou des sociologues de la culture? Que les pratiques scopiques qui motivent l&rsquo;exp\u00e9rience du d\u00e9placement s&rsquo;accompagnent depuis les p\u00e9lerinages m\u00e9di\u00e9vaux d&rsquo;un commerce de petits objets symboliques du plus grand int\u00e9r\u00eat. C&rsquo;est probablement \u00e0 Saint-Pierre de Rome que s&rsquo;est ouverte la premi\u00e8re boutique de souvenirs, et la bondieuserie est aujourd&rsquo;hui encore le mod\u00e8le fondateur de l&rsquo;industrie universellement r\u00e9pandue de ces sortes d&rsquo;objets transitionnels, suppos\u00e9s \u00e0 la fois marquer notre participation individuelle \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement prescrit par la culture collective, fournir une trace reliquaire de notre pr\u00e9sence en un lieu consacr\u00e9, et amoindrir notre souffrance de ne pouvoir faire durer une exp\u00e9rience par nature passag\u00e8re.<\/p>\n<figure style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/gunthert\/4833743418\/#\/photos\/gunthert\/4833743418\/lightbox\/\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/farm5.static.flickr.com\/4128\/4833743418_5500933938.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"300\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">Rome, pr\u00e9sentoir de souvenirs, magnets.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Entre les statuettes de la Vierge en pl\u00e2tre peint, les petites cuillers d\u00e9cor\u00e9es de blasons, les porte-cl\u00e9s ou les magnets, la pratique photographique a tr\u00e8s naturellement pris sa place dans ce bric-\u00e0-brac de la consolation. Avec la dimension suppl\u00e9mentaire que pouvait seule conf\u00e9rer la particularisation de la prise de vue: une individualisation et une appropriativit\u00e9 bien sup\u00e9rieure au souvenir industriel.<\/p>\n<p>L&rsquo;appropriation n&rsquo;est pas seulement un usage de l&rsquo;art contemporain, elle est aussi un caract\u00e8re fondamental de l&rsquo;op\u00e9ration culturelle, celui qui permet le partage du patrimoine immat\u00e9riel qui la fonde. Une culture n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un ensemble d&rsquo;informations ou de pratiques dont l&rsquo;usage commun est reconnu au sein d&rsquo;un groupe comme marqueur de son identit\u00e9. L&rsquo;appropriation est la condition <em>sine qua non<\/em> de la participation \u00e0 une culture.<\/p>\n<p>Les conditions de ce partage d\u00e9pendent \u00e9troitement des structures sociales en vigueur. Disposer une statue \u00e9questre sur une place convie le bon peuple au spectacle du pouvoir, mais sous la forme d&rsquo;un tiers exclu d\u00e9pourvu de toute influence sur l&rsquo;objet qui a \u00e9t\u00e9 choisi pour lui. L&rsquo;id\u00e9e g\u00e9n\u00e9reuse, issue des Lumi\u00e8res, qui fonde la cr\u00e9ation des mus\u00e9es est de faire profiter le public des collections patrimoniales des princes ou des savants. Mais cette forme de partage se borne l\u00e0 encore \u00e0 permettre aux pauvres de voir ce qui d\u00e9core les salons des riches. Comme chacun sait, au mus\u00e9e, on ne touche pas. Difficile alors pour le peuple admis sur la pointe des pieds de se sentir propri\u00e9taire des merveilles dont on lui offre le spectacle.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9glise avait mis en place une s\u00e9rie de m\u00e9canismes appropriatifs particuli\u00e8rement efficaces, bas\u00e9s sur l&rsquo;enseignement et le rituel, favorisant le d\u00e9veloppement viral d&rsquo;une culture commune. Plus moderne, le mus\u00e9e est aussi plus lib\u00e9ral: il d\u00e9signe le go\u00fbt des classes les plus \u00e9l\u00e9v\u00e9es comme mod\u00e8le \u00e0 imiter, en laissant chacun se d\u00e9brouiller pour acqu\u00e9rir le savoir n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation correcte du spectacle. On ne sera donc pas \u00e9tonn\u00e9 de constater le foss\u00e9 entre l&rsquo;\u00e9tudiant des beaux-arts, d\u00fbment form\u00e9 aux arcanes de la d\u00e9lectation, et le <em>vulgum pecus<\/em>, sourd et aveugle aux beaut\u00e9s dont ni l&rsquo;\u00e9cole ni les outils de communication <em>mainstream<\/em> n&rsquo;ont pris la peine de lui donner les cl\u00e9s.<\/p>\n<p>Croire que la haute culture peut \u00eatre un attribut naturel de la sensibilit\u00e9 est un paradoxe. La culture est culturelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire apprise, et le visiteur de mus\u00e9e d\u00e9pourvu de bagage se sent tr\u00e8s mal \u00e0 l&rsquo;aise dans cet espace dont il ne ma\u00eetrise pas les codes. Sa capacit\u00e9 de s&rsquo;approprier les \u0153uvres dans ces conditions est faible pour ne pas dire nulle. Il reste \u00e0 la porte d&rsquo;une culture qui ne veut pas de lui.<\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;importance que prennent dans ce contexte les m\u00e9canismes appropriatifs de la culture populaire: les petits objets magiques du tourisme, les substituts \u00e9ditoriaux, ou la pratique photographique, qui viennent recr\u00e9er du lien \u00e0 l&rsquo;endroit du manque.<\/p>\n<p>Tous ceux qui pr\u00e9tendent que l&rsquo;op\u00e9ration photographique dresse un \u00e9cran entre le spectacle et le spectateur n&rsquo;ont jamais observ\u00e9 les visiteurs d&rsquo;un mus\u00e9e. L&rsquo;acte photographique, quoique rapide, n&rsquo;en est pas moins r\u00e9fl\u00e9chi. Devant une \u0153uvre c\u00e9l\u00e8bre, il faut entre une et deux secondes \u00e0 un visiteur pour \u00e9lever l&rsquo;appareil \u00e0 hauteur d&rsquo;oeil. Cela pour au moins trois raisons. La premi\u00e8re, c&rsquo;est que le regard marche vite et bien. Le spectateur n&rsquo;a besoin que d&rsquo;une seconde environ pour identifier ce qu&rsquo;il voit. L&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s est celui de l&rsquo;acte photographique, qui intervient de fa\u00e7on parfaitement synchronis\u00e9e, comme un prolongement et une confirmation du regard. Oui, ce que je vois est suffisamment important pour mobiliser l&rsquo;op\u00e9ration photographique. Oui, je veux conserver le souvenir et prolonger le plaisir de cet \u00e9venement scopique.<\/p>\n<figure style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/gunthert\/2301835086\/#\/photos\/gunthert\/2301835086\/lightbox\/\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/farm3.static.flickr.com\/2229\/2301835086_cef6475b98.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">Vitrine de la pierre de Rosette, British Museum, Londres.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Il y a d&rsquo;autres raisons simples qui expliquent la promptitude du recours \u00e0 la photo. La visite d&rsquo;un mus\u00e9e est un exercice contraignant, il y a un parcours \u00e0 suivre, impossible de passer dix minutes \u00e0 appr\u00e9cier une oeuvre, on n&rsquo;aurait plus le temps de finir la visite \u2013 et il y a tant \u00e0 voir. Il suffit de refaire le m\u00eame parcours sans appareil pour se rendre compte que, d\u00e9muni de cette b\u00e9quille, on consacre un temps plus long \u00e0 l&rsquo;observation. La photographie est une fa\u00e7on de r\u00e9pondre \u00e0 la profusion mus\u00e9ale, elle donne l&rsquo;impression de pouvoir l&rsquo;affronter, la contr\u00f4ler avec plus de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Enfin, le plaisir de la contemplation ne fait pas perdre pour autant le sens de la civilit\u00e9. Nous savons que d&rsquo;autres attendent derri\u00e8re nous, le temps est compt\u00e9, il faut laisser la place \u2013 clic!<\/p>\n<p>Mais c&rsquo;est quand on d\u00e9laisse l&rsquo;observation de l&rsquo;\u0153uvre pour suivre un groupe ou une famille dans sa d\u00e9ambulation qu&rsquo;on per\u00e7oit le mieux l&rsquo;utilit\u00e9 de la photo. Les visiteurs ne photographient que ce qu&rsquo;ils aiment. Ils passent devant les pi\u00e8ces, parfois insensibles, souvent attentifs, mais on voit bien que le geste photographique correspond \u00e0 chaque fois au point culminant de leur int\u00e9r\u00eat. Un visiteur ne photographie jamais un objet indiff\u00e9rent. Loin de former \u00e9cran, la photo est au contraire une marque d&rsquo;attention, la preuve de l&rsquo;accueil d&rsquo;une \u0153uvre au sein du patrimoine priv\u00e9 de chacun, la signature de l&rsquo;appropriation.<\/p>\n<p>Si la photographie para\u00eet une pratique bien adapt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exercice de la visite, qui permet de g\u00e9rer et de s&rsquo;approprier le mus\u00e9e, pourquoi l&rsquo;interdire? Il n&rsquo;existe pas de v\u00e9ritable r\u00e9ponse \u00e0 cette question. L&rsquo;explication par le souhait de pr\u00e9server les revenus des produits \u00e9ditoriaux est d\u00e9mentie par les chiffres. A l&rsquo;exception des dessins et des photos anciennes, celle de la pr\u00e9servation des \u0153uvres des m\u00e9faits du flash n&rsquo;a pas de fondement scientifique et ne se justifie plus depuis l&rsquo;av\u00e8nement de la photo num\u00e9rique. Reste le d\u00e9sir de prot\u00e9ger les conditions de la d\u00e9lectation.<\/p>\n<p>L&rsquo;interdiction de photographier est un apanage des mus\u00e9es de peinture. Aucun mus\u00e9e des sciences, dont l&rsquo;affluence est souvent plus importante et qui comporte plus de dispositifs interactifs, ne consid\u00e8re la photo comme une perturbation de la visite. Edict\u00e9 pour des raisons myst\u00e9rieuses aux justifications improbables, l&rsquo;interdit participe en r\u00e9alit\u00e9 de la sacralisation de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art, \u00e0 laquelle le mus\u00e9e de peinture ne peut tout \u00e0 fait renoncer.<\/p>\n<p>Plut\u00f4t qu&rsquo;une activit\u00e9 dangereuse, la photographie est au mus\u00e9e une activit\u00e9 vulgaire. Ce que refusent les conservateurs des d\u00e9partements de peinture est pr\u00e9cis\u00e9ment sa capacit\u00e9 d&rsquo;appropriation, qui ne menace ni v\u00e9ritablement le droit ni l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre, mais qui fait bien pire: m\u00e9tamorphoser la haute culture en culture populaire.<\/p>\n<p>La Joconde n&rsquo;est plus depuis longtemps un tableau de chevalet. C&rsquo;est une ic\u00f4ne pop prot\u00e9g\u00e9e par une vitre blind\u00e9e, qui se visite comme on va voir un concert de Michael Jackson, dans la fi\u00e8vre et l&rsquo;hyst\u00e9rie de la rencontre avec un comble de la renomm\u00e9e. On comprend que du point de vue du puriste, cette \u0153uvre puisse \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme perdue pour l&rsquo;histoire de l&rsquo;art.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;invention du mus\u00e9e engage qu&rsquo;on le veuille ou non un processus de d\u00e9possession, un transfert de la propri\u00e9t\u00e9 des biens culturels des \u00e9lites vers le peuple. Il ouvre un espace de n\u00e9gociation entre haute et basse culture, qui est sa raison d&rsquo;\u00eatre. Pr\u00e9server les \u0153uvres n&rsquo;est pas le r\u00f4le du mus\u00e9e, mais de l&rsquo;archive. Et pr\u00e9server le confort de la visite doit s&rsquo;op\u00e9rer par la gestion des flux plut\u00f4t que par l&rsquo;interdiction de la photographie.<\/p>\n<p>D&rsquo;accord, La Joconde fait fr\u00e9mir. Mais le rapport \u00e0 la culture se construit dans l&rsquo;histoire. Le r\u00f4le du mus\u00e9e n&rsquo;est pas de livrer le spectacle de l&rsquo;ic\u00f4ne, il est de faire revenir une deuxi\u00e8me fois le visiteur et de lui apprendre \u00e0 d\u00e9couvrir ce qu&rsquo;il ne connaissait pas encore. L&rsquo;appropriation est l&rsquo;unique levier de cet apprentissage.<\/p>\n<figure style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/gunthert\/4833125655\/in\/photostream\/#\/photos\/gunthert\/4833125655\/in\/photostream\/lightbox\/\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/farm5.static.flickr.com\/4111\/4833125655_b0f5769892.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"333\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">Rome, fontaine de Tr\u00e9vie.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Voir la photo au mus\u00e9e comme une nuisance est un contresens. Si le mus\u00e9e du Louvre a d\u00fb renoncer \u00e0 l&rsquo;interdiction en 2005 sous la pression du public, si des mouvements militants se mobilisent \u00e0 Orsay pour faire entendre la voix des visiteurs, ce n&rsquo;est pas par go\u00fbt de la pollution visuelle, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence parce que la photographie repr\u00e9sente un v\u00e9ritable enjeu pour le tiers exclu de la culture savante. Les conservateurs qui se prom\u00e8nent chaque jour parmi les \u0153uvres doivent comprendre que ceux qui n&rsquo;ont pas cette chance se servent de la photo pour apprendre le mus\u00e9e.<\/p>\n<p>La photo n&rsquo;est pas l&rsquo;ennemie du mus\u00e9e. Comme la majeure partie de la pratique photographique priv\u00e9e, ce qu&rsquo;elle manifeste est d&rsquo;abord de l&rsquo;amour. Refuser aux gens d&rsquo;aimer les \u0153uvres \u00e0 leur mani\u00e8re est un acte d&rsquo;une grande brutalit\u00e9 et un insupportable paradoxe au regard des missions du mus\u00e9e. Pour l&rsquo;apercevoir, les conservateurs doivent mieux comprendre les logiques de la culture populaire, se rapprocher de ceux qu&rsquo;ils invitent au spectacle, en un mot faire eux aussi ce qu&rsquo;ils attendent des visiteurs: un effort d&rsquo;adaptation culturelle.<\/p>\n<p>En voulant bannir la photo, les mus\u00e9es interdisent en r\u00e9alit\u00e9 la peinture. Comment expliquer \u00e0 nos petits-enfants que les seuls absents de nos albums, entre les monuments de Florence et la visite du Science Museum de Londres, sont les tableaux des Offices ou de la National Gallery? Comment veut-on que la jeunesse d&rsquo;aujourd&rsquo;hui fasse participer ces rares merveilles \u00e0 sa culture visuelle pl\u00e9thorique si le mus\u00e9e ne l&rsquo;aide pas \u00e0 en conserver la m\u00e9moire, en pla\u00e7ant les \u0153uvres sur un pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 avec le reste de l&rsquo;offre culturelle? Interdire la photo, c&rsquo;est punir le mus\u00e9e. Est-ce vraiment cela qu&rsquo;on souhaite?<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Version mise \u00e0 jour pour publication: <\/strong>\u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/culturevisuelle.org\/icones\/2659\" target=\"_blank\">La photo-souvenir, monument de l\u2019histoire priv\u00e9e<\/a>\u00a0\u00bb 16\/03\/2013.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ah! Si seulement la culture restait l&rsquo;affaire de quelques-uns, esth\u00e8tes raffin\u00e9s \u00e0 m\u00eame de profiter de la d\u00e9lectation des \u0153uvres! 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